Sur la Côte d’Azur, le train régional a changé de visage. Depuis le 29 juin 2025, Transdev exploite la ligne TER Marseille-Toulon-Nice à la place de la SNCF. La Région Sud a fait ce choix historique au terme d’une mise en concurrence. Plus d’un an après, le moment semble idéal pour dresser un premier bilan. Rames, horaires, prix : voici ce qui a vraiment changé pour les voyageurs.
Tout commence en octobre 2021. À l’époque, la Région lance un appel d’offres pour exploiter cette ligne stratégique. Trois candidats s’affrontent : SNCF Voyageurs, Thello et Transdev. Finalement, les élus régionaux votent en faveur de Transdev. Pour la première fois en France, une région confie alors un service de TER à un autre opérateur que la SNCF.
En parallèle, la SNCF n’a pas tout perdu dans la région. L’opérateur historique a remporté un autre lot, l’Étoile de Nice. Une filiale dédiée, SNCF Voyageurs Sud Azur, exploite ces lignes azuréennes depuis décembre 2024. Ainsi, deux opérateurs se partagent désormais une partie du réseau régional. Cette cohabitation reste inédite dans l’histoire du rail français.
Concrètement, Transdev a signé un contrat de dix ans. Cette concession représente près de 870 millions d’euros de chiffre d’affaires. Chaque année, l’exploitation coûte environ 50 millions d’euros, pour des recettes d’un montant équivalent. Pour gérer la ligne, le groupe a créé une filiale, Transdev Rail Sud Inter-Métropoles. Elle compte aujourd’hui environ 220 salariés, dont 31 anciens agents de la SNCF.
Du côté des trains, le changement saute aux yeux. Transdev a commandé seize rames neuves Omneo Premium au constructeur Alstom, pour 250 millions d’euros. Ces trains remplacent d’anciennes voitures Corail âgées de plus de 45 ans. À bord, les voyageurs profitent du wifi, de prises électriques et de ports USB. Depuis septembre 2025, une première classe est aussi disponible.
Le démarrage a pourtant connu quelques ratés. Alstom a pris du retard dans ses livraisons. Résultat : Transdev a lancé le service avec seulement huit rames sur seize. L’opérateur a donc dû utiliser des trains venus d’autres régions pour assurer la transition. Un syndicaliste de SUD-Rail a notamment dénoncé ce recours à des rames prélevées sur le parc de la SNCF.
Côté horaires, l’offre a nettement progressé. Les voyageurs disposent désormais d’un train par heure en semaine, entre 6 heures et 21 heures. Le week-end, la ligne propose jusqu’à seize allers-retours. Neuf gares jalonnent le parcours, de Marseille Saint-Charles à Nice-Ville. Le trajet complet dure environ 2 heures 40.
Par ailleurs, Transdev s’est engagé sur une ponctualité de 97,5 %. L’ancien contrat avec la SNCF fixait seulement un objectif de 94 %. Ce niveau d’exigence doit rassurer les usagers réguliers. Après un an d’exploitation, le bilan apparaît d’ailleurs satisfaisant pour les différents acteurs du dossier. La Région comme l’opérateur saluent une transition globalement réussie.
Du côté des voyageurs, les avis restent pourtant partagés. Beaucoup saluent la propreté et le confort des nouvelles rames. Certains regrettent en revanche des trains trop courts. D’autres ont dénoncé des billets plus chers qu’avant. Sur ce point, Transdev rappelle que la Région Sud fixe seule les tarifs de la ligne.
Enfin, cette ouverture à la concurrence continue de faire débat. Les syndicats, comme SUD-Rail, dénoncent un risque de dumping social et de morcellement du réseau. À l’inverse, la Région défend une offre plus fréquente et plus fiable. Une chose est sûre : la ligne Marseille-Nice sert désormais de laboratoire pour tout le rail régional français. D’autres régions observent de près cette expérience azuréenne.

