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Bercy renforce la sécurité économique face à l’afflux d’alertes

Écran d'alertes informatiques, menace pour la sécurité économique
Par Gilbert Caron
Publié le 25 septembre 2026 à 12h00 – Temps de lecture : 5 minutes

Rachats hostiles, procédures judiciaires détournées, cyberattaques, débauchage de cadres… Les entreprises françaises font face à des menaces de plus en plus nombreuses. Ce jeudi 24 septembre 2026, le ministre de l’Économie Roland Lescure a réuni à Bercy les premières Assises de la sécurité économique. L’objectif était double. Il s’agissait de dresser un état des lieux de la menace et de présenter la doctrine française en la matière, publiée le même jour, ainsi que les outils dont l’État dispose pour y répondre.

Les chiffres traduisent d’abord une forte accélération. En 2026, le Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques, rattaché à la Direction générale des entreprises, enregistre plus de 800 alertes. Il en comptait 750 sur la période 2024-2025, et le volume a ainsi triplé en cinq ans. Deux raisons expliquent cette hausse selon Bercy. D’une part, le contexte international reste très tendu. D’autre part, les services détectent mieux les situations à risque qu’auparavant.

Ces alertes ne visent pas seulement les grands groupes. Dans la base industrielle et technologique de défense, c’est-à-dire l’ensemble des entreprises qui conçoivent et fabriquent les équipements des armées, 80 % des signalements concernent des PME et des entreprises de taille intermédiaire. Les chaînes de sous-traitance constituent en effet des points de fragilité, car un fournisseur modeste peut ouvrir l’accès à des technologies sensibles. Les start-up sont également exposées. Elles ne sont pas toujours critiques aujourd’hui, mais elles peuvent le devenir demain. Par ailleurs, la menace dépasse largement la capitale. Plus de la moitié des dossiers de 2025 ont été traités hors d’Île-de-France, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

L’origine des menaces se diversifie elle aussi. Si quelques pays concentrent la majorité des alertes, une cinquantaine d’États apparaissent chaque année dans les dossiers. Les méthodes employées se multiplient de la même manière. Les menaces capitalistiques, comme une prise de participation au capital d’une entreprise stratégique, représentent toujours plus de la moitié des cas. S’y ajoutent les attaques juridiques, que les spécialistes désignent sous le terme de lawfare, qui consistent à utiliser le droit comme une arme contre un concurrent. De nouveaux risques émergent encore. Ils touchent les normes techniques, la cybersécurité, la réputation ou les chaînes d’approvisionnement. Enfin, certaines atteintes passent par l’embauche de personnels peu fiables ou par le débauchage agressif de cadres clés.

Pour y faire face, la France s’appuie sur un dispositif installé par un décret du 20 mars 2019, un an avant la crise du Covid. Son organisation est interministérielle. Un comité de pilotage, présidé par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, fixe les orientations. Le service dédié de Bercy assure ensuite le travail opérationnel, en lien étroit avec les services de renseignement et les autres ministères concernés. Ce réseau se décline aussi dans les territoires. En 2026, près de 120 comités régionaux ou départementaux de sécurité économique se seront réunis sous l’autorité des préfets. Selon Bercy, ce modèle intéresse d’ailleurs de près plusieurs partenaires européens.

La publication de la doctrine constitue la principale nouveauté de ces Assises. En la rendant publique, l’État entend associer les entreprises et la société civile à sa démarche. Sur le fond, cette doctrine de sécurité économique se veut évolutive et équilibrée. L’ouverture aux capitaux et aux partenariats étrangers y reste la règle, et la protection l’exception. Roland Lescure a ainsi présenté l’économie comme le premier terrain de la compétition géopolitique. Il a également assuré que l’État appliquerait ces règles avec fermeté, tout en continuant d’encourager les investissements venus de l’étranger.

Bercy veut aussi mieux sensibiliser les acteurs. Cette priorité figurait en tête des recommandations du rapport Rodwell-Thiériot-Plassard, remis moins de deux mois avant les Assises. Concrètement, toutes les écoles de la fonction publique auront accès au cours en ligne conçu pour l’Institut national du service public. La Gendarmerie nationale publie de son côté un guide des atteintes à la sécurité économique. D’autres ressources sont rééditées, comme un recueil de 29 fiches pratiques et l’outil d’autodiagnostic Diagseco, qui permet à une entreprise d’évaluer ses propres vulnérabilités.

L’action se renforce également sur le terrain. Un kit de sensibilisation, cosigné par le ministère de l’Intérieur, sera adressé à toutes les préfectures. Le réseau territorial du service s’étend désormais à l’Outre-mer, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française. De plus, un Observatoire de la sécurité économique voit le jour avec l’Essec, afin d’analyser les menaces en profondeur et de mieux les anticiper.

Pour les dirigeants de PME comme pour les créateurs de start-up, le message de ces Assises est clair. La sécurité économique ne relève plus des seuls fleurons industriels. Un savoir-faire, un brevet ou un fichier de clients peuvent attirer des convoitises, et se protéger commence souvent par un simple diagnostic de ses propres fragilités.