La Ville de Paris a publié un communiqué pour réagir à l’étude comparative sur la gestion financière des grandes villes de France, rendue publique par l’Institut Montaigne le 24 février 2026. Si la transparence des finances locales est un élément utile pour nourrir le débat démocratique, le communiqué souligne que cette étude comporte de nombreuses erreurs, approximations et biais méthodologiques, qui affectent selon la Ville la qualité et la sincérité du débat.
Selon la Ville de Paris, l’étude repose sur une double démarche, combinant un classement des communes et une notation financière. Bien que cette initiative soit présentée comme innovante, elle n’avait jamais été entreprise avant les précédents scrutins municipaux. La Ville estime que la mise en place de ce type d’évaluation aurait dû être précédée d’une concertation avec les collectivités concernées, notamment sur la méthodologie employée pour calculer les indicateurs et sur leur pondération. Or, aucun dialogue préalable n’a eu lieu, et lorsque la Ville de Paris a été sollicitée tardivement, ses alertes et remarques n’ont pas été prises en compte avant publication, ce qui remet en question la rigueur de l’étude.
Le communiqué détaille ensuite les limites méthodologiques qui rendent le classement problématique. D’abord, l’évolution de la situation financière des communes ne tient pas compte de l’impact des mesures décidées par l’État au cours des dernières années, ce qui peut fausser l’interprétation des résultats. Ensuite, la note financière d’une ville dépend non seulement de sa propre situation, mais aussi de celle des autres communes évaluées. Ce mécanisme peut produire des paradoxes : une commune dont la situation financière s’améliore peut voir sa note dégradée si les autres villes progressent davantage.
Le communiqué précise que la note est également influencée par la comparaison entre chaque ville et la métropole qui la regroupe, ainsi que par les transferts de charges et de recettes entre ces deux niveaux de collectivité. Ignorer ces transferts, parfois imposés par la loi, peut conduire à une lecture incorrecte de la situation financière. La Ville de Paris cite l’exemple de la politique de végétalisation de Bordeaux, dont le déploiement concret est assuré par la métropole, et non par la commune elle-même, ce qui n’est pas reflété dans l’étude.
Le communiqué relève par ailleurs que certaines données financières publiées sont erronées, notamment concernant l’évolution de la fiscalité et des flux financiers entre communes et métropoles. Si la méthode de notation standardisée peut être utile pour objectiver certains indicateurs, elle reste insuffisante pour évaluer la qualité d’une politique municipale, car elle ignore les spécificités locales. La Ville de Paris souligne que des facteurs déterminants tels que l’état du patrimoine, le niveau de pauvreté, l’exposition à la pollution, ou encore les besoins sociaux et climatiques, ne sont pas pris en compte, ce qui limite la pertinence de l’évaluation.
Le communiqué insiste également sur le fait que l’étude ne met pas en perspective le niveau d’endettement des collectivités avec les investissements réalisés ou le patrimoine créé ou rénové grâce à cet endettement. Selon la Ville de Paris, la dette ne peut être analysée isolément : elle doit être évaluée en fonction des équipements publics, infrastructures, écoles, installations culturelles ou sportives financés ou modernisés grâce à elle. Apprécier la dette sans examiner ces aspects conduit à une lecture partielle et potentiellement trompeuse de la situation financière.
Enfin, le communiqué souligne que certaines grandes villes présentent des particularités institutionnelles qui rendent les comparaisons mécaniques fragiles. Dans plusieurs territoires, des compétences historiquement exercées par les départements ont été transférées à des structures intercommunales ou métropolitaines, ce qui fausse la comparaison directe avec d’autres communes. Paris, en particulier, cumule des compétences communales et départementales, ce qui n’est pas pris en compte dans l’étude. Comparer ces collectivités sans ajuster ces différences structurelles introduit un biais supplémentaire dans l’analyse financière présentée.
Au regard de tous ces éléments, le communiqué de la Ville de Paris conclut que l’étude de l’Institut Montaigne ne reflète pas la situation financière réelle des communes concernées. Elle souligne que, sous couvert d’objectivité, cette analyse, émanant d’un think tank réputé mais marqué par une orientation libérale, risque de semer la confusion dans le débat démocratique, particulièrement sensible en période de campagne des élections municipales. La Ville déplore que l’étude ne permette pas d’évaluer correctement la gestion financière et les politiques publiques menées par les collectivités, tout en rappelant l’importance de prendre en compte le contexte institutionnel, social et environnemental de chaque ville pour apprécier la pertinence de ses choix budgétaires.
Finances municipales : Paris critique l’étude de l’Institut Montaigne
Par Gilbert Caron
Publié le 4 mars 2026 à 10h48 – Temps de lecture : 5 minutes
