Les petits déjeuners à l’école

Les petits déjeuners à l’école

Avec plus de 40 millions mobilisés dès la rentrée 2021, le gouvernement apporte un soutien sans précédent à leur déploiement. Objectifs : soutenir les familles fragiles, réduire les inégalités alimentaires et favoriser les apprentissages.

Dans le cadre de la stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté, des petits déjeuners sont offerts aux élèves dans les territoires prioritaires. Le dispositif concerne l’ensemble des écoles du réseau d’éducation prioritaire (REP et REP +), des quartiers de la politique de la ville et des territoires ruraux isolés. Les petits déjeuners gratuits apportent une aide fondamentale aux familles les plus démunies. Au-delà de leur visée éminemment sociale, les petits déjeuners gratuits participent également d’un objectif éminemment éducatif, car de la malnutrition dépend l’attention de l’élève et donc sa réussite scolaire.

Un constat alarmant
Plusieurs études, notamment celles menées par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc, 2015) et les études individuelles nationales des consommations alimentaires (Inca 3, 2014) montrent que la prise du petit déjeuner n’est pas systématique chez les enfants et les adolescents. Près d’un professeur des écoles sur deux, quel que soit le niveau, identifie dans sa classe des élèves qui ont sauté le petit déjeuner. En moyenne à l’école, 3,4 élèves par classe, du CP au CM2, arrivent à l’école le ventre vide. Les raisons invoquées sont, dans l’ordre, le manque d’appétit, le manque de temps, le lever précoce, le stress, l’absence des parents le matin et les raisons économiques. Ainsi, 13 % des enfants scolarisés en Rep et Rep + arrivent à l’école le ventre vide et ne bénéficient donc pas de bonnes conditions pour leurs apprentissages. Lors des travaux menés pour bâtir la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, l’accès de tous les élèves à un petit déjeuner équilibré a ainsi émergé comme une nécessité pour garantir l’égalité des chances entre les enfants et lutter contre les privations matérielles dont ils sont victimes.

Les premiers petits déjeuners à l’école
Annoncé par le président de la République en septembre 2018 lors de la présentation de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, le financement par l’État des petits déjeuners pour les écoles situées dans les territoires prioritaires a été mis en œuvre dès le mois de mars 2019. Cette mesure reposait sur un soutien financier aux collectivités territoriales, associations, établissements et équipes pédagogiques qui était alors de 1 € financé par petit déjeuner, permettant de favoriser les initiatives locales. L’objectif est de permettre aux enfants de ne pas commencer la journée le ventre vide, de rester concentrés pendant toute la matinée et ainsi d’apprendre dans les meilleures conditions.
La dimension pédagogique et éducative est au cœur du projet. À ce titre, la distribution de petits déjeuners est assortie d’un projet d’éducation à l’alimentation qui peut être développé selon au moins les axes suivants : éducation nutritionnelle pour faire acquérir aux élèves les notions de base de l’équilibre alimentaire ; éducation au développement durable pour lutter contre le gaspillage, valoriser la vaisselle compostable, le tri des déchets, les circuits courts ; éducation sensorielle afin de faire acquérir aux élèves les compétences langagières autour des saveurs, des textures, du goût et du plaisir.
Ces petits déjeuners répondent à un cahier des charges précis : ils doivent être équilibrés et de qualité, en cohérence avec les exigences du programme national nutrition santé ; ils sont servis dans le respect des règles de sécurité et d’hygiène alimentaire ; ils sont ouverts à tous les enfants ; ils sont accompagnés d’une action d’éducation à l’alimentation et d’une sensibilisation des parents au rôle du petit déjeuner.

Bilan d’étape
Après une phase d’expérimentation de mars à juin 2019, dans huit académies préfiguratrices et près de 400 écoles volontaires Rep et Rep +, des quartiers de la politique de la ville et des territoires ruraux fragiles, le dispositif a été généralisé à la rentrée de septembre 2019 et a pu bénéficier à 153 000 élèves sur l’année scolaire 2019-2020.
Malgré le coup d’arrêt lié à la crise, les distributions ont repris à la rentrée 2020, en tenant compte des mesures sanitaires, mais l’objectif fixé de toucher 200 000 élèves n’a pas été atteint.
L’impact social et économique de la crise sanitaire, en particulier pour les populations socialement les plus vulnérables, rend pourtant le dispositif plus nécessaire que jamais. L’alimentation des élèves ne doit pas être une victime collatérale de la crise, car elle conditionne tant d’autres choses et d’abord l’attention et donc la réussite scolaire.

Une mise en œuvre renforcée pour la rentrée 2021
Dans le cadre du renforcement du dispositif, l’enveloppe de 14 millions d’euros votée lors du projet de loi de finances pour 2021 pourra être triplée. Il s’agit d’accroître significativement le nombre et la fréquence de distribution des petits déjeuners en s’appuyant sur de nouveaux leviers de mise en œuvre :
• au-delà des écoles de l’éducation prioritaire, les petits déjeuners pourront être proposés dans les établissements que les élus et les services académiques identifient comme prioritaires ;
• dans les écoles les plus défavorisées (Éducation prioritaire renforcée en premier lieu) sera privilégiée une distribution quotidienne des petits déjeuners pour permettre la prise régulière de ce premier repas de la journée ;
• tous les niveaux du premier degré peuvent être visés, du cours préparatoire au cours moyen si l’organisation le permet, sinon les cycles 1 et 3 sont à privilégier pour les aspects éducatifs comme dans la préconisation initiale ;
• une nécessaire souplesse de l’organisation sera adoptée pour amoindrir les contraintes logistiques (investir les lieux extérieurs notamment, préau, cour de récréation, etc.) ;
• tout en respectant les règles sanitaires, les parents seront associés dans la mesure du possible à l’organisation de ces petits déjeuners, pour un moment de coéducation qui pourrait être intégré dans le projet d’école ;
• en partenariat avec la municipalité, des partenaires peuvent renforcer l’encadrement humain le matin (services civiques, associations d’étudiants, etc.) et d’autres acteurs peuvent être associés (épiceries sociales, CCAS, ARS, DRAAF, etc.) ;
• dans le cadre de la Dotation d’équipement des Territoires ruraux (DETR) des solutions financières peuvent être dégagées pour la mise œuvre pratique (achat de réfrigérateurs ou de matériels spécifiques) ;
• la DGESCO (Direction générale de l’enseignement scolaire) qui a beaucoup accompagné cette mesure dans ses aspects pédagogiques et éducatifs en 2019, va proposer une nouvelle version du « vadémécum petits déjeuners » pour ce redéploiement, avec cette fois une entrée destinée aux élus, mettant en avant de nombreux exemples et illustrant l’adaptation possible aux contraintes et aux réalités des écoles du territoire. Pour réussir cette montée en charge, une attention particulière sera accordée à l’efficacité de la coordination du dispositif entre tous les acteurs concernés. Au niveau territorial en particulier, le directeur d’école, l’inspecteur de l’éducation nationale (IEN) de la circonscription et la municipalité peuvent tous demander la mise en œuvre du dispositif renforcé dès aujourd’hui en présence d’indicateurs très dégradés.

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