La communauté d’agglomération Versailles Grand Parc a lancé en janvier 2026 une campagne de sensibilisation ciblant un ennemi discret mais coûteux du réseau d’assainissement : les graisses et huiles alimentaires versées dans les éviers. Après une série d’actions publiques contre les lingettes jetées dans les toilettes, la collectivité met désormais l’accent sur ce que l’on pourrait qualifier de « second fléau domestique », montrant que ce qui semble être un geste anodin dans la cuisine a des répercussions techniques, sanitaires et financières importantes sur l’ensemble du territoire qu’elle gère.
Au cœur de ce dispositif, un message simple énonce ce que beaucoup de citoyens ignorent encore : dans un évier, seule l’eau devrait s’écouler. Tout autre liquide ou résidu gras, qu’il provienne de sauces, de fritures ou simplement du rinçage d’une poêle, est susceptible de s’agglomérer dans les canalisations. Contrairement à l’eau, les huiles ne se dissolvent pas ; elles refroidissent, durcissent et adhèrent aux parois. Progressivement, elles s’imbriquent avec d’autres débris pour former de volumineux amas solides connus dans le jargon des services d’assainissement sous le nom de fatbergs – des blocs graisseux qui bouchent les conduits et perturbent le fonctionnement des réseaux de collecte.
À l’échelle des habitations, les particuliers peuvent subir des bouchons récurrents et des reflux d’eaux usées, accompagnés de mauvaises odeurs tenaces. Au niveau du réseau public, ces accumulations favorisent la pollution des milieux naturels, compromettant la qualité des rivières et des nappes, mais aussi la sécurité du personnel chargé de l’entretien. Les agents qui interviennent pour déboucher ou curer manuellement ces amas s’exposent à des risques sanitaires non négligeables. Enfin, ces phénomènes ont un impact direct sur le coût de gestion du service : chaque opération de curage coûte environ 1 000 €, une charge qui finit par se répercuter, directement ou indirectement, sur les usagers.
Face à cette réalité, la communication de Versailles Grand Parc propose des solutions pratiques et des gestes simples pour réduire durablement la pression exercée sur le réseau d’assainissement. Au quotidien, il est recommandé d’essuyer les poêles et casseroles avec un essuie-tout avant de les laver, d’installer une grille sur la bonde de l’évier pour retenir les particules, et surtout de ne jamais verser d’huile ou de sauce dans les canalisations. Pour les huiles de friture usagées, un processus alternatif est mis en avant : une fois refroidies, ces huiles doivent être stockées dans un contenant fermé puis déposées en déchèterie. Ce service est généralement gratuit pour les particuliers et permet de collecter ces matières pour les valoriser sous forme de biocarburant, transformant ce qui serait un polluant en une ressource énergétique utile.
Cette campagne s’inscrit dans le cadre plus large des compétences de Versailles Grand Parc, qui gère la collecte, le traitement et la valorisation des eaux usées pour 14 communes du territoire, dont Bois-d’Arcy, Bougival, La Celle-Saint-Cloud, Noisy-le-Roi, Bièvres, Buc, Châteaufort, Jouy-en-Josas, Les Loges-en-Josas, Toussus-le-Noble, Vélizy- Villacoublay et Viroflay. La collectivité a la responsabilité d’assurer ces missions tout en préservant l’environnement et en garantissant la sécurité des habitants. Cela passe par des investissements réguliers dans la modernisation des infrastructures, ainsi que par des actions de sensibilisation destinées à limiter la pollution à la source et à préserver la qualité de l’eau, un enjeu fondamental pour le développement durable local.
L’achat en 2025 d’un camion de curage pour un montant de 430 000 € illustre cette stratégie : il permet de faire face aux obstructions majeures lorsque celles-ci surviennent, mais il est aussi un indicateur des frais élevés associés à la gestion d’un réseau d’assainissement confronté à des mauvaises pratiques. L’objectif de la campagne « Ne nourrissez pas la bête ! », slogan accrocheur de cette initiative, est précisément de faire évoluer les comportements plutôt que d’augmenter les dépenses d’urgence et de maintenance.
Versailles Grand Parc : contre les graisses dans les éviers
Par Renaud Morelli
Publié le 28 janvier 2026 à 16h53 – Temps de lecture : 4 minutes
