Ce 17 janvier, avant de prononcer son traditionnel discours de vœux, Yannick Boëdec, maire de Cormeilles-en-Parisis, a salué les nombreuses personnalités présentes, des représentants de l’État aux élus locaux, ainsi que la délégation de la ville jumelle de Baião au Portugal. Après la projection du film annuel du service communication, il a mis en avant le personnel communal et la diversité de ses cinquante métiers – agents de voirie, éducateurs, policiers, pompiers, personnel culturel, techniciens… – qui assurent chaque jour le bien-être des habitants. Il a rappelé l’importance de respecter ce service public, surtout à l’ère des réseaux sociaux où chacun devient critique improvisé. Mais le moment le plus croustillant est survenu lorsque l’orateur s’est livré à des tours d’adresse savamment politiques…
La pirouette historique
À 57 jours des élections municipales, tenu de respecter la loi encadrant la communication électorale, l’édile ne pouvait ni dresser de bilan personnel ni annoncer de projets. Il a donc choisi de détourner l’usage avec un sourire au passé. Sans préciser la date, il a repris le bulletin municipal de 1963 et le bilan de Gérard Vérité, premier magistrat de 1953 à 1965, évoquant des réalisations comme la nouvelle bibliothèque, 30 lampadaires, 5 encriers, 5 machines à écrire, des porte-plume pour chaque élève entrant en 8e, un réfrigérateur pour la PMI et 5 fax dans l’hôtel de ville. Puis, avec malice, l’élu cormeillais a conclu en révélant le nom de son ancien prédécesseur, établissant un lien amusant entre anecdotes de 1963 et vie communale actuelle, tout en adressant un clin d’œil aux futurs candidats rêvant, peut-être, de sa place : « À part le perfectionnement de la bureautique, rien n’a vraiment changé. »
Il a ensuite lu une motion adoptée le 31 mars 1963 par le conseil municipal, défendant les libertés communales face aux projets gouvernementaux susceptibles de réduire le pouvoir des maires. Le texte réclamait également l’amélioration des finances locales, le transfert à l’État des charges incombant aux communes et le rétablissement des droits des collectivités en matière d’aménagement du territoire. Même 63 ans plus tard, certaines préoccupations restent étonnamment d’actualité : « Toute ressemblance avec des situations actuelles est fortuite… mais pas forcément indépendante de notre volonté. » À bon entendeur.
L’art de la prestidigitation ministérielle
Yannick Boëdec a ensuite tourné son regard vers le gouvernement actuel, avec une ironie mordante. « J’ai longtemps cru que le ministère des Finances était rempli de comptables austères. Je me trompe lourdement. Ce sont en réalité des prestidigitateurs de génie, dignes des plus grands cabarets. » Il a comparé leur méthode à celle d’un magicien : « Il vous dit “regardez ma main droite” pendant qu’il subtilise la montre de la main gauche. » Dans le langage ministériel, cela se traduit par des promesses illusoires d’autonomie et de décentralisation, tandis qu’un nouvel acronyme a fait son apparition dans les budgets locaux : le Dilico, pour dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités. Derrière ce nom – évoquant « un petit robot ou un cocktail exotique » – se cache la dernière trouvaille des Finances publiques pour jouer avec les nerfs des élus et, accessoirement, avec l’argent des communes.
Avec humour, le maire a expliqué la perversité de ce dispositif : dans la coiffure, le lissage rend les cheveux soyeux ; dans les finances locales, il diminue les recettes. Il a aussi souligné le mystère du calcul : « Et surtout, n’oublions pas le mot “conjoncturel” : dans le dictionnaire de l’État, il est synonyme d’éternité. » Présenté comme un amortisseur, le Dilico est à sens unique : « Quand les finances de l’État vont mal, on l’active. Quand ça ira mieux, on nous rendra l’argent sur plusieurs années. Autant dire que la probabilité d’y arriver est identique à celle de gagner au Loto. C’est un peu le tour du lapin dans le chapeau… sauf qu’à la fin, il n’y a pas de lapin et ils ont gardé le chapeau. »
Si le Dilico venait à être voté par le Parlement, la ville de Cormeilles-en-Parisis devrait contribuer à hauteur de 300 000 € pour une seule année…
Quand le maire parle… pour ne rien dire
L’édile a annoncé qu’à moins de deux mois des élections municipales, il allait donc « parler pour ne rien dire ». Pour meubler son temps de parole, il préférait faire appel à l’intelligence humaine plutôt qu’à l’intelligence artificielle, reprenant l’absurde logique de Raymond Devos : « Rien moins rien égale moins que rien. Si l’on peut trouver moins que rien, c’est que rien vaut déjà quelque chose. Et multiplier trois fois rien par trois fois rien donne… rien de neuf. » En transformant un discours a priori vide en moment de réflexion, il a montré que ce « rien » avait déjà une valeur, pleine de sens.
Puis, il a enchaîné sur un constat de la situation actuelle, « sans préciser laquelle », notant que les catastrophes attendues, hier comme aujourd’hui, semblent toujours remises à demain : « Est-ce en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire le jour même que nous l’éviterons ? » a-t-il demandé, soulignant que si le gouvernement actuel n’y parvient pas, l’opposition pourrait bien s’en emparer. Il a conclu ce passage par un hommage amusé au célèbre humoriste, rappelant que l’intelligence humaine, pleine d’esprit et intemporelle, reste irremplaçable.
Pour finir, Yannick Boëdec a invité les membres du conseil municipal jeunes, du conseil des aînés et les autres élus à rejoindre la scène, guidant leur placement avec le même brin d’espièglerie : « Ne restez pas qu’à ma droite, un peu à gauche ! »
Crédit photo : Ville de Cormeilles-en-Parisis

