Le 11 mars 2026 marquera une date symbolique pour Bobigny avec l’inauguration du cinéma Alice Guy, un équipement culturel attendu de longue date qui s’inscrit dans la profonde transformation du centre-ville. Implanté à un emplacement stratégique, à quelques pas de la station Bobigny – Pablo Picasso sur la ligne 5 du métro, à proximité immédiate du tramway T1 et desservi par plusieurs lignes de bus, le nouveau complexe entend jouer pleinement la carte de l’accessibilité. Son ambition : redevenir un lieu de rendez-vous quotidien pour les habitants, grâce à une politique tarifaire volontairement modérée, oscillant entre 4 et 7 euros la séance.
Ce projet est porté par Est Ensemble, qui gère aujourd’hui le plus important réseau de cinémas publics du pays. À travers cette ouverture, la collectivité territoriale affirme sa volonté de renforcer l’offre culturelle de proximité, dans un département où l’accès aux équipements reste un enjeu central. Le cinéma s’inscrit dans une dynamique de reconquête urbaine ambitieuse. Le centre-ville de Bobigny connaît en effet une phase de recomposition profonde, avec la création programmée de 1 200 logements et plus de 11 000 mètres carrés de surfaces commerciales. Le cinéma Alice Guy apparaît ainsi comme l’un des pivots de ce nouveau quartier en gestation, appelé à devenir un espace de vie animé et attractif.
L’équipement entend renouer avec une tradition interrompue en 2019, lorsque le cinéma Le Magic avait fermé ses portes, laissant un vide dans le paysage culturel local. Durant les années suivantes, des projections itinérantes avaient été proposées grâce à l’initiative de l’Écran nomade, maintenant un lien fragile mais essentiel avec le septième art. L’ouverture du nouveau complexe marque donc un retour durable du cinéma au cœur de la ville, dans un format élargi et modernisé.
Le bâtiment abritera six salles totalisant 865 fauteuils. Trois d’entre elles ont été conçues pour être modulables, permettant d’accueillir non seulement des projections, mais aussi des formes artistiques variées comme le théâtre, la danse ou des concerts. Cette polyvalence traduit une conception élargie du lieu, pensé comme une véritable plateforme culturelle. La programmation annoncée se veut à la fois ouverte au grand public et attentive au cinéma d’auteur, articulant films populaires et œuvres plus exigeantes.
Une attention particulière sera portée à l’éducation à l’image, avec des actions destinées aux enfants et aux adolescents du territoire. Ateliers, rencontres, initiatives pédagogiques devraient rythmer l’année afin de familiariser les plus jeunes aux langages du cinéma et aux pratiques culturelles. Le hall accueillera par ailleurs un café-librairie, conçu comme un espace de sociabilité complémentaire aux salles obscures.
Le financement du complexe témoigne de l’ampleur de l’investissement consenti. L’opération représente un budget global de 23 millions d’euros. L’État a apporté un soutien significatif de près de 2,93 millions d’euros, tandis que la Métropole du Grand Paris a contribué à hauteur d’un million d’euros.
Le choix du nom du cinéma revêt lui aussi une dimension particulière. Il résulte d’une consultation citoyenne menée auprès des habitants, qui ont opté pour celui d’Alice Guy. Cette décision rend hommage à une figure pionnière de l’histoire du cinéma, longtemps restée dans l’ombre. Active dès 1896, elle a réalisé plus de 400 films et joué un rôle déterminant dans l’émergence du cinéma de fiction ainsi que dans l’élaboration de ses premiers codes narratifs. En associant son nom à ce nouvel équipement, les élus locaux ont souhaité mettre en lumière l’apport d’une femme dont l’influence fut majeure, tout en affirmant un engagement en faveur d’une meilleure reconnaissance des créatrices dans l’espace public.
Cette orientation s’inscrit dans une politique plus large de mise en valeur de personnalités féminines à travers la dénomination des équipements. D’autres figures comme Alice Milliat, Pina Bausch ou Mariama Bâ ont également été honorées dans l’espace public local.
Bobigny : le cinéma Alice Guy
Par Gilbert Caron
Publié le 5 mars 2026 à 13h47 – Temps de lecture : 4 minutes
