Tracfin a lancé sa nouvelle publication périodique, « Focus Tracfin », et consacre son premier numéro à un sujet sensible et complexe : le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans le secteur de l’art. À travers cette initiative, le service de renseignement financier de Bercy entend éclairer les professionnels sur les vulnérabilités spécifiques de ce marché et renforcer leur vigilance.
Le marché de l’art se caractérise par sa dimension internationale, la valorisation souvent subjective des œuvres et l’intervention possible de multiples intermédiaires. À cela s’ajoutent une confidentialité très forte et la facilité de transport et de stockage des objets d’art. Ces facteurs combinés créent un environnement propice à la dissimulation de fonds d’origine illicite ou à la circulation de capitaux utilisés pour financer des activités criminelles. La complexité et l’opacité de ce marché en font un terrain particulièrement sensible aux risques financiers et légaux.
Pour encadrer cette activité, un ensemble précis de professionnels est soumis aux obligations de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT), prévues par le code monétaire et financier. Cela inclut les galeristes, négociants d’œuvres d’art et d’antiquités, antiquaires, brocanteurs, commissaires de justice, opérateurs de vente volontaire, courtiers, experts et intermédiaires dans l’acquisition ou la vente d’œuvres, ainsi que les opérateurs logistiques qui entreposent des œuvres. Ces acteurs ont pour obligation de déclarer à Tracfin toute situation suspecte, à travers des déclarations de soupçon (DS) précises et étayées, lorsqu’ils estiment que leurs activités licites pourraient être détournées à des fins illicites.
Les données récentes montrent que le flux d’informations liées à ce secteur est en forte augmentation. En 2024, Tracfin a reçu 1 109 déclarations de soupçon concernant le marché de l’art, soit une hausse de 35 % par rapport à 2023. Cette tendance s’est poursuivie en 2025. La majorité de ces déclarations proviennent des banques et établissements de crédit (58 %), tandis que la mobilisation directe des professionnels de l’art reste encore trop limitée par rapport à l’ampleur et au dynamisme du marché.
L’analyse de ces déclarations met en évidence que la fraude fiscale est l’infraction la plus fréquente. Cependant, d’autres infractions apparaissent régulièrement, telles que les abus de biens sociaux, les escroqueries, le blanchiment de capitaux ou encore le financement du terrorisme, parfois à travers la circulation d’antiquités pillées. Ces informations permettent à Tracfin de mieux cerner les pratiques à risque et d’élaborer des outils d’alerte adaptés aux différents acteurs du marché.
Les « Focus Tracfin » ont pour ambition d’approfondir la compréhension de ces enjeux en présentant des cas typologiques, des critères d’alerte et des analyses thématiques. Ils fournissent ainsi aux professionnels un outil concret pour améliorer leur vigilance et leur capacité à détecter les situations suspectes. Cette approche structurée vise à renforcer la prévention et la conformité dans un secteur où l’opacité et les flux financiers internationaux rendent le risque particulièrement élevé.
La publication sera désormais trimestrielle et disponible uniquement en ligne, via l’Espace Tracfin sur le portail du ministère de l’Économie. Elle s’inscrit dans la continuité des missions de Tracfin et dans la stratégie globale de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, tout en répondant aux besoins d’information des professionnels. En donnant aux acteurs du marché de l’art des repères précis et des indicateurs concrets, Tracfin entend favoriser une mobilisation plus active et efficace face aux risques identifiés.

