Depuis ce mardi 1er septembre 2026, le placement pénal des mineurs repose sur un cadre entièrement refondu. La protection judiciaire de la jeunesse a ouvert le même jour 85 unités judiciaires à priorité éducative, désignées par le sigle UJPE, réparties sur l’ensemble du territoire. Ces structures remplacent deux dispositifs qui coexistaient jusqu’alors, les centres éducatifs fermés et les unités éducatives d’hébergement collectif. Le ministère de la Justice fait ainsi entrer en application une réforme annoncée en novembre 2025 par Gérald Darmanin, garde des Sceaux, puis inscrite dans le code de la justice pénale des mineurs par un décret du 12 mars 2026.
Le mouvement ne s’arrête pas à cette première vague. Les 85 unités ouvertes en ce début de septembre relèvent toutes du secteur public. La réforme s’étendra ensuite par étapes aux centres éducatifs fermés confiés au secteur associatif habilité. À l’horizon 2028, le pays devrait compter 123 unités judiciaires à priorité éducative. Le calendrier reste donc étalé, ce qui laisse aux équipes le temps d’absorber un changement de méthode autant que de statut.
L’unification des deux anciens dispositifs répond à un constat simple. Un même jeune pouvait passer d’un centre éducatif fermé à un hébergement collectif, avec des règles, des équipes et des habitudes de travail différentes à chaque étape. Ces ruptures fragilisaient le suivi éducatif. Désormais, une réponse unique s’applique, que le magistrat opte pour un encadrement souple ou pour un cadre strict. La réforme vise ainsi à renforcer la continuité des parcours, à clarifier les modalités de placement et à consolider la priorité donnée au travail éducatif dans un environnement contenant. Elle doit également permettre une meilleure individualisation des sanctions prononcées par l’autorité judiciaire.
Les UJPE accueillent des mineurs et des jeunes majeurs âgés de 13 à 21 ans, condamnés pour une infraction passible d’une sanction pénale. Le placement relève toujours d’une décision de justice, ajustée au profil du jeune, à la nature des faits et à leur gravité. Concrètement, les intensités de contrainte varient à l’intérieur d’une même catégorie d’établissement. Un primo-délinquant ou l’auteur de faits de moindre gravité peut se voir imposer un simple couvre-feu. Un autre jeune fera l’objet d’un placement strict, par exemple dans le cadre d’un contrôle judiciaire renforcé, avec des sorties limitées aux motifs fixés par le juge. Lorsque la situation le permet, le dispositif offre dès lors une alternative à l’incarcération.
Trois exigences structurent le fonctionnement de ces unités. La première porte sur l’école et le métier. Chaque UJPE dispose d’un professeur technique à temps plein, chargé de la formation, de l’insertion scolaire et professionnelle, ainsi que du retour en classe des jeunes accueillis. Cette présence répond à une réalité documentée par les services eux-mêmes, puisque 56 % des jeunes suivis par la protection judiciaire de la jeunesse entre 16 et 17 ans sont déscolarisés. L’objectif consiste à transformer la durée du placement en temps utile, avec un projet de sortie tangible.
La deuxième exigence concerne la santé, considérée comme un levier d’insertion et de prévention de la récidive. Un infirmier travaille à temps plein dans chaque unité. Il repère les troubles somatiques, psychiques ou addictifs et facilite l’accès aux soins, notamment auprès des médecins généralistes et des pédopsychiatres. Là encore, les chiffres justifient l’effort, car 24 % des jeunes suivis déclarent un problème de santé ou une maladie chronique. Une douleur non traitée, un trouble du sommeil ou une addiction pèsent en effet directement sur la scolarité et sur la capacité à tenir un engagement.
La troisième exigence relève de la sécurité. Chaque unité s’appuie sur un partenariat renforcé avec les forces de sécurité intérieure et sur des protocoles stricts de prévention et de gestion des fugues. Le ministère assume un objectif de protection, y compris contre les tentatives de recrutement des mineurs par des réseaux liés au narcotrafic ou au proxénétisme. Par ailleurs, chaque jeune reçoit un emploi du temps individuel hebdomadaire, construit après une évaluation initiale de sa situation et de ses compétences scolaires. Selon les besoins repérés localement, certaines unités développeront des prises en charge spécialisées, en santé mentale, en aménagement de peine ou en lutte contre le narcotrafic.
La réforme s’accompagne enfin d’un volet extérieur aux murs. Le suivi en milieu ouvert se renforce et de nouvelles mesures alternatives aux poursuites se déploient, avec des actions éducatives précoces destinées à intervenir rapidement après une première infraction. L’efficacité des unités à priorité éducative sera mesurée en 2029, sur la prévention de la récidive, la stabilisation des parcours et l’insertion des jeunes placés. Cette évaluation à échéance fixe donnera un point de comparaison utile, à un moment où la délinquance des mineurs alimente un débat public souvent privé de données solides.

