Jusqu’au 24 mai 2026, le Musée du Pavillon de Vendôme à Aix-en-Provence accueillera une exposition majeure dédiée à l’artiste contemporain et maître verrier Andrew Erdos. Présentée sous le titre évocateur « De la terre jaillit la lumière », cette manifestation printanière propose un dialogue saisissant entre créations verrières audacieuses et l’élégance classique du XVIIe siècle. Idéale pour un article paraissant le 3 mars, elle invite le public aixois à découvrir dès maintenant cette proposition artistique exceptionnelle qui s’étend sur près de quatre mois.
Ce qui rend cette exposition particulièrement remarquable, c’est sa dimension productive et immersive. Près de la moitié des œuvres exposées aura été spécialement conçue pour les lieux, certaines prenant même forme sous les yeux des visiteurs. Andrew Erdos installera en effet son four transportable dans les jardins du Pavillon pendant une semaine complète, fondant sur place des pièces qui s’enracinent littéralement dans le sol provençal. Ces créations puisent leur inspiration dans les strates géologiques profondes de la région, évoquant tant la silhouette tutélaire de la montagne Sainte-Victoire que les fascinants œufs de dinosaures fossilisés si caractéristiques du bassin aixois. Cette approche ancre l’art contemporain dans des millénaires d’histoire tellurique, créant un lien organique entre le verre soufflé à plus de 1 200 degrés et les sédiments accumulés depuis l’ère secondaire.
L’artiste américain, établi entre Paris et Brooklyn, déploie ici toute sa maîtrise technique à travers des collaborations prestigieuses. Des pièces inédites naissent ainsi de l’union entre les porcelaines historiques de la Manufacture de Sèvres et l’aluminium coulé par ses soins, dont les veinures aléatoires rappellent les nervures du bois ancien. Cette hybridation de matières nobles révèle une tension fascinante entre la délicatesse transparente de la porcelaine et la puissance brute du métal en fusion. Un autre temps fort sera un lustre monumental, hommage vibrant à Eileen Gray, réalisé en partenariat avec Sophie Dries au sein de Poush Hot Glass pour le Salon des Nouveaux Ensembliers au Mobilier national. Cette pièce maîtresse trouvera sa place dans l’escalier à double révolution du pavillon, point d’orgue architectural de l’ensemble.
Au cœur des salons richement ornementés du XVIIe siècle, le parcours propose une expérience sensorielle continue où se succèdent luminaires aux reflets changeants, vases aux formes organiques, sculptures massives et installations immersives. Andrew Erdos excelle dans la manipulation de matériaux telluriques – verre soufflé, mica iridescent, anthracite mat, aluminium poli, porcelaine délicate – qu’il soumet à des processus de fusion révélant des palettes chromatiques uniques. Ces œuvres jouent avec la lumière méditerranéenne dans une dialectique permanente entre transparence cristalline et opacité minérale, miroitement métallique et matière profonde, créant des effets diffractés qui transcendent le temps. Passé et présent se fondent ainsi dans une expérience visuelle où la lumière cézannienne d’Aix trouve un écho contemporain saisissant.
Reconnu internationalement pour son inventivité, Andrew Erdos avait été, à seulement 27 ans, le plus jeune lauréat de la prestigieuse Commission Rakow décernée par le Corning Museum of Glass, sanctuaire mondial du verre artistique. Sa démarche interroge les relations complexes entre l’homme et son environnement, fusionnant maîtrise scientifique des matériaux, technologies de pointe, héritage culturel et observation fine de la nature. À Aix-en-Provence, cette philosophie résonne avec une intensité particulière : la lumière changeante du midi, la géologie provençale aux couleurs ocre, l’histoire artisanale verrière de la région deviennent les partenaires naturels de son questionnement plastique.

