La Maison de la photographie Robert Doisneau, à Gentilly, ouvre sa saison culturelle avec un événement d’ampleur. À partir du 17 septembre, elle présente « Black is Beautiful, Kwame Brathwaite », première rétrospective européenne consacrée à ce photographe américain, figure majeure du combat pour la fierté noire aux États-Unis. Visible jusqu’au 14 mars 2027, l’exposition coïncide avec les trente ans de l’institution, qui compte parmi les rares lieux publics franciliens entièrement dédiés à la photographie.
Le vernissage se tient le jeudi 17 septembre à 18h et sera aussi l’occasion de célébrer cet anniversaire. Installée au 1 rue de la Division-du-Général-Leclerc, la Maison Doisneau se visite le mercredi, le jeudi et le vendredi de 13 h 30 à 18 h 30, ainsi que le samedi et le dimanche de 13 h 30 à 19h. L’entrée est gratuite. Une visite guidée est par ailleurs programmée le jeudi 1er octobre à 19h, sur réservation, pour approfondir la découverte de l’accrochage. L’accès gratuit, rare pour une exposition de cette envergure, doit permettre au plus grand nombre de la découvrir.
Né en 1938 et disparu en 2023, Kwame Brathwaite a joué un rôle déterminant dans la diffusion du slogan « Black is Beautiful » au cours des années 1960. Photographe engagé, il a cofondé le collectif African Jazz-Art Society and Studios, connu sous l’acronyme AJASS, qui entendait promouvoir une esthétique noire autonome et affirmée. Son travail s’est nourri de la scène musicale de son temps, du jazz à la soul en passant par le funk, dont il fréquentait les artistes et les clubs.
Les tirages réunis à Gentilly donnent à voir des représentations valorisantes du corps noir, à rebours des canons dominants de l’époque. Ils documentent les campagnes visuelles et les événements culturels organisés dans le Harlem des années 1960, où l’artiste a puisé l’essentiel de son sujet. À travers la mode, la musique et la revendication politique, ses images ont accompagné l’émergence d’une image de soi assumée au sein de la communauté afro-américaine, à un moment charnière de la lutte pour les droits civiques. Cette production, à la fois documentaire et artistique, constitue aujourd’hui une source précieuse pour comprendre cette période.
Le mouvement « Black is Beautiful », qu’il a contribué à populariser, a durablement transformé la représentation des personnes noires dans la culture visuelle, en valorisant les coiffures, les vêtements et les traits jusque-là marginalisés par les standards de beauté dominants. Les photographies de Brathwaite, longtemps restées confidentielles, ont été redécouvertes au cours de la dernière décennie, à la faveur de plusieurs expositions et publications qui ont réévalué leur portée artistique et historique.
L’exposition est produite par le Centre de la photographie de Mougins, en collaboration avec les archives de l’artiste, The Kwame Brathwaite Archives. Elle bénéficie du label « Bicentenaire de la photographie », décerné par le ministère de la Culture pour la période allant du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027. Ce cadre national célèbre les deux siècles écoulés depuis la mise au point des premiers procédés photographiques et met à l’honneur, partout en France, les lieux, les auteurs et les collections qui ont marqué l’histoire du médium.
Pour la Maison Doisneau, accueillir cette rétrospective a valeur de symbole. Ouvert en 1996, le lieu s’est imposé au fil des ans comme un acteur reconnu de la photographie humaniste, dans la filiation de Robert Doisneau, dont il porte le nom. En trois décennies, il a présenté de nombreux auteurs, français comme étrangers, et développé une action de médiation soutenue en direction des scolaires et des habitants du territoire, avec des visites, des ateliers et des rencontres organisés tout au long de l’année.
En programmant un photographe américain longtemps méconnu du public européen, l’institution gentilléenne confirme son ambition d’ouverture internationale. L’exposition offre au territoire un accès gratuit à une œuvre rare, dont peu de tirages avaient jusqu’ici circulé de ce côté de l’Atlantique. Elle restera visible durant près de six mois, laissant aux visiteurs, aux familles et aux groupes scolaires le temps de la découvrir, avant que la Maison Doisneau ne poursuive sa programmation anniversaire.
Kwame Brathwaite s’expose à la Maison Doisneau
Par Renaud Morelli
Publié le 15 septembre 2026 à 14h43 – Temps de lecture : 4 minutes
