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Clic’Arts à Istres : deux regards, une chapelle

Par Marcel Grenay
Publié le 2 janvier 2026 à 10h36 – Temps de lecture : 5 minutes

À Istres, l’année culturelle s’ouvre sous le signe de l’image et de la contemplation avec le retour de Clic’Arts, le rendez-vous dédié à la photographie, à la chapelle Saint-Sulpice. Pour cette édition 2026, la Ville propose une immersion sensible dans deux univers artistiques singuliers, portés par Geneviève Grimaldi et Christian Soupène. Leurs œuvres seront présentées du mercredi 7 janvier au dimanche 8 février, dans un lieu qui se prête naturellement au silence, à la lumière et à la résonance intérieure. Le vernissage est prévu le mercredi 7 janvier à 18 h 30.

Pensée comme une invitation à ralentir et à regarder autrement, cette nouvelle édition de Clic’Arts ouvre un dialogue entre deux écritures photographiques contemporaines. Toutes deux numériques, elles explorent pourtant des territoires très différents, tant par les paysages qu’elles traversent que par les questionnements intimes qu’elles soulèvent. À travers leurs images, les artistes interrogent le temps, la mémoire, la fragilité du vivant et la trace laissée par l’expérience humaine.

Avec sa série intitulée « Ligne de vie », Geneviève Grimaldi propose un parcours visuel profondément introspectif. Sa photographie se distingue par une attention particulière portée à la lumière, qu’elle saisit avec délicatesse, comme un instant suspendu. Brumes, silences et impressions diffuses composent des images situées à la frontière du réel et de l’imaginaire. Chaque photographie devient un espace de respiration, une pause offerte au regardeur, une manière d’entrer dans un monde où les mots semblent s’effacer au profit des sensations.

La série présentée à Saint-Sulpice se lit comme une traversée de l’existence humaine dans le contexte du monde contemporain. Elle débute dans le tumulte, celui de la course permanente contre le temps, de l’agitation urbaine et de la frénésie des mégapoles. Les images traduisent alors une perte de repères, une sensation d’étouffement liée à l’accélération des rythmes de vie et à la pollution, qu’elle soit environnementale ou mentale. Peu à peu, un basculement s’opère. La rupture apparaît comme une nécessité, presque une urgence. Surgissent alors des figures de liberté, incarnées notamment par des chevaux de lumière, métaphore d’une échappée possible hors du chaos.

À travers cette évolution, la nature retrouve une place centrale. La simplicité, la convivialité et une forme de douceur réapparaissent, comme si un autre rapport au monde pouvait s’esquisser. Mais ce cheminement ne s’achève pas dans l’euphorie. Le cycle se referme dans un silence chargé de sens, évoquant la solitude, la disparition et la mémoire. « Ligne de vie » interroge ainsi la fragilité de notre passage sur terre et la trace que chacun laisse derrière lui, entre effacement et renaissance. Installée à Maussane-les-Alpilles, Geneviève Grimaldi développe depuis plusieurs années une œuvre sensible, attentive aux vibrations du monde et à ce qu’elles révèlent de notre humanité.

Face à cet univers empreint de poésie et de méditation, le travail de Christian Soupène s’inscrit dans une autre temporalité, celle du souvenir recomposé. Avec « La clarté indécise d’un songe, opus 1 et 2 », il présente un ensemble de 23 photographies, proposées sous forme de petites séries ou de pièces isolées. Réalisées à Kyoto et Kobe à l’automne 2015, ces images trouvent aujourd’hui une nouvelle résonance, nourries par le temps écoulé et par le cheminement intérieur de l’artiste.

Pour Christian Soupène, ces photographies sont avant tout l’expression d’une intériorité, façonnée lentement entre le moment de la prise de vue au Japon et leur première présentation publique lors des Rencontres d’Arles en 2024. L’artiste évoque des images nées de l’indécision, de la rêverie et parfois de la révélation, comme autant de fragments d’un souvenir retravaillé par la mémoire. Le temps agit ici comme un filtre, transformant l’expérience vécue en matière sensible.

Les photographies proposées à Istres ne livrent jamais un sens immédiat. Elles suggèrent plus qu’elles n’affirment, se situant dans un registre presque murmuré. Christian Soupène parle volontiers de chuchotement, d’allusion, laissant au spectateur la liberté de projeter ses propres émotions et interprétations. Cette approche confère à son travail une dimension profondément contemplative, où chaque image devient une porte entrouverte sur un état intérieur.

Photographe installé à Arles, Christian Soupène développe un travail de séries depuis 2014, avec une attention particulière portée à la cohérence d’ensemble et à la narration implicite qui relie les images entre elles. Son œuvre s’inscrit dans une démarche patiente, où la photographie devient un outil d’exploration de la mémoire, du rêve et de la perception.

En réunissant ces deux artistes à la chapelle Saint-Sulpice, Clic’Arts 2026 propose un face-à-face subtil entre deux manières d’habiter le monde par l’image. L’exposition invite le public à une expérience sensible, loin du spectaculaire, privilégiant l’écoute intérieure et le temps long. Dans l’écrin singulier de la chapelle, les photographies de Geneviève Grimaldi et de Christian Soupène dialoguent avec l’espace, la lumière et le silence, offrant aux visiteurs une parenthèse propice à la réflexion et à l’émotion.