Dix jours après les violences urbaines qui ont frappé Marseille le samedi 17 octobre, la réponse institutionnelle prend forme. Le Département des Bouches-du-Rhône a annoncé ce mardi 27 octobre qu’il abonde de cinq millions d’euros le fonds Solidarité commerces pillés créé par la Région Sud, afin de venir en aide aux commerçants dont les boutiques ont été saccagées ou dévalisées. À l’initiative de sa présidente Martine Vassal, la collectivité départementale unit ainsi ses moyens à ceux de la Région et de la Métropole Aix-Marseille-Provence pour permettre aux professionnels touchés de redémarrer leur activité au plus vite.
Le dispositif repose sur une aide forfaitaire de dix mille euros, ouverte aux commerçants, artisans et restaurateurs sinistrés lors de ces violences. Cette somme doit couvrir les premières dépenses de la reprise, du remplacement d’une vitrine brisée au rachat de stock dérobé, en passant par la remise en état d’un local dégradé. Le fonds s’adresse aux petites et moyennes entreprises, c’est-à-dire à ce tissu de commerces de proximité qui fait vivre les rues du centre-ville et qui, faute de trésorerie, peut difficilement absorber seul un tel choc. Les demandes se déposent dès à présent sur la plateforme régionale dédiée, et les chambres de commerce et d’industrie accompagnent les professionnels dans la constitution de leur dossier, dont elles assurent l’instruction.
L’effort financier est partagé entre les trois grandes collectivités du territoire. La Région Sud, à l’origine du fonds, y consacre cinq millions d’euros, le Département des Bouches-du-Rhône apporte une enveloppe équivalente et la Métropole Aix-Marseille-Provence ajoute un million d’euros. Le secteur privé participe également à la mobilisation puisque l’armateur marseillais CMA CGM s’est engagé aux côtés des commerçants, un soutien salué par les trois collectivités. À cette aide d’urgence s’ajoute un million d’euros supplémentaire fléché vers le dispositif Mon prêt TPE, qui soutient la trésorerie et les investissements des très petites entreprises et offre ainsi une solution complémentaire à celles qui doivent se rééquiper ou passer un cap difficile.
La présidente du Conseil départemental a jugé inacceptables les violences, les pillages et les dégradations subis par les commerces du centre-ville de Marseille, en soulignant que derrière chaque rideau de fer forcé, ce sont des emplois et des familles qui se retrouvent menacés. Martine Vassal a également rappelé que le Département investit depuis des années dans la rénovation du centre-ville marseillais, notamment par la réhabilitation des façades et la requalification des espaces publics, et que la collectivité continuerait de soutenir les dispositifs d’urgence comme d’accompagner dans la durée les acteurs économiques de la ville.
Cette mobilisation illustre une mécanique désormais bien rodée dans les Bouches-du-Rhône, celle d’un front commun des collectivités face aux coups durs. En unissant leurs fonds dans un guichet unique plutôt qu’en multipliant les dispositifs séparés, Région, Département et Métropole simplifient la démarche des sinistrés, qui n’ont qu’un seul dossier à déposer pour accéder à l’aide. L’implication des chambres consulaires, qui connaissent finement le tissu économique local, doit par ailleurs garantir que les secours parviennent rapidement à ceux qui en ont réellement besoin.
L’annonce intervient dans un mois d’octobre particulièrement éprouvant pour le département. Ces cinq millions d’euros s’ajoutent en effet aux cinq millions déjà débloqués par le Département pour les communes sinistrées par les récentes inondations, ainsi qu’au million d’euros destiné aux agriculteurs et aux éleveurs touchés par la montée des eaux. En l’espace de quelques jours, la collectivité départementale aura donc engagé plus de onze millions d’euros d’aides exceptionnelles, entre catastrophe climatique et violences urbaines, confirmant son rôle d’amortisseur des crises qui traversent le territoire.
Pour les commerçants marseillais, dont certains ont tout perdu en une nuit, cette aide forfaitaire représente davantage qu’un secours financier. Elle constitue un signal adressé à tout un secteur, celui d’un commerce de centre-ville que les pouvoirs publics entendent maintenir debout, parce qu’il structure la vie des quartiers autant que l’économie locale. La rapidité avec laquelle les demandes peuvent être déposées sera déterminante pour que les rideaux se relèvent vite et que les habitants retrouvent leurs boutiques, leurs restaurants et leurs ateliers dans un centre-ville qui panse encore ses plaies.

