La corniche Tamaris, à La Seyne-sur-Mer, s’apprête à connaître la transformation la plus profonde de son histoire récente. La Métropole Toulon Provence Méditerranée a engagé une opération de réhabilitation portant sur les 4,5 kilomètres de ce front de mer souvent décrit comme un balcon sur la Méditerranée. L’ambition tient en quelques mots, apaiser la circulation, dérouler une piste cyclable du nord au sud, ménager des zones réservées aux piétons et aménager une dizaine d’espaces publics le long du rivage. Large d’une dizaine de mètres, cette voie relie Saint-Mandrier et le quartier des Sablettes au centre-ville et dessert un patrimoine remarquable, des forts Balaguier et de l’Eguillette à la station climatique imaginée par Michel Pacha à la fin du XIXe siècle.
Au-delà de l’embellissement, le projet répond d’abord à une nécessité technique. Le mur parapet et la chaussée présentent un risque d’affaissement, signe d’une infrastructure fragilisée par le temps et par sa proximité immédiate avec la mer. La reprise des réseaux constitue un autre impératif, car elle conditionne la qualité des eaux littorales et la pérennité de l’activité aquacole, particulièrement sensible à la moindre pollution. Réhabiliter la corniche, c’est donc autant sécuriser un ouvrage vieillissant que protéger un écosystème dont vivent encore des professionnels de la pêche et de la conchyliculture.
La Métropole a structuré sa démarche autour de quatre ambitions qui se complètent. La première consiste à ancrer l’avenir de la corniche dans son histoire en valorisant son héritage maritime, balnéaire, industriel et militaire. La deuxième vise à faire cohabiter sur un même espace des usages parfois concurrents, la promenade et le déplacement quotidien, la plaisance, la baignade et la pêche professionnelle comme artisanale. La troisième engage la collectivité sur le terrain environnemental, en limitant l’empreinte des aménagements, en favorisant la biodiversité et en traitant les eaux pluviales avant leur rejet en mer. La dernière entend faire de cette interface entre terre et mer un lieu de cohésion sociale et un moteur d’attractivité économique pour tout le bassin.
Le projet s’inscrit dans un cadre réglementaire exigeant. Il intègre les orientations du Plan de déplacements urbains voté en 2015, le principe de zéro remblai en mer, la prise en compte des risques de submersion marine et les protections attachées aux sites patrimoniaux remarquables. Pour mener à bien une opération aussi sensible, la Métropole s’est appuyée sur un groupement de maîtrise d’œuvre conduit par l’agence Guillermin, paysagiste concepteur, associée à la Compagnie des rêves urbains chargée d’organiser la participation des habitants. Le découpage retenu distingue dix zones d’animation, de la Porte Sud à la Porte Nord et au Bois sacré, en passant par Sylvacanne, la zone du Crouton, l’embarcadère Tamaris, le Port du Manteau, l’esplanade Sebille, le Pré aux bateaux du square Jean le Bon, l’Anse Balaguier et le Quai des Douaniers.
Concrètement, les usagers retrouveront une voirie entièrement réhabilitée sur l’ensemble du linéaire, une voie verte partagée entre piétons et cyclistes dotée de services comme des arceaux et des consignes, ainsi que dix espaces publics ombragés et végétalisés pensés pour résister aux fortes chaleurs estivales. Le projet prévoit aussi un ponton promenade posé sur l’eau pour relier les dix points d’animation et deux pontons permettant aux promeneurs d’avancer au-dessus de la mer. Des panneaux d’information historique et environnementale et un mobilier urbain accordé à l’architecture des lieux complèteront ces aménagements.
La réussite d’un tel chantier repose largement sur l’adhésion des riverains, et la Métropole a fait le choix d’une concertation nourrie. Entre janvier et juillet 2022, une première phase a mobilisé plus de deux mille personnes à travers des réunions publiques, des diagnostics et des ateliers, tandis que près de mille cinq cents contributions étaient recueillies par une enquête en ligne et sur les réseaux sociaux. Une nouvelle réunion publique a réuni près de cinq cents participants le 4 avril 2025. En ce premier semestre 2026, après le dépôt en février du dossier d’autorisation environnementale et de l’étude d’impact, une enquête publique de quatre mois prolonge ce dialogue, à la suite d’une étude environnementale dite Quatre saisons demandée par la Direction départementale des territoires et de la mer du Var.
Le calendrier dessine une mise en œuvre progressive. Après le lancement des études fin 2021 et le dépôt du permis d’aménager en octobre 2024, les travaux doivent débuter au second semestre 2026 par la phase sud, jusqu’au premier semestre 2028, avant une phase nord qui s’achèvera en 2029. L’investissement total atteint 39 millions d’euros, avec le soutien de l’État à hauteur de 2,85 millions et de la Région Sud pour 2,67 millions. Pour les Seynois comme pour les visiteurs, c’est à terme un littoral plus sûr, plus accessible et mieux protégé qui se dessine le long de la Méditerranée.

