Le projet de construction d’un nouvel incinérateur sur le site des Ardoines à Vitry-sur-Seine, prévu par la Ville de Paris pour 2031, suscite une réaction vive et immédiate de la part du Département du Val-de-Marne. Conçu sans concertation avec les autorités locales, les communes concernées ni les habitants, ce projet soulève des inquiétudes majeures quant aux impacts sanitaires et environnementaux, ainsi qu’au respect du cadre de vie des populations riveraines. Pour faire entendre la voix des Val-de-Marnais, le Département lance une pétition, appelant à une mobilisation collective contre l’installation de cette infrastructure lourde sur son territoire.
Le contexte de ce projet repose sur des décisions successives du Conseil de Paris. En juillet 2025, la capitale a initié une procédure de déclaration d’utilité publique pour acquérir le site, suivie en décembre 2025 de la signature d’un contrat de concession visant à produire et distribuer de la chaleur à partir de la combustion de bois et de combustibles solides de récupération. Cette chaleur serait majoritairement destinée aux foyers parisiens, déplaçant ainsi vers le Val-de-Marne des nuisances environnementales et sanitaires sans compensation ni concertation. La découverte de ces décisions par le Département a été fortuite, et dès le 15 janvier 2026, Olivier Capitanio a alerté la maire de Paris et informé les élus locaux et parlementaires des risques liés à ce projet.
La portée des conséquences est considérable. Le Val-de-Marne accueille déjà trois incinérateurs, à Ivry-sur-Seine, Créteil et Rungis, et ajouter un quatrième équipement accentuerait la pression sur un territoire déjà fortement sollicité. La concentration d’installations industrielles générant des émissions polluantes pose un réel problème de santé publique, d’autant plus que le site envisagé est en pleine mutation. Les quartiers voisins sont en développement, et une trentaine d’équipements publics départementaux se situent à proximité, dont trois collèges. La diffusion de fumées et de particules pourrait directement affecter la qualité de l’air et la santé des élèves et des habitants.
Ce projet soulève également des questions d’équité territoriale et de responsabilité environnementale. Déplacer les impacts négatifs d’un territoire à un autre ne répond pas aux engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Le Val-de-Marne refuse de devenir le réceptacle d’une infrastructure que la capitale ne souhaite pas voir sur son sol. L’histoire rappelle qu’un projet similaire avait été abandonné il y a une trentaine d’années sur le même site après la mobilisation des habitants, illustrant la pertinence de l’implication citoyenne dans les décisions locales.
Pour le Département, la transparence et la concertation sont indispensables. Il réclame la publication complète des critères ayant conduit à l’exclusion d’autres sites, la mise en place d’une concertation réelle avec les collectivités et les riverains, ainsi qu’une étude d’impact approfondie prenant en compte les enjeux sanitaires, environnementaux et sociaux. La demande d’étude menée par l’ARS le 17 décembre 2025, rejetée par la majorité du Conseil de Paris, accentue encore les inquiétudes.
Face à cette situation, le Département appelle tous les habitants à se mobiliser et à signer la pétition pour refuser que la décision d’un seul territoire compromette la santé et la qualité de vie d’un autre. Il s’agit de défendre le droit à un environnement sain, de protéger les écoles et équipements publics, et de garantir que les choix d’aménagement respectent les principes de justice environnementale. La mobilisation citoyenne, soutenue par le Département, cherche à rappeler que le développement urbain et énergétique ne peut se faire au détriment de la population locale et sans dialogue transparent.
En s’engageant collectivement, les Val-de-Marnais ont la possibilité de peser sur ce projet, de faire entendre leur voix et de rappeler que chaque territoire doit être traité équitablement, avec responsabilité et respect pour ses habitants et son environnement.
Vitry-sur-Seine : le Val-de-Marne dit non à l’incinérateur
Par Renaud Morelli
Publié le 9 février 2026 à 19h20 – Temps de lecture : 4 minutes
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