Calais ne fait pas toujours dans la dentelle : pour empêcher les migrants, principalement syriens, de poser leur tente notamment sur les quais du Danube (où un […]
Calais ne fait pas toujours dans la dentelle : pour empêcher les migrants, principalement syriens, de poser leur tente notamment sur les quais du Danube (où un camp a été démantelé début septembre) et de la Meuse, proches de la gare, elle n’a rien trouvé de mieux que d’installer des rochers, espacés les uns des autres d’un petit mètre ! Objectif, empêcher les réinstallations des personnes expulsées. Ces migrants, hommes seuls, familles, enfants, femmes seules avec enfants, mineurs, transitent par la ville pour se rendre en Angleterre. Huit cents de tonnes de pierre au total seront ainsi placées sur des zones herbeuses et terre-pleins rendant plus difficile leur périple, mais pas seulement : elles compliquent également la distribution de repas et de matériel par les bénévoles des associations.
Ces associations de soutien s’insurgent contre cette décision cruelle, espèce de réclusion à ciel ouvert, rappelant que la municipalité avait déjà installé des grillages et autres barbelés pour chasser ces personnes, en particulier sous les ponts du centre-ville (Faidherbe, George V, Mollien, Freycinet), son objectif étant d’empêcher leur fixation et les pousser vers l’extérieur du centre-ville. La maire LR de la ville Natacha Bouchart – ralliée à Emmanuel Macron – assume cette initiative au sacro-saint nom de la lutte contre les nuisances sonores, l’insécurité et l’insalubrité, mais aussi, selon elle, parce qu’elle n’a pas d’autre choix. « Je fais quoi ? Je laisse faire ? Si on ne veut pas de campements gênants en centre-ville, je me dois d’agir », s’est-elle exclamée dans La Voix du Nord ajoutant qu’un démantèlement est inutile quand une nouvelle installation intervient aussitôt après. La pose de ces parterres de rocs a coûté la bagatelle de 45 000 euros qu’on aurait pu utiliser pour aider ces exilés, font remarquer les bénévoles.
Ces rochers ne sont pas une nouveauté en vérité. Ils ont déjà été « plantés » cet été place de Norvège au centre ou l’an dernier, à Coquelles près du tunnel sous la Manche ou encore aux abords du fort Nieulay en 2020. Le leitmotiv de la ville : bloquer les accès de ces migrants à des lieux informels de vie sinon les rendre impraticables. Le seul accompagnement qu’on propose à ces personnes exilées, victimes d’un harcèlement continu et régulièrement évacuées de leur campement de fortune, porte la mention « vers la sortie ». La jungle oui, mais de quel côté ? La maire appelle l’État à prendre ses responsabilités. Comme pour rappeler sa bonne volonté, elle énumère toutes les actions entreprises par la municipalité : mise en place de douches, aide aux repas, conseil des migrants, plan grand froid, mise à l’abri des femmes et enfants, centre Jules-Ferry… « [Mais] à chaque fois, ça finit pareil. » Autrement dit, elle se retrouve à gérer une situation impossible, où les migrants passent de « 30 ou 50 personnes [à] 10 000. »