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À Saint-Quentin-en-Yvelines, la voix d’Henri IV renaît grâce à la science

Par Samy Abtroun
Publié le 24 janvier 2026 à 11h18 – Temps de lecture : 4 minutes

Des siècles après sa disparition, Henri IV retrouve enfin une voix plausible grâce aux progrès scientifiques. Une équipe pluridisciplinaire a réussi à reconstituer les caractéristiques vocales du roi de France (1553-1610) en étudiant sa tête momifiée, conservée au laboratoire LAAB de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ). Ce travail inédit mêle anthropologie, médecine, phonétique et technologies de pointe pour faire revivre un timbre disparu depuis plus de quatre siècles.

Le projet a rassemblé quatre équipes spécialisées. Le LAAB, sous la direction du Dr Philippe Charlier, a supervisé l’étude anthropologique et biologique. Le service ORL de l’Hôpital Foch, dirigé par le Pr Stéphane Hans, a fourni l’expertise médicale nécessaire pour examiner les structures vocales. Le Laboratoire de Phonétique et Phonologie (LPP, CNRS/Université Sorbonne Nouvelle) a contribué à l’analyse acoustique, tandis que le service d’imagerie spécialisée et des urgences du CHU Pitié-Salpétrière a assuré la modélisation et la reconstruction 3D. Cette collaboration a permis d’aborder la question de la voix historique sous un angle scientifique rigoureux.

La méthodologie employée était unique. Les chercheurs ont combiné scanner médical, modélisation et impression 3D pour reconstruire le larynx et les cavités phonatoires, structures essentielles pour déterminer le timbre et la résonance d’une voix. Ces éléments, conservés par l’embaumement, ont été étudiés par endoscopie, chaque os, cartilage et tissu muqueux étant recréé en trois dimensions. Les structures ont ensuite été repositionnées et simulées numériquement, ce qui a permis de produire des sons acoustiquement crédibles. Les voyelles françaises /a/, /i/, /u/ et /œ/ ont ainsi pu être recréées, offrant un aperçu réaliste de la voix de Henri IV. L’étude a également révélé des particularités anatomiques inédites, comme l’absence de deux sinus faciaux, qui influencent la résonance et le timbre.

Cette reconstitution permet d’objectiver des éléments de la voix royale : résonance, timbre, et caractéristiques physiologiques uniques. Elle redonne au souverain disparu sa capacité à convaincre et à captiver, illustrant combien la phonétique expérimentale, l’anthropologie et la médecine peuvent se croiser pour restituer un passé tangible. Le projet montre également comment la science peut dépasser l’histoire pour explorer des applications contemporaines.

L’étude ouvre en effet de nouvelles perspectives pour la médecine moderne. La reconstruction de la voix à partir d’une anatomie altérée par le temps ou par des interventions chirurgicales suggère des applications concrètes pour la chirurgie laryngée, la réhabilitation vocale et la médecine légale. En France, près de 20 000 nouveaux patients chaque année sont touchés par des cancers ORL susceptibles d’altérer leur capacité à parler, respirer ou manger. La possibilité de modéliser et de prévoir l’impact fonctionnel des traitements sur la voix répond à un besoin médical et psychologique majeur pour ces patients.

Cette démarche combine observation historique et innovation scientifique, transformant la reconstruction d’une voix ancienne en outil pour la santé contemporaine. Les techniques mises au point pour Henri IV pourraient guider l’évaluation personnalisée des conséquences de la chirurgie, améliorer la rééducation vocale et contribuer à la compréhension des pathologies laryngées. Elles pourraient également enrichir la paléopathologie et la médecine légale, permettant de reconstituer des voix ou des caractéristiques anatomiques perdues.

La publication scientifique de cette recherche, parue en janvier 2026 dans le Journal of Voice, détaille le modèle 3D fonctionnel utilisé et les résultats obtenus. Les auteurs, Robin Baudouin, Angelique Amelot, Stanislas Nicolleau, Isabelle Huynh-Charlier, Lise Crevier-Buchman, Stéphane Hans et Philippe Charlier, expliquent comment chaque étape, de l’examen fibroscopique à la simulation numérique, a permis de reconstituer une voix historiquement plausible. Le projet illustre l’alliance de la technologie, de la rigueur scientifique et de l’histoire pour créer un pont entre le passé et le présent.

En restituant la voix d’Henri IV, cette recherche démontre l’efficacité des approches interdisciplinaires pour explorer des questions complexes, tout en offrant des solutions potentielles aux patients contemporains dont la vie quotidienne dépend de la qualité de leur voix. Le roi, célèbre pour son éloquence et sa proximité avec son peuple, retrouve ainsi une dimension tangible que seules la science et la technologie pouvaient restituer.