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Aix-en-Provence : prolongation pour « Matières & mouvements »

Par Christof Lorenzo
Publié le 10 avril 2026 à 09h01 – Temps de lecture : 5 minutes

L’exposition « Michelle de Launay – Matières & mouvements », initialement programmée pour une durée plus courte, se voit prolongée jusqu’au 26 avril 2026 au musée des Tapisseries d’Aix-en-Provence. Cette extension offre au public un délai supplémentaire pour découvrir ou redécouvrir le travail singulier de cette artiste majeure de la tapisserie contemporaine, disparue en 2015. Présentée depuis le 5 décembre 2025, la manifestation rencontre un intérêt soutenu qui a conduit l’institution à maintenir l’accrochage plusieurs mois de plus.

Cette rétrospective s’inscrit dans une volonté de mettre en lumière une figure importante du renouveau de la tapisserie dans les années 1970 et au début des années 1980. Dix ans après sa disparition, Michelle de Launay fait ainsi l’objet d’un hommage qui retrace les grandes étapes de son parcours artistique. Le musée a choisi d’articuler le propos autour d’une œuvre emblématique conservée dans ses collections, la tapisserie en volume « Obsidienne », réalisée en 1983. Cette pièce constitue un point d’ancrage à partir duquel se déploie un ensemble d’une dizaine de tapisseries, dont certaines atteignent plus de deux mètres, ainsi que des pastels et des sculptures. L’ensemble permet de saisir la cohérence et la complémentarité des différents médiums explorés par l’artiste.

Née à Beyrouth en 1935 et décédée à Montpellier en 2015, Michelle de Launay a construit un parcours marqué par de nombreux déplacements. Avant de se consacrer pleinement à la création, elle séjourne en Algérie puis dans plusieurs territoires de l’océan Indien, notamment à Madagascar et à La Réunion, où elle enseigne le français et le latin jusqu’en 1970. Ces expériences nourrissent durablement son imaginaire et influencent sa perception des éléments naturels, en particulier la mer et ses mouvements.

Son retour en France en 1971 marque un tournant décisif. Elle intègre alors l’école de la Manufacture des Gobelins, où elle suit pendant deux ans une formation en dessin et en tapisserie. Entre 1972 et 1975, elle réalise plusieurs œuvres à partir des cartons du peintre Jean-Pierre Hammer, avant de s’engager dans une démarche personnelle à partir de 1976. C’est à ce moment que son travail prend une orientation plus expérimentale, notamment à travers l’exploration du relief. Elle développe des tapisseries qui dépassent le cadre traditionnel en introduisant des volumes et des épaisseurs, souvent en jouant sur des nuances monochromes. Ces créations évoquent des formes ondulantes, presque organiques, qui rappellent la puissance des éléments naturels, en particulier les vagues et les tempêtes qui l’ont marquée lors de ses séjours insulaires.

Parallèlement à son activité artistique, Michelle de Launay s’investit dans la transmission. Elle devient enseignante de Haute-Lice et fonde un atelier à Paris, à la fois lieu de création et d’apprentissage. Entre 1976 et 1981, elle coordonne également l’atelier collectif de tapisserie de la Cité internationale des Arts. Cette période correspond à un approfondissement de sa recherche plastique. Ses dessins et ses pastels gagnent en subtilité, explorant des dégradés délicats, tandis que son travail de tissage tend vers une forme de sobriété maîtrisée.

À partir de 2008, son intérêt se déplace progressivement vers la sculpture, où la question du volume devient centrale. Cette évolution prolonge en réalité ses recherches antérieures, déjà orientées vers la tridimensionnalité. Tout au long de sa carrière, elle participe à de nombreuses expositions collectives et bénéficie de plusieurs présentations personnelles, notamment en France. Le musée des Tapisseries d’Aix-en-Provence lui avait déjà consacré une exposition en 1987, témoignant d’un lien ancien entre l’artiste et l’institution.

Le fil conducteur de son œuvre réside dans une réflexion approfondie sur le mouvement. Comme le souligne un texte extrait du catalogue publié par la galerie La Demeure à Paris, Michelle de Launay s’attache à traduire une dynamique omniprésente dans le monde qui nous entoure. Qu’il s’agisse de l’écoulement de l’eau, des turbulences invisibles de l’air, du rythme des marées ou encore du passage du temps, rien n’est figé. Cette instabilité permanente, parfois continue, parfois brusquement interrompue, constitue le cœur de sa démarche artistique. Ses tapisseries cherchent ainsi à capter cette énergie mouvante et à lui donner une forme tangible.

La prolongation de l’exposition s’accompagne du maintien des dispositifs de médiation proposés depuis son ouverture. Des visites commentées continuent d’être organisées sur réservation, permettant d’approfondir la compréhension des œuvres et du parcours de l’artiste. Par ailleurs, le musée poursuit ses actions pédagogiques à destination des publics scolaires et des groupes, dans et hors temps scolaire.

Installé dans l’ancien palais de l’Archevêché, au 28 place des Martyrs de la Résistance à Aix-en-Provence, le musée des Tapisseries accueille les visiteurs tous les jours, à l’exception du mardi, avec des horaires répartis entre la matinée et l’après-midi. Le tarif d’entrée est fixé à 4,50 euros, avec des conditions de gratuité notamment pour les jeunes, les étudiants et lors des premiers dimanches du mois. Les visiteurs disposent désormais de plusieurs semaines supplémentaires pour découvrir cette exposition, dont la prolongation souligne l’intérêt qu’elle suscite et l’importance de l’œuvre de Michelle de Launay dans l’histoire de la création textile contemporaine.