La rentrée culturelle a un rendez-vous qui revient chaque année sur les affiches des théâtres : le Festival d’Automne. Ouverte le 11 septembre, cette édition se poursuit jusqu’au 31 décembre et bat son plein dès les premiers jours d’octobre. Pluridisciplinaire depuis sa création en 1972, la manifestation mêle théâtre, danse, musique, arts plastiques et cinéma, et s’appuie cette année sur 58 partenaires – théâtres, musées, centres d’art et lieux indépendants – répartis dans tout Paris et sa région. Autant dire qu’entre le 1er et le 7 octobre, il se passe quelque chose presque chaque soir, et que le plus difficile tient sans doute au choix.
Les scènes parisiennes ouvrent le bal. Au Théâtre Paris-Villette, dans le 19e, la metteuse en scène Elina Kulikova referme « La Trilogie de la guerre » : après « Un endroit perdu », c’est « Une nuit blanche » qui se joue jusqu’au 2 octobre. À l’Odéon-Théâtre de l’Europe, dans le 6e, la Brésilienne Carolina Bianchi et sa compagnie achèvent « Cadela Força », cycle très commenté sur les violences faites aux femmes, dont le dernier volet se donne le 2 octobre. Non loin, sur l’autre adresse de l’Odéon, aux Ateliers Berthier dans le 17e, le collectif catalan El Conde de Torrefiel installe « Lexikon » à partir du 2 octobre.
La danse et la musique ne sont pas en reste. Au Théâtre de la Cité internationale, dans le 14e, la chorégraphe Mathilde Monnier et la musicienne Lucie Antunes croisent le geste et le son dans « Silence », du 2 au 4 octobre. Et parce que le festival déborde largement le périphérique, la programmation rayonne les jours suivants jusqu’à Créteil, Gennevilliers ou Nanterre, fidèle à une ambition affichée dès les années 1970 : faire dialoguer la capitale et les villes qui l’entourent, et inviter le public à passer d’une salle à l’autre.
Cette première semaine dit bien la couleur de l’ensemble. On y croise des artistes venus du Brésil, d’Espagne ou d’ailleurs, des récits intimes qui empoignent des sujets de société, des formes hybrides où le théâtre se frotte au concert, à la danse ou à l’installation. Rien d’un divertissement lisse : le Festival d’Automne assume une exigence qui demande parfois au spectateur de se laisser dérouter. C’est aussi ce qui fait sa réputation, en France comme à l’étranger, où il est scruté par les programmateurs en quête des créations de demain. Beaucoup de propositions se jouent quelques soirs seulement, ce qui donne à chaque représentation un air d’événement.
Depuis plus d’un demi-siècle, le Festival d’Automne s’est imposé comme l’une des plus anciennes vitrines de la création contemporaine, celle qui invente autant qu’elle dérange. Il a accueilli les plus grands noms de la scène internationale et continue de défricher, en faisant découvrir des artistes encore peu connus du grand public, souvent réunis autour de « Portraits » consacrés à une figure ou à une esthétique. D’une année sur l’autre, il aura contribué à installer en France des écritures venues d’Europe, d’Asie, d’Afrique ou des Amériques, bien avant qu’elles ne deviennent familières.
Ceux qui manqueront les premiers rendez-vous n’auront pas à le regretter longtemps, tant le calendrier s’étire jusqu’à la fin décembre. Quelques grands moments se profilent déjà, à l’image du « Faust » que l’Italien Romeo Castellucci installera à l’Odéon à partir du 30 octobre. En attendant, la première semaine du mois donne un bon aperçu de l’esprit maison : un théâtre exigeant, curieux des formes nouvelles, qui préfère les questions aux réponses toutes faites. De quoi occuper les soirées d’une rentrée qui, côté culture, ne connaît guère de temps mort.
Culture : festival d’Automne
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 28 septembre 2026 à 10h40 – Temps de lecture : 4 minutes
