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Saint-Martin-de-Crau a remonté le temps

Par Christof Lorenzo
Publié le 13 septembre 2026 à 20h31 – Temps de lecture : 4 minutes

Le temps d’un week-end, Saint-Martin-de-Crau a troqué le XXIe siècle contre les couleurs du Moyen Âge. Les 12 et 13 septembre, la commune a inauguré sa toute première fête médiévale, un pari ambitieux pour une manifestation appelée, si le succès se confirme, à revenir chaque année. Autour des arènes Louis-Thiers et du Foirail, un vaste campement d’une vingtaine de tentes a planté le décor, plongeant visiteurs et curieux dans l’atmosphère d’un village d’autrefois. Dès le samedi matin, les allées se sont animées au rythme du marché médiéval, de ses artisans et de ses échoppes. Ateliers de frappe de monnaie, confection de blasons et d’oriflammes, démonstrations de savoir-faire anciens : les animations, pensées aussi bien pour les enfants que pour les adultes, ont rythmé les deux journées, le samedi de 10h à 19h et le dimanche de 10h à 18h. L’accès au site, gratuit, a permis aux familles de déambuler librement d’un stand à l’autre, entre odeurs de cuisine d’antan, costumes chamarrés et musiques d’époque. Aux abords des tentes, la vie de camp se donnait à voir : gestes des artisans, préparation des repas, entretien des armures et des montures, autant de scènes qui ont fait le bonheur des plus jeunes. Le clou du spectacle attendait le public le samedi après-midi. À 14 h 30, le Tournoi du Roi René a réuni cavaliers et combattants pour des joutes équestres et des affrontements à l’épée, sous les yeux d’une foule nombreuse. Ce spectacle, seul rendez-vous payant de la manifestation, était proposé au tarif de 10 € pour les adultes et de 5 € pour les enfants, l’ensemble des autres animations demeurant en accès libre. Autour du site, buvettes et tavernes d’inspiration médiévale proposaient de quoi se restaurer sur le pouce, prolongeant l’immersion jusque dans les assiettes.

Le choix du roi René ne devait rien au hasard. Figure intimement liée à la Provence, dont il fut l’un des derniers comtes au XVe siècle, le « bon roi René » demeure une référence identitaire forte dans la région. En plaçant son tournoi sous ce patronage, la commune a ancré sa fête naissante dans l’histoire locale, loin d’un décor médiéval interchangeable. Pour une première édition, l’organisation avait vu grand. Le campement, les ateliers et le marché ont mobilisé de nombreux bénévoles et troupes de reconstitution, venus faire revivre gestes, métiers et jeux d’un autre âge. La programmation cherchait à séduire un large public, des passionnés d’histoire aux familles simplement désireuses de passer la journée dehors, à quelques encablures seulement de la ville contemporaine. Le pari du dépaysement semble avoir été relevé. Entre deux ateliers, petits et grands ont pu s’essayer aux jeux d’adresse, admirer le campement ou suivre les démonstrations des artisans, avant de se presser autour de la lice pour le tournoi. La gratuité de la plus grande partie des animations a favorisé le brassage des publics, familles du cru comme visiteurs des communes voisines. Ces dernières années, Saint-Martin-de-Crau a étoffé son agenda de rendez-vous grand public, des férias aux temps forts culturels, en s’appuyant sur des sites emblématiques comme les arènes et le Foirail. La fête médiévale vient enrichir cette palette d’un genre encore rare dans le pays d’Arles. Au-delà de l’animation, elle traduit une ambition plus large : doter la ville d’un rendez-vous fédérateur de rentrée, capable d’attirer au-delà des limites communales et de faire connaître, au passage, une commune souvent réduite à sa position de carrefour entre Alpilles, Camargue et Crau. En misant sur un format familial, gratuit dans sa plus grande partie et fortement teinté d’histoire locale, la commune a posé la première pierre d’une manifestation qu’elle espère bien inscrire durablement à son calendrier. Beaucoup de visiteurs ont d’ailleurs joué le jeu jusque dans les tenues, arpentant les allées en costume et se prêtant volontiers aux photos. Cette adhésion du public, précieuse pour un coup d’essai, laisse augurer d’un ancrage rapide dans les habitudes locales. Restera à confirmer l’essai en fidélisant troupes, artisans et spectateurs, pour transformer ce premier rendez-vous en tradition. Rendez-vous, sans doute, l’an prochain.