Le salon SantExpo a été le théâtre d’une avancée majeure pour l’humanisation des structures de soins critiques. En présence des grandes fédérations hospitalières, du collectif France Assos Santé, des syndicats de médecins urgentistes et du Conseil national consultatif des personnes handicapées, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, a officiellement apposé sa signature sur la toute première Charte nationale de l’accompagnant aux urgences. Cet engagement solennel vise à harmoniser les pratiques d’accueil sur l’ensemble du territoire et à accorder un statut reconnu aux proches qui soutiennent les patients dans ces moments de forte vulnérabilité.
Le déploiement de ce texte cadre répond à une situation de profonde inégalité géographique et institutionnelle mise en lumière par les statistiques officielles. Une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) révélait que seuls 32 % des services d’urgences français autorisaient de manière systématique la présence d’un proche aux côtés du malade. À l’inverse, 64 % des structures restreignaient cet accès à des situations exceptionnelles, tandis que 4 % l’interdisaient purement et simplement. Face à cette hétérogénéité des règles intérieures qui générait de l’incompréhension et de la détresse chez les familles, le ministère de la Santé a piloté pendant un an un groupe de travail pluraliste pour coconstruire un référentiel unique et partagé par tous les acteurs du système hospitalier.
La philosophie de la charte repose sur un renversement complet de la logique jusqu’ici dominante : désormais, la présence de l’accompagnant devient la règle de principe, et l’exclusion doit constituer l’exception dûment motivée par des impératifs de sécurité sanitaire ou d’organisation des soins. Chaque patient dispose ainsi du droit d’être soutenu par une personne de son choix, qu’il s’agisse d’un membre de la famille, d’un aidant familial ou d’une personne de confiance désignée. Le texte insiste tout particulièrement sur le caractère médico-social impératif de cet accompagnement pour les publics les plus fragiles, ciblant explicitement les enfants en bas âge, les personnes âgées en perte de repères, les patients en situation de handicap et les personnes en fin de vie.
Pour s’ancrer durablement dans le quotidien des services sans désorganiser le travail des soignants, le document instaure un contrat de responsabilité réciproque entre les différentes parties. D’un côté, le personnel hospitalier s’engage à faciliter l’intégration de l’aidant dans le box de soins, à délivrer une information transparente, à rester à l’écoute des signalements et à préserver l’intimité corporelle du malade. En contrepartie, l’accompagnant souscrit à l’obligation stricte de respecter le rythme de travail des équipes, le calme nécessaire aux soins, les règles de confidentialité des autres patients et les consignes de sécurité intérieures. En cas de tensions ou de litiges, le texte privilégie la voie de la médiation immédiate avec les cadres de santé tout en rappelant les voies de recours légitimes des usagers.
L’ambition de l’exécutif est d’assurer une pénétration rapide de ces nouvelles directives au sein de l’architecture hospitalière d’ici la fin de l’année 2026. Tous les services d’urgence de France sont ainsi enjoints d’afficher visiblement la charte dans leurs halls d’accueil et de la publier sur leurs plateformes numériques respectives. Les directions d’établissements devront former leurs personnels à ces nouvelles postures d’accueil, associer étroitement les commissions des usagers au suivi de la charte et intégrer des critères d’évaluation de son impact dans leurs démarches de certification qualité. Pour soutenir cette transition culturelle, l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap) a été missionnée pour concevoir des outils pédagogiques et accompagner les équipes de terrain dans l’évolution de leurs protocoles quotidiens.

