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Romainville : un festival pour repenser l’assiette

Par Renaud Morelli
Publié le 24 septembre 2026 à 17h58 – Temps de lecture : 4 minutes

Difficile de trouver, pour un débat public, sujet plus concret que le contenu de nos assiettes. À Romainville, la question sert de fil conducteur à cinq journées, du mercredi 23 au dimanche 27 septembre. Portée par la Ville et par sa ferme urbaine, la Cité maraîchère, la troisième édition du Festival des transitions gourmandes déploie sa programmation dans une vingtaine de lieux, des pieds d’immeubles aux équipements municipaux en passant par les jardins partagés. Son intitulé, « Plats et résistances d’ici et d’ailleurs », annonce la couleur : il s’agit moins de cuisiner joli que d’interroger ce que l’on mange, d’où cela vient et à quel coût, pour la santé comme pour l’environnement. Cette année, la commune a choisi d’élargir la focale, en reliant les plaisirs de la table aux questions plus rugueuses du pouvoir d’achat, de la précarité alimentaire et de l’accès de toutes et tous à des produits de qualité. Une manière d’ancrer un rendez-vous populaire dans le quotidien d’un territoire de l’Est parisien où la vie chère pèse lourd, sans renoncer pour autant à la convivialité.
Le rendez-vous n’a rien d’anecdotique pour la municipalité, qui en fait le point de départ d’un chantier de plus longue haleine. Le festival ouvre en effet les Assises citoyennes de l’alimentation, une démarche de concertation appelée à se prolonger jusqu’en décembre 2027. L’objectif affiché : associer habitants, producteurs, associations et personnels de la restauration scolaire à la construction d’une politique alimentaire locale, de l’approvisionnement des cantines jusqu’au soutien aux circuits courts et à l’agriculture de proximité. À l’heure où de nombreuses communes cherchent à reprendre la main sur ce que mangent leurs habitants, la démarche s’inscrit dans un mouvement plus large. La méthode se veut ouverte : ateliers participatifs, recueil d’avis et rencontres doivent, des mois durant, dresser un diagnostic partagé avant de déboucher sur des engagements concrets. Point d’orgue de cette réflexion, un colloque se tient le vendredi 25 septembre sous un titre volontairement piquant, « Et si on renversait les tables ? ». Ouvert sur inscription, il doit réunir chercheurs, élus et acteurs de terrain autour d’une question simple à énoncer, bien moins à résoudre : comment rendre une nourriture saine réellement accessible à tous les budgets ? Les échanges de la semaine, promet-on, ne resteront pas lettre morte : ils nourriront les orientations que la commune arrêtera dans les mois à venir.
Entre ces temps de parole, la semaine se veut avant tout vivante, conviviale et gratuite. Ateliers de cuisine, dégustations, projections, rencontres et animations pour les plus jeunes se succèdent, avec la Cité maraîchère comme port d’attache. Petits et grands sont invités à mettre la main à la pâte, au sens le plus littéral, autour de recettes simples et de produits de saison, tandis que les échanges plus techniques trouvent leur place en soirée. Installée voici quelques années au cœur d’un quartier d’habitat social, cette serre verticale cultive fruits, légumes et plantes aromatiques en plein tissu urbain ; elle sert depuis de vitrine à une production locale que la municipalité aimerait voir essaimer. En refermant la parenthèse dimanche, Romainville mise moins sur le nombre d’entrées que sur la suite : les contributions récoltées doivent, au sens propre, nourrir les décisions futures. Reste le pari le plus délicat, transformer cinq jours d’enthousiasme en habitudes durables, à la cantine comme à la maison. Pour une ville confrontée, comme ses voisines, à la hausse des prix, faire de l’alimentation un bien commun plutôt qu’une simple ligne du budget des ménages tient autant de la conviction politique que du défi de longue durée. La première pierre, elle, se pose cette semaine.