Le gouvernement a présenté la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie, couvrant la période 2026-2035, qui constitue la nouvelle feuille de route énergétique nationale en cohérence avec l’objectif de neutralité carbone fixé à 2050. Ce document stratégique est le résultat de travaux engagés depuis 2022, associant parlementaires, représentants des filières industrielles et collectivités territoriales. Il intègre également les échanges intervenus en 2025 ainsi que les projections élaborées par RTE, en tenant compte de l’évolution réelle de la consommation et de l’augmentation rapide des usages électriques dans l’industrie, le logement et les transports. L’ambition affichée repose sur trois axes majeurs : renforcer l’indépendance énergétique, accélérer la réduction des émissions de carbone et maintenir des prix compétitifs pour les consommateurs.
Dans cette perspective, la production d’énergie décarbonée devrait atteindre entre 650 et 693 térawattheures à l’horizon 2035, contre 458 térawattheures en 2023. Dans le même temps, la part des énergies fossiles est appelée à diminuer fortement, passant de 900 térawattheures aujourd’hui à environ 330 térawattheures. Cette transformation profonde vise à modifier durablement la structure énergétique du pays, avec un objectif intermédiaire de 60 % d’énergie décarbonée dès 2030, puis 70 % en 2035. La consommation électrique totale devrait atteindre 618 térawattheures à cette échéance, portée par une politique volontariste d’électrification lancée au début de l’année 2026, qui concerne notamment les secteurs industriels lourds, les bâtiments anciens, les flottes de véhicules et les infrastructures numériques.
Le dispositif s’inscrit dans la continuité des engagements climatiques nationaux et européens, ainsi que dans le cadre de l’Accord de Paris. Afin de conserver une certaine flexibilité, une révision intermédiaire est prévue en 2027, permettant d’ajuster les orientations en fonction des évolutions économiques, technologiques ou géopolitiques. Cette clause vise à éviter les rigidités observées dans les programmations précédentes et à mieux s’adapter aux incertitudes.
Le mix énergétique retenu repose sur un équilibre entre relance du nucléaire et développement des énergies renouvelables. Le programme nucléaire prévoit la construction de six réacteurs de type EPR2, avec une mise en service envisagée à partir de 2038, ainsi que la possibilité d’en ajouter huit autres. Parallèlement, les 57 réacteurs actuellement en fonctionnement feront l’objet d’opérations de prolongation et d’optimisation afin de maintenir un niveau de production estimé à 380 térawattheures dès 2030. L’hydroélectricité sera également renforcée, avec une augmentation de capacité de 2,8 gigawatts, notamment grâce à la modernisation des installations existantes.
Les énergies renouvelables maritimes occupent une place croissante dans cette stratégie. L’éolien en mer devrait atteindre une capacité de 15 gigawatts d’ici 2035, en tenant compte des contraintes industrielles et des besoins en raccordement. Cette montée en puissance vise aussi à soutenir le développement d’une filière industrielle nationale, notamment autour d’acteurs comme EDF et Naval Group. Sur terre, le développement du solaire et de l’éolien est encadré afin de limiter les impacts environnementaux et territoriaux. Le photovoltaïque devrait passer de 30 gigawatts en 2025 à un niveau compris entre 55 et 80 gigawatts en 2035, avec une priorité donnée aux installations sur bâtiments existants. L’éolien terrestre, quant à lui, progressera plus modérément, en privilégiant le renouvellement des équipements déjà installés.
Au-delà de l’électricité, la stratégie intègre le développement d’autres sources d’énergie bas carbone pour répondre aux besoins difficiles à électrifier. La production de chaleur renouvelable, issue notamment de la géothermie et des réseaux urbains, devrait fortement augmenter pour atteindre entre 328 et 421 térawattheures en 2035. Le biométhane connaît également une expansion importante, avec une production estimée entre 47 et 82 térawattheures, contribuant à couvrir une part significative des besoins résiduels en gaz. Les biocarburants progresseront également, notamment pour les transports aériens et maritimes, tandis que l’hydrogène bas carbone, produit par électrolyse, jouera un rôle clé dans la décarbonation de certaines industries lourdes.
La programmation prend en compte les spécificités des territoires, en particulier dans les zones non interconnectées comme la Corse ou les territoires ultramarins. Dans ces régions, des stratégies spécifiques seront mises en œuvre afin de réduire la dépendance aux importations d’énergies fossiles, en développant davantage les ressources locales et les capacités de stockage. Par ailleurs, le renforcement des réseaux électriques, notamment à travers des interconnexions et des solutions de flexibilité comme les batteries ou la gestion de la demande, vise à garantir la sécurité d’approvisionnement.
Cette transformation du système énergétique devrait avoir des retombées économiques significatives. Environ 120 000 emplois nets pourraient être créés d’ici 2030, notamment dans les secteurs du nucléaire, des énergies renouvelables et des infrastructures industrielles. Parallèlement, la réduction de la dépendance aux énergies fossiles permettrait de diminuer la facture énergétique nationale d’environ 60 milliards d’euros par an, des ressources qui pourraient être réorientées vers l’investissement. Les mécanismes de soutien aux énergies renouvelables sont également appelés à évoluer, avec une baisse progressive des subventions à mesure que ces technologies gagnent en compétitivité.

