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L’Insee n’attend que 0,4 % de croissance en France cette année

Par Marc Blanc
Publié le 12 septembre 2026 à 10h00 – Temps de lecture : 5 minutes

L’Insee a publié ce jeudi 10 septembre 2026 sa note de conjoncture de rentrée, intitulée Vigilance orange sur la croissance. L’institut y actualise ses prévisions jusqu’à la fin de l’année et son diagnostic tient en peu de mots. L’économie française décroche par rapport à ses voisins européens.

Le contraste est net. Alors que l’activité a progressé de 0,3 % au printemps dans les quatre principales économies de la zone euro, et de 0,4 % au Royaume-Uni, la France a fait du surplace. Après un recul de 0,2 % cet hiver, son produit intérieur brut a stagné au deuxième trimestre. Sur l’ensemble de 2026, l’institut table désormais sur une croissance de 0,4 %, soit environ trois fois moins que ses partenaires. La France serait ainsi la seule grande économie avancée à freiner nettement cette année.

Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer ce décalage. D’abord, les travaux publics subissent un retournement brutal, conséquence classique du cycle électoral municipal, les communes différant leurs chantiers à l’approche du scrutin. Ensuite, les vagues de chaleur de l’été ont frappé plus durement qu’ailleurs, en particulier l’agriculture. Leur coût est estimé à 0,1 point de croissance sur l’année. Le marché du travail se dégrade par ailleurs plus vite que chez les voisins, avec un chômage en hausse et des salaires peu dynamiques. Enfin, l’impulsion budgétaire soutient moins l’activité qu’ailleurs en Europe.

L’inflation, elle, repart. Elle atteignait 2,4 % en France au mois d’août et grimperait à 2,9 % d’ici décembre. L’énergie en est le principal moteur, avec une flambée des prix du gaz qui se diffuse peu à peu aux produits manufacturés et à certains services, notamment dans les transports. Deux facteurs s’y ajoutent, la fin de la guerre des prix dans les télécommunications et la hausse passagère des légumes frais, dont les récoltes ont souffert de la canicule. La France resterait néanmoins sous la moyenne européenne, puisque la zone euro affichait déjà 3,3 % en août.

Ce regain inflationniste trouve sa source hors des frontières. Les tensions au Proche-Orient ont ramené le baril autour de 90 dollars après une accalmie à la mi-juin, et les bombardements de raffineries russes ont gonflé les marges de raffinage partout dans le monde. Dès lors, les banques centrales durcissent leur politique monétaire, ce qui pousse les taux obligataires à la hausse de part et d’autre de l’Atlantique. Le coût du crédit suit le même chemin, pour les ménages comme pour les entreprises.

Sur le front de l’emploi, la dégradation se poursuit. L’économie française détruirait 52 000 emplois salariés en 2026, après 48 000 en 2025. L’alternance encaisse la réduction des soutiens publics, tandis que le reste de l’emploi privé stagne. Les créations d’emplois non salariés restent en revanche nombreuses, avec 95 000 postes supplémentaires attendus. Cette légère progression d’ensemble ne suffit pourtant pas à absorber la hausse de la population active et le taux de chômage grimperait à 8,6 % en fin d’année.

Les conséquences se lisent dans le portefeuille des ménages. Le pouvoir d’achat reculerait de 0,4 % sur l’année, sous le double effet de la baisse de l’emploi salarié et de la stagnation des salaires réels. Les négociations salariales compenseraient tout juste la hausse des prix. Pour tenir leur niveau de vie, les ménages puisent dans leur épargne, ce qui permet à la consommation de progresser malgré tout de 0,3 %. Les arbitrages se voient nettement, car les dépenses de services jugées reportables reculent alors que les achats de climatiseurs et de ventilateurs se sont envolés pendant les épisodes de forte chaleur.

L’investissement déçoit également. Après une reprise inattendue en 2025, celui des entreprises repasserait dans le rouge avec un repli de 0,3 %, plombé par des perspectives de demande atones et par le renchérissement du capital. Celui des ménages chuterait de 1,3 %, la reprise de la construction neuve ne compensant pas le retournement du marché de l’ancien, plus sensible à la remontée des taux. L’investissement public recule aussi nettement, les communes réduisant leurs dépenses de construction en année électorale, et ce malgré la montée en puissance des budgets de défense. Seul le commerce extérieur soutient franchement la croissance, porté par l’aéronautique et le naval.

L’institut n’attend pas de retournement immédiat mais entrevoit une amélioration progressive. Les effets de la canicule sur l’agriculture sont pour l’essentiel déjà comptabilisés, et la baisse de la production dans les travaux publics devrait s’atténuer à l’automne. Le climat des affaires se redresse et se rapproche de sa moyenne de longue période. L’Insee attend donc un retour de la croissance, à 0,1 % cet été, puis à 0,2 % en fin d’année. La veille, le gouvernement avait pour sa part actualisé ses propres prévisions, à 0,5 % de croissance et 2,1 % d’inflation pour 2026, avec un rebond attendu à 1 % l’an prochain.