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Saint-Germain-en-Laye : Maurice Denis, artiste et collectionneur

Par Assia Bedja
Publié le 18 mars 2026 à 15h56 – Temps de lecture : 4 minutes

Du 7 mai 2026 au 31 janvier 2027, le Musée départemental Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye ouvrira ses portes à une exposition inédite intitulée « Bonnard, Gauguin, Sérusier… Maurice Denis collectionneur ». Installée dans la dernière demeure de l’artiste, labellisée « Maison des Illustres », cette présentation rassemble pour la première fois au public l’ensemble des œuvres que Maurice Denis, figure majeure du symbolisme et des Nabis, a patiemment constitué au fil de ses quatre-vingt-trois ans d’existence. Peintre, théoricien de l’art et fervent défenseur d’un retour à l’ordre spirituel, Denis se révéla aussi être un collectionneur passionné, acquérant par dons, échanges ou achats des pièces maîtresses signées des plus grands noms de son époque, offrant ainsi un témoignage précieux sur les dynamiques des avant-gardes entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.
L’exposition met en lumière une collection de près de 150 œuvres comprenant peintures, sculptures et pièces graphiques, sélectionnées pour refléter les affinités électives de Denis avec ses contemporains. Les Nabis, ce groupe intime dont il fut l’un des piliers théoriques avec son fameux manifeste de 1890 (« Se souvenir qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane couverte de couleurs en un certain ordre ») occupent naturellement une place prépondérante : Pierre Bonnard y côtoie Édouard Vuillard, Paul Sérusier, Paul-Élie Ranson, Jan Verkade, tandis que des sculpteurs comme Aristide Maillol apportent une dimension tridimensionnelle inattendue. Au-delà de ce cercle amical, des maîtres post-impressionnistes tels que Paul Gauguin, Vincent Van Gogh, Paul Cézanne et Odilon Redon figurent parmi les acquisitions les plus remarquables, rejoints par des figures comme Charles Laval, dont les toiles font écho aux aspirations plastiques de Denis.
Ce qui distingue cette exposition, c’est sa volonté de dépasser la simple monstration d’œuvres pour recréer l’atmosphère domestique et artistique des intérieurs successifs de Maurice Denis – de ses ateliers parisiens à sa villa de Saint-Germain-en-Laye, acquise en 1911. Grâce à un travail minutieux d’archives photographiques, de correspondances et de documents d’époque, le parcours replonge le visiteur dans des décors où les créations personnelles de Denis dialoguaient quotidiennement avec celles de ses maîtres, pairs et disciples. On imagine ainsi des toiles de Sérusier suspendues près de sculptures de Maillol, ou des estampes japonaises intégrées au mobilier Art nouveau de ses salons.
La sélection insiste particulièrement sur les échanges artistiques qui nourrirent cette collection : des dons spontanés d’amis Nabis, des trocs entre peintres confrères, ou des acquisitions ciblées lors de ventes aux enchères parisiennes. Denis, réseau central d’un écosystème d’artistes collectionneurs, entretenait des liens privilégiés avec des figures comme Henry Lerolle ou George Desvallières, partageant avec eux un goût prononcé pour l’art sacré et religieux – une dimension souvent sous-estimée de son parcours, marquée par ses fresques pour l’église de Saint-Germain-en-Laye ou ses commandes ecclésiastiques. La sculpture, moins connue dans ses collections, occupe une place notable avec des bronzes et terres cuites, tandis que les gravures japonaises illustrent son ouverture aux influences exotiques qui traversèrent l’avant-garde européenne.
L’exposition s’enrichit de prêts exceptionnels provenant d’institutions renommées : le musée d’Orsay, le musée de Pont-Aven, les musées des Beaux-Arts d’Orléans et de Reims, ainsi que le musée d’art et d’histoire de Genève. Ces collaborations permettent de compléter le fonds initial du musée – issu en grande partie de la donation familiale de 1976 – par des pièces rarissimes, certaines jamais montrées ensemble depuis l’époque de Denis lui-même. Des archives inédites (lettres, carnets, photos d’ateliers) parsèment le parcours, révélant les intentions du collectionneur : non pas thésauriser pour le prestige, mais entourer son œuvre quotidiennement d’exemples inspirants, dans une quête d’harmonie plastique et spirituelle.