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Six projets de navires bas carbone soutenus par France 2030

Porte-conteneurs à quai illustrant le soutien aux navires bas carbone
Par Renaud Morelli
Publié le 24 août 2026 à 10h00 – Temps de lecture : 5 minutes

L’État a annoncé le nom de six nouveaux lauréats d’un appel à projets consacré aux navires bas carbone. L’enveloppe attribuée atteint 21,4 millions d’euros. Philippe Tabarot, ministre des Transports, Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, ont porté cette annonce aux côtés de Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement en charge de France 2030.

Le dispositif porte un nom peu connu du grand public. Il s’agit de l’appel à projets Navire Bas Carbone, lancé en janvier 2025 sous l’égide du Conseil d’orientation pour la recherche et l’innovation des industriels de la mer, plus souvent désigné par son sigle Corimer. Cette instance rassemble les acteurs de la construction navale, de l’équipement maritime et de la recherche. Le Secrétariat général pour l’investissement en assure le pilotage, tandis que l’Agence de la transition écologique, l’Ademe, gère l’instruction des dossiers et le versement des aides pour le compte de l’État.

Cette seconde vague de sélection confirme une dynamique dans la filière des navires bas carbone. Dix-sept dossiers ont été déposés, six ont finalement été retenus. La première vague avait soutenu trois projets pour 6,8 millions d’euros. Au total, neuf projets bénéficient désormais d’un financement public dans ce cadre, pour un montant cumulé de 28,2 millions d’euros. La progression du nombre de candidatures entre les deux relèves traduit la montée en compétence d’une filière qui compte encore peu d’acteurs de taille mondiale.

Les technologies retenues couvrent plusieurs voies de décarbonation, ce qui distingue cet appel à projets d’un soutien concentré sur une seule solution. La propulsion vélique figure parmi elles. Elle consiste à installer des voiles, des ailes rigides ou des rotors sur des navires de commerce, afin de réduire la consommation de carburant en exploitant la force du vent. Les chaînes multi-énergie constituent un deuxième axe. Elles permettent à un même navire de fonctionner avec plusieurs sources d’énergie selon les phases de navigation, par exemple un moteur thermique en haute mer et une propulsion électrique à l’approche des ports.

Un troisième projet porte sur le traitement du biofouling, terme qui désigne l’accumulation d’algues, de coquillages et de micro-organismes sur la coque d’un bateau. Ce dépôt peut sembler anecdotique. Il augmente pourtant nettement la résistance à l’avancement et donc la consommation de carburant, si bien qu’une coque propre représente un gain immédiat sur les émissions. Les autres lauréats travaillent sur un moteur maritime gazeux innovant et sur l’électrification des activités portuaires côtières, un chantier qui vise notamment à permettre aux navires de couper leurs moteurs auxiliaires à quai en se branchant sur le réseau électrique terrestre.

L’État assigne quatre objectifs à ce soutien. Il entend d’abord accompagner le développement, la première industrialisation et le déploiement de technologies conçues et produites en France. Il cherche ensuite à renforcer la compétitivité des industriels français sur un marché mondial en forte croissance, où les armateurs devront renouveler ou adapter leurs flottes dans les années à venir. Vient enfin la structuration d’une chaîne de valeur maritime innovante et la consolidation de la souveraineté technologique française sur ces équipements stratégiques.

Cet appel à projets ne constitue pas le seul levier mobilisé. En parallèle, un autre dispositif finance la décarbonation du transport et des services maritimes grâce aux recettes du marché carbone européen appliqué au secteur, ce que les professionnels nomment l’ETS maritime. Lancé le 2 avril, il s’est clos le 6 juillet avec 92 candidatures reçues. Ce volume témoigne d’un intérêt large des opérateurs, bien au-delà du cercle restreint des équipementiers.

Catherine Chabaud a souligné que les solutions développées pour la marine marchande pourraient à terme profiter à la pêche, à la plaisance et même à la marine nationale. Cette perspective de transfert intéresse directement les chantiers navals français, dont les carnets de commandes mêlent navires civils et militaires. Sébastien Martin a de son côté présenté la décarbonation du maritime comme un projet industriel stratégique, générateur d’emplois qualifiés sur le territoire national.

Le transport maritime déplace l’essentiel du commerce mondial et fonctionne encore très largement au fioul lourd. Réduire son empreinte suppose donc des ruptures techniques coûteuses, que les armateurs hésitent à financer seuls tant que les technologies ne sont pas éprouvées. C’est précisément ce trou entre le laboratoire et le marché que le soutien public aux navires bas carbone cherche à combler. Pour les industriels français retenus, l’aide obtenue doit permettre de franchir l’étape de la première série, celle qui décide généralement si une innovation trouve ou non ses clients.