1. Home
  2. Nos départements
  3. Yerres : dernier week-end avec Monet

Yerres : dernier week-end avec Monet

Par Gilbert Caron
Publié le 13 octobre 2026 à 11h38 – Temps de lecture : 4 minutes

La peinture de Claude Monet n’aura plus qu’un week-end à offrir aux visiteurs de Yerres. L’exposition « La nature n’est pas un décor – De Monet à huit artistes contemporains », installée depuis le printemps à la Ferme ornée de la Maison Caillebotte, fermera ses portes le dimanche 18 octobre. Montée à l’occasion du centenaire de la disparition du maître impressionniste, elle place une poignée d’œuvres de Monet en dialogue avec celles de huit créateurs d’aujourd’hui. Les derniers jours s’annoncent chargés : mieux vaut anticiper sa venue avant la clôture.
L’année 2026 marque en effet le centenaire de la mort de Claude Monet, disparu en décembre 1926 à Giverny. Un peu partout en France, musées et institutions saluent celui qui, des « Meules » aux « Nymphéas », a passé sa vie à traduire la lumière et l’eau. De Rouen à Giverny, ses séries ont fait du motif le plus banal – une meule, un pont, un nénuphar – un prétexte à peindre l’instant qui passe. En réunissant quelques-unes de ses toiles et des travaux résolument actuels, Yerres choisit un angle plus inattendu que la simple rétrospective : non pas célébrer un maître figé, mais mesurer ce que sa manière de regarder la nature dit encore aux artistes contemporains.
Le propos de l’exposition tient dans son titre. La nature y est interrogée non comme un simple cadre esthétique, mais comme une réalité vivante, mouvante, parfois menacée. Autour des toiles de Monet, les visiteurs croisent les univers de Jacques Truphémus, Charlotte de Maupeou, Youcef Korichi, Evi Keller, Malgorzata Paszko, Erik Desmazières, Markus Lüpertz et Ronan Barrot. Peinture, dessin, matière : les approches se répondent et invitent à regarder le paysage autrement. À l’heure où le dérèglement climatique rebat les cartes, la question posée résonne bien au-delà de l’histoire de l’art : que reste-t-il du paysage quand il cesse d’être un décor rassurant ?
Le parti pris de la confrontation structure tout l’accrochage. Le visiteur fait sans cesse l’aller-retour entre les toiles du maître et les propositions de ses cadets, de sorte que le parcours devient une conversation par-dessus un siècle d’écart. Loin d’écraser les plus jeunes, la présence de Monet leur sert de point d’appui, auquel chacun répond à sa manière : par la couleur, par la lumière, ou par le refus même de la représentation.
À Yerres, la Propriété Caillebotte perpétue la mémoire de Gustave Caillebotte, peintre et mécène des impressionnistes, qui passa une partie de sa jeunesse au bord de l’Yerres. Le domaine, ouvert toute l’année, réunit le Casin, l’Orangerie et la Ferme ornée, qui accueille chaque saison une grande exposition temporaire. Les bords de l’Yerres, que Caillebotte a lui-même peints, offrent un prolongement naturel à l’accrochage : la rivière, les frondaisons et les reflets qui ont nourri l’œil impressionniste restent là, à portée de regard.
Côté pratique, la Ferme ornée ouvre tous les jours sauf le lundi, de 14h à 18 h 30. Le plein tarif est fixé à 12 €, le tarif réduit à 10 €, et les Yerrois bénéficient d’un billet couplé à 5 € donnant accès à l’ensemble du domaine. La réservation est conseillée, en ligne ou sur place, d’autant que l’affluence grimpe toujours à l’approche d’une fermeture. Les familles y trouvent aussi leur place, l’accrochage se prêtant à une visite avec les enfants. L’exposition se parcourt en moins d’une heure, ce qui laisse le temps de flâner ensuite dans le parc, gratuit et ouvert à tous. Desservie par le RER D, la commune se prête à une escapade d’une demi-journée au départ de Paris.
Pour qui aurait reporté sa venue de semaine en semaine, l’échéance est désormais nette. Après le 18 octobre, les toiles repartiront et la confrontation entre Monet et ses héritiers contemporains ne sera plus visible. Reste donc un dernier week-end pour mesurer, à Yerres, ce que la nature doit encore aux peintres – et ce que les peintres doivent toujours à la nature.