C’est un rendez-vous que les amateurs de littérature guettaient : à partir du vendredi 2 octobre, la Maison de Chateaubriand, nichée au cœur du domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry, consacre une grande exposition à l’un des plus longs attachements des lettres françaises. Sous le titre « Mon dernier rêve étant pour vous », emprunté à une phrase que l’écrivain adressa à sa compagne, le parcours retrace près de trente années de complicité entre François-René de Chateaubriand (1768-1848) et Juliette Récamier (1777-1849). Conçue par la directrice des lieux, Anne Sudre, la présentation restera visible jusqu’au 26 septembre 2027, laissant à chacun le temps de la découvrir au fil des saisons. Une manière, aussi, d’ouvrir la rentrée culturelle des Hauts-de-Seine sur une note résolument romanesque.
Œuvres d’art, manuscrits, correspondances et objets personnels composent le portrait d’une relation qui a défié les conventions de son temps. Née sous l’Empire, au détour d’un salon parisien, elle a survécu aux mariages respectifs des deux personnages comme aux soubresauts de l’Histoire, de la chute de Napoléon à la monarchie de Juillet. Elle s’est prolongée de la Vallée-aux-Loups, que l’écrivain posséda de 1807 à 1817, jusqu’à l’Abbaye-aux-Bois, où la salonnière tenait l’un des cercles les plus courus de la capitale. Pour la première fois, l’exposition propose une lecture continue de cette histoire, du premier trouble aux dernières lettres. Elle met surtout en lumière le rôle décisif de Juliette Récamier, tour à tour muse, confidente et appui, notamment lorsque Chateaubriand se consacra à la rédaction de ses Mémoires d’outre-tombe, ce monument autobiographique publié après sa mort. Leur correspondance, patiemment rassemblée, dit mieux qu’aucun récit la constance d’un sentiment qui ne se démentit jamais, par-delà les silences et l’éloignement.
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Labellisée « Maison des Illustres », la demeure fut le refuge où l’auteur d’Atala et de René imagina une partie de son œuvre, entouré des arbres rares d’un domaine aujourd’hui réputé pour son arboretum. C’est dans cette retraite boisée, acquise au lendemain de ses grands voyages, qu’il donna corps à quelques-unes de ses plus belles pages, avant que les difficultés d’argent ne le contraignent à s’en séparer. Devenue propriété du Département, la maison se visite désormais comme un cabinet intime, meublé et habité, bien loin des salles anonymes. Le parc, ouvert gratuitement, invite d’ailleurs à prolonger la découverte par une promenade sous les frondaisons, à deux pas de la vallée où l’écrivain aimait à méditer. Pour l’occasion, un partenariat a par ailleurs été noué avec un grand quotidien national, gage de l’ampleur donnée à l’événement. Le visiteur y croise le mobilier, les portraits et les mille souvenirs qui composèrent le décor de cette vie retirée. De quoi mêler, le temps d’une visite, le plaisir de la lecture et le goût du grand air.
Côté pratique, la maison accueille le public du mardi au dimanche, de 13h à 18h durant le mois d’octobre. L’entrée est fixée à 6 €, à 5 € au tarif réduit, et gratuite pour les moins de 26 ans, comme le premier dimanche de chaque mois. À quelques minutes de Paris, desservie par les transports du sud des Hauts-de-Seine, la Vallée-aux-Loups offre une échappée rare, où le patrimoine bâti dialogue avec la nature. Alors que la saison culturelle bat son plein dans le département, cette plongée dans l’intimité de deux figures majeures du romantisme s’annonce comme l’un des temps forts de l’automne. Un rendez-vous à savourer sans se presser : puisqu’il se prolongera près d’un an, rien n’empêche d’y revenir au gré des saisons, quand la lumière change sur les feuillages du parc et que le silence des allées prolonge la visite. La visite se prolonge dans un vaste jardin où petits et grands peuvent souffler entre deux salles. Une belle raison de pousser jusqu’à Châtenay-Malabry avant les premiers frimas de l’hiver.
Châtenay-Malabry : Chateaubriand et Récamier réunis
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 28 septembre 2026 à 19h00 – Temps de lecture : 4 minutes
