Le plan « Avenir Montagnes »

Le plan « Avenir Montagnes »

Le tourisme de montagne est un secteur majeur pour l’économie et les territoires que le Gouvernement se devait d’accompagner tout particulièrement dans cette sortie de crise. Détails.

Avec le plan « Avenir Montagnes », l’État veut construire un modèle touristique à la fois plus diversifié et plus durable pour les territoires de montagne, en lien étroit avec ses principaux acteurs, dont les collectivités territoriales, et ce, tout au long de l’année. « Depuis le premier “Plan neige” de 1964, impulsé par le général de Gaulle, l’État a fait beaucoup pour le développement et l’attractivité de ces territoires. Aujourd’hui, les stations de montagne sont confrontées à de nombreux défis, que je connais bien en tant qu’ancien élu de montagne. Il y a bien sûr la baisse de la fréquentation touristique, du fait de la crise sanitaire, qui a obéré la capacité d’investissement, et les conséquences du changement climatique, en termes d’enneigement, de fonte des glaciers, mais aussi d’érosion de la biodiversité », note le premier ministre Jean Castex.
Pour répondre à la situation d’urgence, l’État a déjà mobilisé près de 5 milliards d’euros. Ce plan dégage un horizon clair : relancer l’investissement au service d’un objectif de transformation. « En ce sens, je lance un nouveau fonds “Avenir Montagnes”. Avec 150 millions d’euros de crédits de l’État, et autant provenant des six régions concernées, il permettra tout d’abord d’accompagner massivement les investissements qu’engageront les acteurs de la montagne. En complément, plus de 30 millions d’euros seront consacrés à l’accompagnement en ingénierie de projets pour les territoires qui en ont besoin, en particulier dans les nouvelles solutions de mobilité comme les ascenseurs valléens. »
Il s’agit également d’accélérer la transition écologique des activités touristiques de montagne. Pour ce faire, 10 millions d’euros du fonds « Avenirs Montagnes » seront consacrés à protéger et valoriser la biodiversité de ces territoires, notamment en restaurant 1 000 km de sentiers de montagne. Enfin, pour que la montagne demeure vivante et animée toute l’année, l’État va dynamiser l’immobilier de loisir et enrayer la formation des « lits froids », ces hébergements qui ne sont utilisés que quelques semaines par an. « Pour ce faire, nous allons faire en sorte que les opérateurs de résidences de tourisme puissent céder leur droit de préemption à des foncières, qui se chargeront ensuite d’assurer une gestion active de ces biens et la capacité à investir pour les améliorer. La Banque des territoires investira 125 millions d’euros sur cinq ans dans ces foncières, aux côtés d’autres investisseurs », souligne encore le premier ministre.

Les stations de montagne sont confrontées à de nombreux défis : baisse de la fréquentation touristique du fait de la crise sanitaire, conséquences du changement climatique.

Les territoires de montagne fragilisés par la crise sanitaire
L’offre touristique des territoires de montagne français est l’une des plus importantes du monde : top 3 mondial pour la fréquentation des domaines skiables, avec 350 stations de ski, 18 000 emplois directs ou indirects et plus de 120 000 emplois dépendant de l’ouverture du domaine skiable. Les dépenses des clientèles des stations de ski françaises sont estimées aujourd’hui à plus de 10 Md€.
Du fait d’une activité fortement concentrée sur les périodes où le virus a le plus circulé, les territoires de montagne ont été particulièrement touchés par les conséquences de la crise sanitaire. Avec le premier confinement, qui a clos prématurément la saison 2019-2020, le volume de nuitées a accusé un recul significatif (-20,8 %) et la majorité des stations observe des pertes supérieures à -15 % de leur chiffre d’affaires, voire supérieures à -30 % pour certaines.
Pour la saison 2020-2021, la fermeture des stations a entraîné une année sans activité pour l’économie de la montagne. Ainsi, le taux moyen d’occupation a fortement chuté, de – 32,8 % pour les vacances de février, masquant des réalités différentes selon les massifs et les activités. Les destinations de moyenne altitude dans les Vosges et le Jura ont mieux résisté que les stations alpines et pyrénéennes et la diversification des pratiques comme le ski nordique ont été plébiscitées, soulignant que l’une des clés de l’avenir des stations réside aussi dans la diversification progressive de leurs activités. Ces mois très difficiles ont ainsi obéré la capacité d’investissement des acteurs.
Or, cette crise sans précédent est intervenue alors que l’économie du tourisme de montagne faisait déjà face à des défis structurels : la conséquence des évolutions climatiques sur l’enneigement, la dépendance à l’activité « ski », qui représente 82 % du chiffre d’affaires de la montagne, et la dégradation et transformation de l’offre d’hébergement, entraînant un phénomène de « lits froids », que les collectivités peinent à endiguer.
Le gouvernement, en particulier par l’intermédiaire du secrétaire d’État chargé du tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, et du secrétaire chargé de la ruralité, Joël Giraud, ainsi que des administrations, s’est mobilisé dans tous les territoires pour aller à la rencontre des acteurs de la montagne. Un dialogue continu et constructif s’est engagé ces derniers mois. Il a permis d’établir un diagnostic partagé de la situation du tourisme en montagne. La consultation des acteurs de la montagne (élus, acteurs économiques, principales organisations professionnelles, parcs et collectivités territoriales) par les instances de la montagne (conseil national de la montagne et comités de massifs sous l’égide des commissariats de massif) a également permis de nourrir les réflexions.
Un des défis qui se pose est ainsi de tenir compte de la pluralité de la montagne, en considérant la singularité de chaque massif, ses enjeux propres et sa dynamique de développement. La réalité géographique et l’environnement ont structuré l’histoire et organisé l’économie de ces territoires spécifiques marqués par leur climat, leur accessibilité et leur topographie, leurs handicaps naturels permanents. Cette diversité a rendu nécessaire une approche adaptée des politiques publiques pour chaque massif, afin de mieux valoriser la pluralité de leurs atouts.
Massif central, Alpes, Jura, Vosges, Pyrénées, Corse, sans oublier les massifs d’outre-mer, s’ils partagent le même type de contraintes, ne les connaissent pas avec les mêmes intensités. Chaque massif y a répondu avec des modèles originaux, mais tous partagent le besoin de proximité dans l’organisation de l’action et d’autonomie dans leur capacité à agir.
C’est autour du principe d’auto-développement inscrit dès 1985 dans la loi montagne que ce plan d’investissement s’est construit, avec pour objectif de faire de l’économie touristique un moteur de l’attractivité résidentielle, par et pour les habitants de ces territoires. Parmi les enjeux communs à tous les massifs, il est apparu nécessaire de relancer la fréquentation hivernale, d’attirer les jeunes, de prévenir la baisse de l’enneigement naturel ou de répondre aux nouvelles attentes des clientèles – besoin de qualité, plus grande exigence, offre plus diversifiée hiver comme été – qui s’inscrivent dans un tourisme bas carbone respectueux de l’environnement.
Plusieurs freins au développement d’une offre quatre saisons ont été identifiés, notamment sur la nature de l’offre, le transport et l’accessibilité aux stations, ainsi que sur les équipements et les infrastructures.
• Diversifier l’offre touristique et rechercher de nouvelles clientèles : les deux axes du renouvellement de l’offre touristique des territoires de montagne
Ainsi si la crise sanitaire a révélé la fragilité du modèle économique du tourisme de montagne, elle a aussi montré les opportunités de se réinventer, de se diversifier, vers plus de durabilité et de résilience. Elle a rappelé la nécessité de faire évoluer l’offre touristique de la montagne pour réduire la dépendance à la saison d’hiver et mieux répondre aux nouvelles attentes des clientèles. Plusieurs axes de progrès ont été identifiés :
– la diversification et la dessaisonalisation de l’offre pour augmenter l’attractivité touristique, renouveler les clientèles, multiplier les retombées économiques toute l’année, rentabiliser les investissements dans les infrastructures et redynamiser les destinations par le maintien de la population résidente de montagne ;
– la promotion et l’ouverture à de nouveaux marchés : pour renouveler les clientèles et attirer les jeunes, reconquérir et fidéliser les clientèles européennes et internationales, et dans l’ensemble, renouveler l’image de la montagne, l’hiver encore trop ciblée sur les sports d’hiver et l’été sur une destination seulement bon marché.
• La transition écologique et énergétique : une opportunité pour renforcer l’attractivité des territoires
Le modèle économique du tourisme en montagne est déstabilisé par les dérèglements climatiques. Il est confronté à plusieurs problématiques environnementales : la gestion de l’eau, la protection de la biodiversité, la gestion des besoins énergétiques et la prévention des risques. Il est possible de répondre à ces défis en accélérant la transition écologique de l’offre touristique. Ainsi, de nombreux territoires s’engagent dans des projets de territoires innovants comme :
– la valorisation de la biodiversité et des paysages, qui répond à une attente sociétale forte pour un tourisme de pleine nature ;
– la mise en œuvre de techniques de génie écologique pour revégétaliser les sites dégradés en montagne tout en offrant des solutions écologiques et économiques pouvant bénéficier à tous les acteurs de la montagne ;
– la mise en place d’une offre de mobilité de proximité en envisageant de nouvelles solutions adaptées aux contraintes locales tant pour rejoindre les stations que se déplacer au sein des stations. Parmi ces solutions, la création d’ascenseurs valléens est un enjeu majeur.
• La transformation et la rénovation de l’immobilier de loisirs : un facteur clé de compétitivité
La transformation et la rénovation de l’hébergement de loisirs sont un enjeu essentiel pour réussir la transformation du modèle touristique des stations de montagne. Le parc actuel est en effet confronté à la fois :
– au problème des « lits froids » : ils représentent près de 50 % des lits touristiques, donc de la demande économique, dans les stations de ski et la situation s’aggrave d’année en année ;
– au vieillissement du parc immobilier : 75 % des lits en résidences secondaires ont été construits avant 1990 et ne sont plus conformes aux aspirations des touristes faute d’investissements dans l’entretien, la réhabilitation et la rénovation énergétique du bâti.

L’État va dynamiser l’immobilier de loisir et enrayer la formation des « lits froids », ces hébergements qui ne sont utilisés que quelques semaines par an.

Le soutien de l’État aux territoires de montagne : plus de 5,4 Md€ de mesures d’urgence et de relance
Durant la crise, le Gouvernement s’est attaché à soutenir les entreprises, les opérateurs et les collectivités de la montagne, par des mesures spécifiques, adaptées à ses problématiques, et régulièrement adaptées à l’évolution de la pandémie, qu’il s’agisse des mesures d’urgence (soutien à la trésorerie, à l’emploi) ou des mesures de relance (soutien à l’investissement).
En plus des mesures transverses (prêt garanti par l’État, activité partielle, etc.), le Gouvernement a ainsi décidé de renforcer et compléter le soutien aux acteurs de la montagne par des mesures de soutien exceptionnelles :
• les commerces de détail situés dans les stations et vallées peuvent bénéficier des aides au titre du fonds de solidarité tout comme les moniteurs de ski, tandis que le dispositif a été étendu aux entreprises situées en amont de la chaîne de valeur des activités de montagne, ainsi qu’à l’ensemble des commerces de matériel de ski, intégrés aux secteurs S1 et S1 bis. À ce titre, ces entreprises peuvent bénéficier d’une aide jusqu’à 10 000 € par mois ou jusqu’à 20 % de leur chiffre d’affaires dans la limite de 200 000 € ;
• le dispositif « coûts fixes », qui permet de garantir la couverture de 70 % des charges fixes, a été élargi aux entreprises réalisant moins de 1 M€ de chiffre d’affaires par mois pour les secteurs les plus affectés par la crise, comme les commerces de vente et de location d’articles de sports d’hiver, l’hôtellerie-restauration, l’hébergement et les résidences de tourisme. Afin de prendre en compte la saisonnalité, la période de référence pour le calcul de l’aide a été également étendue de deux à six mois. Il est prévu que ce dispositif bénéficie aux entreprises à hauteur de 300 M€ par mois ;
• une aide spécifique en faveur des exploitants de remontées mécaniques est entrée en vigueur. Ce dispositif couvre les charges fixes à hauteur de 49 % du chiffre d’affaires annuel. Aujourd’hui, 480 M€ ont été engagés pour l’ensemble des massifs de montagnes ;
• le bénéfice de l’activité partielle a été ouvert aux saisonniers, dès décembre 2020 pour toute la saison. Cette mesure a notamment permis aux remontées mécaniques d’embaucher 95 % de leurs saisonniers habituels ;
• enfin, afin d’accompagner les professionnels de santé dans les stations et ses alentours qui subissent une baisse très importante de leur activité, un dispositif spécifique d’indemnisation a été mis en œuvre, leur garantissant la capacité à faire face à leurs charges fixes professionnelles.
Par ailleurs, 1 176 communes appartenant à une zone de massif bénéficieront de 32,8 M€ de garanties de recettes fiscales et domaniales et 14 EPCI dont au moins 25 % des communes sont incluses dans un territoire de massif recevront 2,9 M€. Ainsi, 28 % des communes ayant bénéficié de garanties de recettes sont dans des zones de massif, alors même qu’elles représentent 25 % des communes en France.
Enfin, les territoires de montagne bénéficieront également du dispositif de compensation des pertes de recettes tarifaires des régies, qui sera institué par la prochaine loi de finances rectificative pour 2021. Ce dispositif devrait répondre à la situation des collectivités du bloc communal qui auraient subi des pertes significatives de recettes tarifaires des services publics industriels et commerciaux ou administratifs qu’elles exploitent, et dont l’équilibre budgétaire s’en trouverait dès lors fragilisé. En complément, plusieurs outils lancés par l’État dans le cadre de France Relance à destination des collectivités territoriales de montagne peuvent être valorisés à hauteur de 200 M€ (DSIL exceptionnelle et dotation régionale d’investissement), tandis que la nouvelle génération de CPIER devrait permettre la mobilisation de 240 M€ de crédits État inscrits dans les mandats de négociation des 5 CPIER de massif pour les années 2021-2027. S’agissant des entreprises, plus de 330 M€ ont déjà été accordés sous forme de prêts et d’investissements en (quasi -) fonds propres par Bpifrance et la Banque des territoires.

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