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Marseille commémore le 81e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945

Par Marcel Grenay
Publié le 3 mai 2026 à 08h46 – Temps de lecture : 4 minutes

La commémoration du 81e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie revêt cette année une importance particulière à Marseille, marquant plus de huit décennies de paix sur le sol européen depuis ce 8 mai 1945 historique. À l’échelle nationale, cette date demeure un pilier de la mémoire collective, rappelant le coût effroyable de la Seconde Guerre mondiale qui fut le conflit le plus dévastateur de l’humanité avec plus de soixante millions de disparus, soit une part immense de la population mondiale de l’époque. Pour la France, le sacrifice humain fut immense avec plus de 567 000 décès, un traumatisme qui explique la place centrale de cette journée dans le calendrier républicain. L’histoire du 8 mai en tant que jour férié est cependant loin d’être un long fleuve tranquille. Si la capitulation fut annoncée officiellement à la radio par le général de Gaulle à 15 heures dans une liesse populaire indescriptible, le statut de cette journée a évolué au gré des choix politiques. Après avoir été déclassée par souci de productivité ou pour favoriser la réconciliation franco-allemande sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, il fallut attendre l’impulsion de François Mitterrand en 1981 pour que la loi redonne définitivement au 8 mai son caractère chômé, le distinguant ainsi des traditions britanniques ou américaines.

Le cœur symbolique de cette mémoire bat chaque année sous l’Arc de Triomphe à Paris, où le chef de l’État ravive la flamme du Soldat inconnu. Cette sépulture, qui accueille depuis 1920 un combattant anonyme de la Grande Guerre, s’est enrichie après 1945 d’un bouclier de bronze offert par les forces alliées pour honorer la libération de la capitale et le courage des armées françaises. À Marseille, le chemin vers ce 8 mai 1945 fut marqué par une attente fébrile. Huit mois de combats acharnés séparèrent la reddition allemande dans la cité phocéenne, fin août 1944, de la victoire finale à Berlin. Durant cette période d’incertitude, la presse de la Résistance, emmenée par le quotidien La Marseillaise, joua un rôle déterminant. Ce journal, né dans l’ombre des combats clandestins, ne se contentait pas de relater l’avancée de l’Armée rouge ou des troupes vers le Rhin, il maintenait aussi le lien avec les résistants locaux du bataillon FFI provençal intégrés à l’armée régulière. Cette marche vers la paix coïncida également avec une révolution démocratique majeure, puisque, le 29 avril 1945, seulement quelques jours avant la fin des hostilités, les femmes marseillaises purent enfin exercer leur droit de vote lors des élections municipales.

Le 8 mai 1945 à Marseille fut une explosion de joie mêlée à une amertume profonde. Sous le ciel bleu de mai, le bruit des cloches saluant la mort de la tyrannie ne suffisait pas à étouffer le cri des déportés de retour des camps et le deuil des familles. La photographe et résistante Julia Pirotte a laissé un témoignage poignant de cette ambivalence émotionnelle. Dans ses récits, elle décrit comment la splendeur des drapeaux tricolores et rouges se confondait dans son esprit avec les visages de ses camarades de lutte tombés au combat. Elle imaginait, au milieu de la foule en fête, le cortège silencieux de ses amis fusillés, des mères juives portant leurs enfants disparus et de ses sœurs d’armes aux têtes rasées revenant de l’enfer carcéral. Ce souvenir douloureux, notamment celui de sa propre sœur guillotinée pour acte de résistance, transformait la célébration de la victoire en une promesse solennelle pour l’avenir : celle de ne jamais laisser de telles atrocités se reproduire.

Pour ce vendredi 8 mai 2026, la ville de Marseille organise des cérémonies officielles sous la direction du maire Benoît Payan afin de perpétuer ce devoir de transmission. La matinée débutera à 9 heures à l’Hôtel de Ville par un hommage spécifique aux employés de la municipalité qui ont donné leur vie pour la France. Le point culminant de la commémoration se tiendra ensuite à 10 heures sur la place Jules Guesde, devant l’Arc de Triomphe de la ville. Ce secteur, incluant le parc de la Porte d’Aix, sera entièrement sanctuarisé pour l’occasion afin de permettre un recueillement digne des victimes du nazisme.