Le 27 mars 2026, David Amiel, ministre chargé des Comptes publics, s’est rendu sur le port de Marseille pour présenter un plan ambitieux de modernisation des services douaniers, face à la montée spectaculaire des trafics illicites. Conçue pour répondre aux défis croissants du narcotrafic et des flux mondiaux complexes, cette stratégie combine renforcement technologique, augmentation des effectifs et exploitation avancée des données, dans le cadre du « plan douane massif » lancé par le président de la République en janvier. L’objectif affiché est de porter les capacités de contrôle à un niveau inédit et de sécuriser les principales voies d’entrée de marchandises dans le pays.
Dans un environnement où les menaces se diversifient – stupéfiants, contrefaçons, fraudes fiscales et atteintes à la santé publique – le ministre a détaillé une feuille de route claire. Le plan vise à doubler le taux national de conteneurs scannés d’ici fin 2027, avec un effort renforcé pour les grands ports comme Marseille, où la proportion actuelle reste faible. Cette montée en puissance s’appuie sur des investissements massifs dans des scanners de dernière génération, capables de détecter à distance cocaïne, cannabis, armes ou produits chimiques illicites, et sur un renforcement humain pour analyser efficacement les données collectées.
Le projet phare est l’installation d’un scanner fixe haute performance sur la darse de la Joliette, opérationnel fin 2027. Ce dispositif permettra de contrôler systématiquement les conteneurs opaques, tandis que plusieurs scanners haute énergie seront déployés dans les outre-mer pour intercepter les cargaisons provenant d’Amérique latine. La technologie permettra de multiplier par cinq l’efficacité des fouilles manuelles, tout en réduisant les contraintes pour le commerce légal. Une banque nationale centralisée analysera automatiquement les images via intelligence artificielle, repérant densités suspectes, signatures chimiques et motifs de dissimulation récurrents.
L’accent est également mis sur le renforcement des effectifs. Les douaniers devront être formés à l’usage de l’IA et à l’interprétation fine des images. À Marseille, plaque tournante du narcotrafic, le nombre de conteneurs scannés passera de 10 % à 30 % d’ici 2027, améliorant significativement la détection de la cocaïne colombienne et du cannabis marocain. En 2025, le port avait enregistré 108,81 tonnes de stupéfiants saisies, dont 31,26 tonnes de cocaïne (+49 %) et 67,73 tonnes de cannabis, ainsi que 548 tonnes de tabac interceptées.
Le plan vise aussi les territoires ultramarins, avec des scanners mobiles à Fort-de-France et Papeete, des effectifs renforcés de 10 % et des analystes spécialisés en chimie et data. La coopération internationale, via Europol et la DEA, permettra d’anticiper les nouvelles routes du trafic grâce à la blockchain et à l’IA prédictive. Au-delà des stupéfiants, la stratégie englobe la lutte contre les contrefaçons, les produits chimiques interdits et les fraudes fiscales, protégeant à la fois la santé publique, la souveraineté et les recettes de l’État.
Marseille, ville de 900 000 habitants, souffre particulièrement de la violence liée au narcotrafic, avec près de 100 morts violentes par an et des ports infiltrés par le crime organisé. Les saisies records de 2025, en moyenne une tonne par jour, soulignent l’ampleur de l’effort, qui sera multiplié grâce au scanner fixe et à l’IA. Chaque tonne de cocaïne interceptée, estimée à 50 millions d’euros, financera partiellement l’investissement technologique. Les 18 000 douaniers français voient leur rôle évoluer, passant de gardiens de porte à opérateurs de contrôle high-tech.
À l’horizon 2027, la Douane française ambitionne de filtrer 50 % des marchandises sur le territoire national et 100 % des flux à risque. Marseille deviendra une forteresse pour le commerce légal et un obstacle quasi infranchissable pour les trafiquants, modèle de modernisation pour les autres grands ports français. Cette transformation vise à restaurer la souveraineté nationale, protéger l’économie réelle et renforcer la sécurité des territoires les plus exposés au crime organisé.

