À compter du 19 janvier et jusqu’au 20 février 2026, les habitants du pays d’Aubagne seront appelés à se prononcer sur un projet hospitalier majeur appelé à transformer durablement l’offre de soins locale. Une enquête publique unique va en effet s’ouvrir dans les Bouches-du-Rhône autour de la construction d’un nouvel hôpital porté par le Centre hospitalier Edmond Garcin. Cette étape réglementaire précède une décision cruciale de l’État sur le caractère d’utilité publique de l’opération et sur les emprises foncières nécessaires à sa réalisation, pouvant inclure des acquisitions amiables ou des procédures d’expropriation.
Le projet trouve son origine dans une situation largement partagée par les professionnels de santé comme par les élus : l’hôpital actuel, édifié dans les années 1970, n’est plus en mesure de répondre pleinement aux besoins contemporains. L’établissement Edmond Garcin assure pourtant une mission essentielle pour un bassin de population estimé à 110 000 habitants, couvrant Aubagne et plusieurs communes environnantes telles que Roquevaire, Auriol ou Saint-Zacharie. Or, au fil des décennies, le bâti s’est dégradé et s’est révélé de moins en moins adapté aux exigences actuelles en matière d’accessibilité, de performance énergétique et d’organisation des soins.
Cette fragilité structurelle se conjugue à une pression démographique croissante. Situé à l’interface entre Marseille et l’arrière-pays varois, le territoire aubagnais bénéficie d’une attractivité économique qui se traduit par une augmentation régulière de la population. Les conséquences sont visibles au quotidien dans les services hospitaliers : urgences saturées, tensions sur les capacités d’hospitalisation en médecine et en chirurgie, et besoins insuffisamment couverts dans des secteurs comme la gériatrie ou les soins palliatifs. Pour les autorités sanitaires, le statu quo n’est plus une option.
Le futur hôpital, dont l’implantation est prévue dans la zone économique située à l’est d’Aubagne, a été pensé comme une réponse globale à ces difficultés. Le projet prévoit la création d’un plateau technique élargi, le renforcement des urgences, la modernisation de la maternité et la construction de blocs opératoires répondant aux standards les plus récents. Une aile spécifiquement dédiée à l’ambulatoire doit également accompagner l’évolution des pratiques médicales. Le choix de ce site s’explique par plusieurs facteurs : la disponibilité de terrains de grande superficie, la proximité immédiate de l’autoroute A50 et la possibilité de développer des synergies avec le tissu économique local, notamment en matière d’emplois.
Sur le plan financier, l’investissement est estimé à environ 200 millions d’euros. Il mobilise des financements de l’Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur, de l’État ainsi que des fonds européens. La mise en service de l’équipement est envisagée à l’horizon 2030. L’opération s’inscrit dans les orientations du Schéma régional de santé, qui vise à renforcer l’offre de soins de proximité afin de limiter l’engorgement des grands hôpitaux marseillais de l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille.
L’enquête publique à venir constitue une phase déterminante du calendrier. Dès le 19 janvier, le public pourra consulter l’ensemble du dossier, comprenant notamment les études d’impact environnemental, les plans d’aménagement et l’évaluation socio-économique du projet. Les observations pourront être consignées sur un registre papier disponible à la mairie d’Aubagne, adressées par courrier ou par voie électronique, ou déposées sur une plateforme numérique dédiée. Un commissaire-enquêteur, désigné par le tribunal administratif de Marseille, assurera par ailleurs plusieurs permanences en mairie afin d’échanger directement avec les citoyens et de répondre aux interrogations.
Ces temps d’échange seront particulièrement scrutés, car si le besoin médical fait l’objet d’un large consensus, le projet n’échappe pas aux controverses. Plusieurs riverains s’inquiètent de l’impact environnemental d’une implantation en zone périurbaine déjà fortement sollicitée. La crainte d’une artificialisation accrue des sols, conjuguée à une augmentation du trafic automobile et des nuisances sonores liées aux véhicules sanitaires, alimente les débats. Les porteurs du projet mettent en avant des mesures compensatoires, comme la création d’espaces verts, la plantation d’arbres ou la réalisation de parkings souterrains, mais certaines associations environnementales, à l’image de France Nature Environnement Paca, estiment que ces engagements restent insuffisants et plaident pour l’étude d’alternatives fondées sur la réhabilitation de sites existants en milieu urbain.
À l’inverse, de nombreux responsables politiques locaux défendent le projet comme un investissement structurant pour le territoire. Ils soulignent son potentiel en matière de développement économique, avec la création annoncée d’environ 500 emplois directs et indirects, ainsi que la perspective de partenariats renforcés avec l’Institut de formation en soins infirmiers local. Pour les usagers, l’enjeu est avant tout sanitaire : réduction des temps d’attente, amélioration des conditions d’accueil et qualité de prise en charge renforcée. L’architecture du futur établissement, présentée comme bioclimatique, vise par ailleurs une certification environnementale de type HQE.
À l’issue de l’enquête, le commissaire-enquêteur remettra son rapport au préfet des Bouches-du-Rhône, qui devra se prononcer sur la déclaration d’utilité publique du projet d’ici le mois de mars 2026. En cas d’avis favorable, les travaux préparatoires pourraient débuter dès la fin de l’année. D’ici là, la consultation qui s’ouvre le 19 janvier offre aux habitants une opportunité rare de peser sur un équipement appelé à façonner, pour plusieurs décennies, le paysage sanitaire du pays d’Aubagne.

