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Marly-le-Roi : Jeanne du Barry entre en scène

Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 27 octobre 2026 à 16h42 – Temps de lecture : 4 minutes

À l’heure où les familles cherchent une sortie pour les vacances de la Toussaint, le musée du Domaine royal de Marly mise sur une figure aussi célèbre que controversée. Depuis le 16 octobre, et jusqu’au 28 février, il consacre une grande exposition à Jeanne du Barry, dernière favorite de Louis XV, sous un titre qui annonce clairement son propos : « Jeanne Du Barry, l’invention d’une favorite ». Car derrière le nom, c’est tout un mécanisme de fabrication d’une image, savamment entretenue de son vivant, que le parcours s’attache à décrypter.
Née en 1745, Jeanne Bécu grandit dans un milieu modeste. Fille d’une mère roturière et d’un père qui ne la reconnaît pas, elle gravit pourtant, un à un, les échelons de la société jusqu’à atteindre la cour de Versailles. Devenue comtesse du Barry, elle s’y impose par une forme d’intelligence sociale et un sens aigu de la représentation, au point de devenir la favorite d’un roi vieillissant. Désormais l’une des femmes les plus en vue du royaume, elle règne sur la mode, protège des artistes et reçoit du roi le château voisin de Louveciennes. Son destin bascule avec la Révolution : arrêtée sous la Terreur, elle est guillotinée en décembre 1793. Entre ces deux extrémités, une ascension vertigineuse qui fascine encore.
L’exposition réunit près de cent cinquante œuvres et objets – peintures, sculptures, dessins, estampes, mobilier, objets d’art et documents d’archives – pour montrer comment se construit, sous les yeux de la cour, le personnage de la favorite. Le parcours épouse le fil de sa vie – origines, entrée à la cour, fabrication de l’image, puis rayonnement sur la mode et les arts et résidences royales – afin de saisir comment une inconnue finit par incarner une icône. Icône de mode, commanditaire exigeante, collectionneuse avisée, actrice à part entière de la vie artistique de son temps : Jeanne du Barry y apparaît moins comme une simple silhouette galante que comme une femme qui sut, très tôt, orchestrer sa propre légende et soigner son image publique.
Parmi les pièces rassemblées figurent le « Portrait en buste de Madame Du Barry », sculpté dans le marbre par Augustin Pajou en 1773, « La Cruche cassée » de Jean-Baptiste Greuze, peinte vers 1771-1772, ou encore un seau à verre provenant de son service personnel. Le projet associe des prêteurs prestigieux et plusieurs mécènes, et s’accompagne d’un catalogue de 168 pages, coédité avec les Éditions Sans Égal et proposé, dès l’ouverture, à la boutique du musée.
Le choix de Marly n’a rien d’anodin. Le musée occupe le parc de l’ancien domaine royal, là où Louis XIV avait fait bâtir, dès 1679, une résidence de plaisance pour échapper au cérémonial de Versailles en compagnie de quelques privilégiés. Du décor aujourd’hui disparu subsistent le souvenir de la célèbre machine de Marly, qui élevait l’eau de la Seine pour alimenter les jardins, et des collections qui rappellent le faste du lieu. Évoquer ici une favorite et son domaine voisin de Louveciennes prolonge donc, tout naturellement, cette mémoire de cour. Les célèbres Chevaux de Marly, sculptés pour l’abreuvoir du domaine, ont depuis rejoint le Louvre, mais le parc en a gardé l’empreinte.
Pour en profiter pendant les congés, mieux vaut noter les jours d’ouverture. Le musée accueille le public du mercredi au dimanche, soit, cette semaine-là, du jeudi 29 octobre au dimanche 1er novembre, puis de nouveau le mercredi 4 novembre. Les horaires passent de 14h à 18h en octobre à 14h à 17h à partir de novembre, et l’établissement reste fermé les lundis et mardis. Mieux vaut donc caler sa venue avant la fin de la semaine de vacances.
L’entrée, pendant l’exposition temporaire, s’élève à 12 € en plein tarif et 7 € en tarif réduit, la visite demeurant gratuite pour les moins de 12 ans, un vrai atout pour les familles. Des visites guidées et des visites-conférences, à réserver en ligne, permettent d’approfondir le parcours, tandis qu’un catalogue de référence prolonge la visite pour qui veut en garder une trace. Le musée se situe 1 Grille royale, dans le parc de Marly, et renseigne les visiteurs au 01 39 69 06 26. De quoi offrir aux curieux, entre deux averses d’automne, une plongée dans les coulisses d’une gloire aussi fulgurante qu’éphémère.