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Le Cognacq-Jay revisite le féminin du XVIIIe siècle

Par Marc Blanc
Publié le 4 août 2026 à 17h04 – Temps de lecture : 4 minutes

À l’écart de l’agitation touristique, au cœur du Marais, le musée Cognacq-Jay offre depuis quelques jours un nouveau motif de flânerie à ceux qui passent l’été à Paris. Installé dans un hôtel particulier du 3e arrondissement, au 8 rue Elzévir, cet établissement de la Ville de Paris a inauguré une exposition consacrée à la mode et aux apparences féminines au siècle des Lumières. Intitulée « Révéler le féminin. Mode et apparences au XVIIIe siècle », elle se tiendra jusqu’au 20 septembre.
L’exposition est le fruit d’un partenariat avec le Palais Galliera, le musée de la mode de la Ville de Paris. Les deux institutions prolongent un dialogue amorcé plus tôt dans l’année : le Palais Galliera avait présenté, jusqu’au 12 juillet, sa propre relecture du costume du XVIIIe siècle. Le Cognacq-Jay en propose désormais une variation, centrée sur la façon dont les femmes de l’époque façonnaient, affichaient et parfois dissimulaient leur image.
Le parcours interroge les codes de l’apparence féminine, entre parures, coiffures, étoffes précieuses et accessoires. Peintures, pastels, objets d’art et pièces de mode y dialoguent pour éclairer un temps où la toilette relevait autant du rituel social que du goût personnel. À partir des collections des deux musées, l’exposition tire matière à raconter comment le vêtement et le maquillage participaient, au XVIIIe siècle, à la construction d’un rôle et d’une place dans la société.
Le lieu se prête au sujet. Le musée Cognacq-Jay conserve la collection réunie par Ernest Cognacq et son épouse Louise Jaÿ, fondateurs des grands magasins de La Samaritaine, qui l’ont léguée à la Ville de Paris. Entièrement dédié au XVIIIe siècle, il rassemble peintures, sculptures, pastels, meubles et objets d’art dans un cadre intime, à taille humaine, loin des grandes galeries encombrées de l’été.
L’hôtel Donon, qui abrite le musée depuis 1990, ajoute au charme de la visite : boiseries, escaliers anciens et petites salles en enfilade offrent un écrin d’époque à des œuvres nées d’un même goût pour le raffinement. L’accès aux collections permanentes est par ailleurs gratuit, ce qui en fait, à la belle saison, une halte prisée pour une visite courte ou une pause à l’abri de la chaleur.
Ces collections comptent parmi les plus raffinées consacrées au XVIIIe siècle français. On y croise des peintures de François Boucher, de Jean-Honoré Fragonard ou de Jean-Baptiste-Siméon Chardin, des pastels, des sculptures signées Jean-Antoine Houdon, des porcelaines et un mobilier d’époque, réunis par un couple de collectionneurs passionnés. Ce fonds offre un prolongement naturel à l’exposition temporaire, qui puise dans le même univers de goût et d’élégance.
Au-delà de la mode, l’exposition touche à l’histoire des femmes. En se penchant sur les apparences, elle rappelle que le paraître, au XVIIIe siècle, était aussi un langage : la coiffure, la robe ou le fard disaient le rang, l’âge, le statut marital ou les ambitions de celles qui les portaient. Le sujet, longtemps cantonné à l’anecdote, est aujourd’hui relu comme une clé de compréhension de la société de l’époque.
Pour les Parisiens qui n’ont pas quitté la ville, la proposition tombe à point. Août, mois traditionnellement calme dans les salles, est souvent le meilleur moment pour profiter des musées municipaux sans la foule. Le Cognacq-Jay, l’un des quatorze établissements du réseau Paris Musées, mise sur ce public d’habitués et de curieux de passage pour faire vivre son exposition tout au long de l’été, à quelques pas de la place des Vosges et des ruelles animées du quartier.
Ceux qui souhaitent en savoir plus peuvent joindre le musée au 01 40 27 07 21 ; l’établissement est fermé le lundi, comme la plupart des musées municipaux. L’exposition « Révéler le féminin » restera visible jusqu’au 20 septembre, de quoi laisser le temps, entre deux averses ou deux pics de chaleur, de pousser la porte de cet hôtel particulier discret. Une manière, aussi, de redécouvrir un pan du patrimoine parisien souvent éclipsé par ses voisins plus célèbres.