Le fonctionnement du service public des déchets à Manosque va être suspendu pendant plus de trois mois. À partir du 23 janvier 2026 et jusqu’au 30 avril inclus, la déchèterie communale ne recevra plus aucun usager. L’annonce a été faite par Camille Galtier, maire de la commune et président de Durance Luberon Verdon Agglomération. Cette décision est présentée comme une mesure conservatoire rendue nécessaire par une détérioration continue des conditions de sécurité sur le site, au point que son exploitation ne serait plus tenable.
La collectivité a engagé une démarche judiciaire pour tenter de sortir de l’impasse. Le 13 janvier 2026, la Ville de Manosque et DLVAgglo ont déposé un référé devant le tribunal administratif et le tribunal judiciaire de Marseille. Cette procédure d’urgence vise à obtenir une décision rapide face à une situation qualifiée d’incontrôlable. En attendant les jugements, la fermeture doit permettre de protéger les agents affectés à la déchèterie ainsi que les habitants qui s’y rendent. L’arrêté municipal pourrait être abrogé avant le 30 avril si les juridictions ordonnent l’évacuation de la parcelle voisine concernée et si des garanties effectives en matière de sécurité sont apportées.
À l’origine de la crise figure l’occupation illégale d’un terrain communal situé à proximité immédiate de la déchèterie, dans le secteur de La Loubière. Selon la municipalité, cette installation non autorisée est à l’origine de troubles répétés depuis plusieurs mois. Les autorités locales indiquent avoir alerté à plusieurs reprises les services de l’État, par des courriers adressés les 23 février, 29 octobre et 7 novembre 2025. Elles estiment que ces démarches n’ont pas débouché sur des réponses opérationnelles suffisantes.
Les nuisances signalées sont de plusieurs ordres. Des branchements sauvages auraient été réalisés sur les réseaux publics d’eau et d’électricité, entraînant un préjudice financier direct pour la collectivité. Des vols et des pillages réguliers de bennes ont également été constatés, notamment en ce qui concerne les déchets d’équipements électriques et électroniques. La situation a conduit l’éco-organisme chargé de la collecte des déchets électroménagers à se retirer du site, ce qui complique encore la gestion des flux et la prise en charge de certains déchets spécifiques. Par ailleurs, plus d’une vingtaine de plaintes ont été déposées en 2025 à la suite d’agressions et de vols subis par des usagers. Pour les élus, ce climat d’insécurité est incompatible avec le maintien d’un service public dans des conditions acceptables.
Durant la période de fermeture, le site de la déchèterie sera entièrement sécurisé. Les accès seront bloqués par un barriérage complet et la vidéosurveillance sera renforcée. Des patrouilles régulières sont également prévues afin de prévenir toute intrusion ou nouvelle dégradation. L’objectif est de protéger les installations communales et d’éviter l’aggravation des dommages constatés ces derniers mois.
Afin de garantir une continuité du service, DLVAgglo invite les habitants à se reporter vers d’autres équipements du territoire. Les déchèteries de Gréoux-les-Bains, située à 30 kilomètres, de Valensole, à 40 kilomètres, et de Vinon-sur-Verdon, à 35 kilomètres, resteront ouvertes aux horaires habituels. Elles devront absorber temporairement le flux des usagers manosquins. L’agglomération indique avoir mis en ligne une carte interactive pour faciliter l’organisation des trajets et déployé une communication via affichage, réseaux sociaux et presse locale afin d’informer largement la population.
En parallèle de cette gestion d’urgence, un projet plus structurel est en cours. DLVAgglo poursuit le travail engagé pour implanter une nouvelle déchèterie moderne dans le sud du territoire. Le choix du terrain doit être soumis au vote du conseil communautaire en avril 2026, avec une mise en service envisagée à l’horizon 2028. Ce projet s’inscrit dans une réflexion plus globale sur l’évolution du service déchets, incluant un renforcement du tri sélectif, le développement du compostage de proximité et des actions accrues de sensibilisation.
Camille Galtier défend la position de la Ville et de l’Agglomération en rappelant qu’elles ont, selon lui, toujours respecté leurs obligations légales d’accueil dans un cadre républicain. Il estime que la situation actuelle résulte d’une absence de réponse suffisante face à l’occupation illégale et affirme attendre désormais des mesures concrètes de la Justice et de l’État pour rétablir l’ordre et la sécurité. La réouverture de la déchèterie, précise-t-il, ne pourra intervenir que lorsque des conditions jugées dignes seront réunies, avec une évacuation effective du site voisin, une sécurisation durable et la reprise des flux de déchets électroménagers.
La fermeture annoncée affecte directement près de 25 000 habitants qui utilisaient régulièrement cet équipement situé en entrée de ville. La déchèterie de La Loubière traitait chaque année environ 15 000 tonnes de déchets, soit 40 % des dépôts enregistrés à l’échelle communautaire. Son arrêt temporaire met en lumière la vulnérabilité d’une infrastructure essentielle face à des occupations illégales et pose la question de la coordination entre l’État et les collectivités locales en matière de sécurité. Dans l’attente des décisions judiciaires et d’une évolution concrète sur le terrain, les élus appellent les habitants à maintenir leurs efforts de tri et à éviter toute pratique de dépôt sauvage.

