Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a rendu publique ce jeudi 3 septembre 2026 une étude inédite sur les atteintes subies par les habitants et sur la crainte d’en être victime, département par département. Ce panorama, quatre-vingt-quatrième numéro de la collection Interstats Analyse, exploite l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité. Il établit que la victimation déclarée reste plus fréquente dans les territoires densément peuplés, alors que la peur, elle, se répartit selon une logique différente. Les départements d’Île-de-France, les Bouches-du-Rhône et le Rhône ressortent ainsi au-dessus de la moyenne nationale, toutes atteintes confondues.
Cette enquête a succédé en 2022 au dispositif Cadre de vie et sécurité, mené de 2007 à 2021. Son intérêt tient d’abord à sa taille. Chaque année, 200 000 personnes âgées de 18 ans et plus, vivant en France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe ou à La Réunion, sont interrogées par internet, par téléphone ou sur papier. Les statisticiens ont retenu 104 100 questionnaires complets pour l’édition 2022, 109 300 pour celle de 2023 et 112 600 pour celle de 2024. Même à cette échelle, le nombre de victimes reste trop faible pour descendre au niveau départemental année par année. Les trois premières vagues ont donc été cumulées, ce qui permet de mesurer les faits subis entre 2021 et 2023 et les inquiétudes exprimées entre 2022 et 2024.
Le cambriolage illustre le mieux ce décalage entre le vécu et le ressenti. La part d’habitants qui déclarent en avoir été victimes atteint 3,3 % en moyenne nationale. Elle grimpe à 5,4 % dans le Rhône, le niveau le plus élevé du pays, et dépasse aussi la moyenne dans les départements franciliens, en Loire-Atlantique, en Gironde, en Haute-Garonne, dans l’Hérault, le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône. Pourtant, c’est dans le Cher que l’inquiétude domine, avec 58,3 % de personnes se déclarant préoccupées, contre environ 50 % en moyenne, alors que la victimation déclarée y tombe à 2,0 %. Autrement dit, la peur du cambriolage se révèle parfois plus vive là où le phénomène frappe le moins.
Les vols suivent une géographie plus attendue. Les vols d’objets ou d’accessoires dans et sur les voitures culminent en Seine-Saint-Denis, avec 7,6 % de victimes déclarées pour une moyenne de 3,4 %, devant les Bouches-du-Rhône et le Val-d’Oise. Les vols sans violence commis en dehors du logement se concentrent quant à eux à Paris, où 7,7 % des habitants s’en disent victimes, soit 5,6 points de plus que la moyenne nationale, et dans le Rhône. La crainte, en revanche, se diffuse largement. Elle atteint 49,5 % à Paris et 46 % en Seine-Saint-Denis, mais se maintient autour de 25 % dans le Cantal et près de quatre personnes sur dix s’en inquiètent au niveau national. La Corse se distingue de tous les autres départements par une inquiétude très basse, autour de 18 %, quel que soit le type d’atteinte.
Certaines infractions échappent en revanche à toute lecture territoriale. Les débits frauduleux concernent 6 % de la population, les escroqueries 5 % et les destructions de données par un virus 2 %. Ces atteintes se répartissent de façon si homogène que la comparaison entre départements perd toute signification statistique. Le constat vaut également pour la peur des agressions en ligne, du piratage ou du vol de données, qui touche 65,9 % des 18 à 74 ans en métropole. Ces faits se commettent sur internet ou par téléphone, donc sans lien avec le lieu de résidence.
Du côté des atteintes aux personnes, la corrélation entre victimation déclarée et inquiétude réapparaît. Le harcèlement sexuel concerne 2,7 % des habitants en moyenne, mais 5,7 % à Paris, devant le Rhône, les Hauts-de-Seine et la Haute-Garonne. La capitale doit cette surreprésentation à la structure de sa population, puisque plus des deux tiers des victimes de violences sexuelles sans contact physique ont entre 18 et 34 ans. La peur, moins répandue que pour les vols avec 16,6 % de personnes inquiètes, culmine à La Réunion avec 25,6 %, pour une victimation déclarée pourtant inférieure à la moyenne. Les injures et menaces frappent surtout Paris et le Rhône, où elles touchent respectivement 8,2 % et 7,7 % des habitants contre 5,7 % en moyenne, et l’inquiétude y suit la même pente.
Enfin, les discriminations dessinent une carte franchement francilienne. La Seine-Saint-Denis affiche 7 % de victimes déclarées et Paris 6,7 %, pour une moyenne nationale de 3,3 %, devant le Val-de-Marne, le Val-d’Oise, les Hauts-de-Seine, le Rhône, la Seine-et-Marne et les Yvelines. Les auteurs relient cet écart à la répartition des populations les plus exposées, la population immigrée représentant 20 % des Parisiens et 30 % des habitants de Seine-Saint-Denis, contre 10 % à l’échelle du pays. Toutes ces données restent des déclarations, non des plaintes enregistrées, et certaines atteintes comme les violences physiques ou conjugales sont trop rarement rapportées pour autoriser une comparaison départementale. La publication complète et ses données détaillées restent accessibles en ligne.

