La Ville de Paris, la Banque des Territoires et le Groupement Dalkia/Eiffage/RATP Solutions Ville viennent d’annoncer la signature des actes constitutifs et contractuels de la Société d’économie mixte à opération unique (Semop), désignée titulaire du nouveau contrat de concession pour l’exploitation du réseau de chaleur urbain parisien. Intervenue le 10 avril dernier, cette signature constitue une étape historique dans la transformation du premier réseau de chaleur de France, qui dessert aujourd’hui près d’un million d’usagers à Paris et dans 16 communes limitrophes. Notifié le 23 avril 2026 par la Ville de Paris et entré en vigueur à cette date, le contrat prendra effet opérationnel au 1er janvier 2027 pour une durée de 25 ans, succédant à l’exploitation historique menée depuis 1927 par la Compagnie parisienne de Chauffage urbain (CPCU), dont la concession expire fin 2026. Cette procédure positionne Paris en pionnier européen de la transition énergétique urbaine.
La Semop, créée spécifiquement pour ce projet stratégique, réunit la Ville de Paris à hauteur de 34 % du capital, la Banque des Territoires à 15 % et l’opérateur économique Dalkia/Eiffage/RATP Solutions Ville à 51 %. Elle garantit la continuité du service public tout en orchestrant une modernisation sans précédent : extension du réseau de 534 à 750 km de canalisations, diversification des sources d’énergie et accélération de la décarbonation. Ce modèle de gouvernance hybride assure un contrôle renforcé de la puissance publique sur les décisions stratégiques des 25 prochaines années, combiné à l’expertise industrielle des opérateurs privés pour des résultats tangibles et mesurables
Ce contrat s’articule autour de trois ambitions majeures portées par la Ville de Paris. D’abord, accélérer la mutation écologique et consolider la souveraineté énergétique métropolitaine : dès 2034, la part des énergies renouvelables et de récupération (EnR2) bondira de 50 % à 76 % dans le mix énergétique, grâce à l’intégration de neuf sources bas-carbone innovantes – géothermie, récupération de chaleur sur l’eau de Seine et dans les tunnels du métro parisien, unités de valorisation énergétique, pellets, bois classe B, combustibles solides de récupération, biocombustibles locaux, pompes à chaleur et deux nouvelles chaudières électriques. À l’horizon 2050, l’objectif de 100 % EnR2 sera atteint, en parfaite cohérence avec le Plan Climat parisien. Cette diversification stratégique, cruciale dans un contexte de volatilité géopolitique des prix fossiles, permettra une réduction de 50 % des émissions de CO2 d’ici 2034 – soit 12 millions de tonnes évitées sur la durée de concession – et une division par deux de la dépendance au gaz naturel.
Parallèlement, l’ambition solidaire vise à garantir un chauffage abordable et stable pour tous : une baisse tarifaire dès 2027 touchera 70 % des usagers, tandis que le nombre d’abonnés passera de 6 330 à 9 100 (+43 %), dont 40 % en zones blanches jusqu’alors non desservies. Cette extension massive démocratisera l’accès à une chaleur décarbonée, protégeant les ménages des fluctuations des marchés énergétiques et renforçant la justice sociale. Enfin, la gouvernance publique est consolidée par la création d’un comité associant les 16 communes desservies – Asnières, Aubervilliers, Boulogne-Billancourt, Charenton-le-Pont, Choisy-le-Pont, Clichy-la-Garenne, Gennevilliers, Gentilly, Île-Saint-Denis, Issy-les-Moulineaux, Ivry-sur-Seine, Le Kremlin-Bicêtre, Levallois-Perret, Saint-Denis, Saint-Ouen, Vitry-sur-Seine – qui exercera un rôle de censeur au sein des instances de la Semop, assurant transparence, implication et ancrage territorial.
Pour concrétiser cette métamorphose, la Semop déploiera un plan d’investissement massif de près de 3,4 milliards d’euros sur 25 ans, financé par un schéma bancaire optimisé. Ce montant couvrira la construction d’unités de production de pointe, la digitalisation des infrastructures, l’extension physique du réseau et le recrutement de 617 collaborateurs au statut IEG (contre 550 actuellement), générant des emplois qualifiés et durables en lien étroit avec les besoins du territoire francilien. Ce projet transforme un réseau centenaire en un modèle d’infrastructure résiliente, à la pointe de l’innovation énergétique européenne.
Emmanuel Grégoire, maire de Paris, déclare : « Pionnière dans la lutte contre le changement climatique, la Ville de Paris mène une politique publique ambitieuse afin d’atteindre ses objectifs de neutralité carbone en 2050 dans le cadre de son Plan Climat. La signature de ce contrat avec la Semop en charge de décarboner, développer et moderniser le réseau de chaleur grand parisien, marque l’accélération de nos actions en faveur d’une transition écologique la plus juste possible grâce à un service public de la chaleur abordable et accessible. »
Marie-Laure Gadrat, directrice régionale Île-de-France de la Banque des Territoires, ajoute : « La Banque des Territoires est fière de contribuer à la transformation du réseau de chaleur urbain parisien. Ce projet concrétise nos ambitions, partagées avec la Ville de Paris : de transformation écologique et énergétique, de renforcement de la souveraineté énergétique francilienne, et de cohésion sociale, à travers des prix stables et compétitifs proposés aux usagers. »
Sylvie Jéhanno, présidente-directrice générale de Dalkia, souligne : « La confiance que nous témoigne la Ville de Paris par la signature de ce contrat nous honore autant qu’elle nous engage. En tant que co-actionnaire de la Semop aux côtés de nos partenaires, nous sommes très fiers de contribuer à la décarbonation de la Ville de Paris et des collectivités desservies par ce réseau. Pour relever ce défi, en y associant toutes les équipes actuelles, Dalkia déploiera toute son expertise de création, de modernisation et d’exploitation de réseaux de chaleur bas-carbone. Nous créerons ici, par exemple, le premier réseau de chaleur géothermique en France et en Europe. »
Benoît de Ruffray, président-directeur général d’Eiffage, précise : « La transformation du réseau de chaleur urbain, centenaire, en une infrastructure résiliente et performante, constitue un défi que nous sommes prêts à relever. Eiffage mobilisera l’ensemble de ses expertises pour mettre en œuvre ce programme de travaux et d’investissements d’une ampleur exceptionnelle pour moderniser durablement le réseau. Notre expertise en financement des grands projets emporte la confiance de nos partenaires financiers et sécurise notre projet par un schéma de financement bancaire optimisé. »
Xavier Piechaczyk, président-directeur général de la RATP, conclut : « Le groupe RATP est fier de mettre son savoir-faire en matière de développement et de gestion d’infrastructures urbaines complexes au service de la transformation et de la décarbonation du réseau de chaleur urbain de la Ville de Paris et des seize communes desservies. Par ailleurs, nous mènerons une politique de recrutement adaptée aux ambitions de développement de la Semop, en lien étroit avec l’ancrage territorial et les enjeux locaux, et resterons à l’écoute de l’ensemble des salariés de la Compagnie parisienne de Chauffage urbain (CPCU). »
Réseau de chaleur : Paris signe sa décarbonation
Par Gilbert Caron
Publié le 4 mai 2026 à 16h45 – Temps de lecture : 6 minutes
