Face à la progression des escroqueries sentimentales en ligne, le Département des Bouches-du-Rhône déploie une campagne d’information destinée en priorité aux seniors et aux publics fragiles. Objectif : exposer les mécanismes de ces fraudes affectives qui prospèrent sur les messageries et les sites de rencontre, et inciter à une réaction immédiate au moindre doute.
Le scénario est désormais bien identifié. Un inconnu entre en contact, souvent via un réseau social ou une plateforme dédiée aux rencontres. Très rapidement, les échanges prennent une tournure intense. Les déclarations d’amour se multiplient, parfois dès les premiers jours. L’interlocuteur se montre attentif, disponible, flatteur. Cette accélération émotionnelle constitue la première étape du piège. En revanche, toute proposition de rencontre physique est systématiquement éludée. L’escroc invoque un déplacement professionnel à l’étranger, une mission militaire, un chantier lointain ou une situation administrative complexe.
Vient ensuite l’incident déclencheur. Il peut s’agir d’un problème de santé soudain, d’une panne coûteuse, d’un blocage bancaire à l’étranger ou d’une urgence administrative présentée comme insurmontable. Le discours est calibré pour susciter l’inquiétude et la compassion. La demande financière survient alors, présentée comme ponctuelle et indispensable. Les fonds sont sollicités par virement, parfois sous forme de cartes prépayées. Dans certains cas, ce sont des informations bancaires qui sont réclamées sous couvert d’un remboursement ultérieur ou d’un transfert sécurisé.
Dans le département voisin du Var, des situations récentes ont mis en lumière l’ampleur du phénomène. Des personnes isolées ont perdu plusieurs milliers d’euros avant de comprendre qu’elles échangeaient avec un fraudeur. La honte et la culpabilité retardent souvent la prise de parole, ce qui complique les démarches et favorise la répétition des faits.
La campagne départementale insiste donc sur des réflexes simples. Aucun sentiment, aussi intense soit-il, ne doit conduire à transmettre des coordonnées bancaires ou à effectuer un envoi d’argent. La règle est absolue : ni virement, ni code confidentiel, ni achat de cartes prépayées pour un tiers rencontré en ligne. En cas de sollicitation financière, le contact doit être immédiatement interrompu.
Le signalement rapide constitue un autre levier central. Les autorités encouragent les victimes potentielles à en parler sans délai à un proche afin de bénéficier d’un regard extérieur. Un dispositif national d’assistance est également mobilisable : le service Info-Escroqueries, joignable au 0 805 805 817, du lundi au vendredi de 9h à 18 h 30, appel gratuit. Cette plateforme permet d’obtenir des conseils adaptés et d’être orienté vers les démarches appropriées.
Le dépôt de plainte est présenté comme systématique. L’escroquerie sentimentale relève du droit pénal. Elle expose son auteur à une peine pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende. Les sanctions sont susceptibles d’être aggravées lorsque la vulnérabilité de la victime est caractérisée. Le rappel de ce cadre juridique vise à déculpabiliser les personnes touchées et à souligner la gravité des faits.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte national marqué par une recrudescence des arnaques affectives. Les seniors provençaux apparaissent comme des cibles privilégiées pour ces fraudeurs itinérants, parfois qualifiés de « routards de l’arnaque », qui opèrent depuis l’étranger et orientent les fonds vers des comptes difficilement traçables. En misant sur la prévention et la diffusion massive des messages d’alerte, le Département entend réduire ces flux financiers et renforcer la vigilance collective.
La stratégie repose également sur un relais appuyé via les réseaux sociaux et les supports locaux afin de toucher directement les publics concernés. Au-delà de l’information, il s’agit de restaurer un réflexe de prudence dans les échanges numériques. La rapidité d’une déclaration d’amour, l’impossibilité constante d’une rencontre et l’apparition soudaine d’une urgence financière doivent désormais être identifiées comme des signaux d’alerte.

