La publication du baromètre 2025 consacré à l’entrepreneuriat féminin met en lumière des évolutions significatives dans la place occupée par les femmes au sein du tissu économique français. Élaboré par la Direction générale des Entreprises en partenariat avec Bpifrance, ce rapport s’inscrit dans le cadre du plan interministériel « Toutes et tous égaux 2027 ». Il propose une analyse approfondie des écarts persistants entre les femmes et les hommes dans la création, la reprise et la direction d’entreprise, en s’appuyant notamment sur une enquête réalisée par l’Ifop auprès de 5 000 personnes, complétée par des données issues de l’Insee et de la Mission French Tech.
L’un des enseignements majeurs concerne la solidité des entreprises portées par des femmes. À horizon de cinq ans, leur taux de survie atteint 70 % pour les structures classiques, un niveau équivalent à celui observé chez les hommes. Dans le cas des micro-entreprises, les résultats sont encore plus marqués, avec un taux de maintien en activité de 45 % pour les femmes contre 36 % pour leurs homologues masculins. Cette différence s’explique en partie par des stratégies de gestion prudentes et une anticipation accrue des risques, ainsi que par une capacité à diversifier rapidement les activités dès les premières phases de développement.
Parallèlement, l’exposition des femmes à l’entrepreneuriat progresse. Entre 2021 et 2025, la proportion de femmes se déclarant fortement sensibilisées à cette voie est passée de 19 % à 23 %. Si cet indicateur reste inférieur à celui des hommes, il traduit néanmoins une évolution positive, liée notamment à une visibilité accrue des parcours féminins. La multiplication des modèles de réussite dans l’entourage proche contribue à banaliser l’idée d’entreprendre, en levant progressivement les freins culturels et les représentations limitantes.
Les motivations à entreprendre évoluent également de manière notable. L’entrepreneuriat dit d’opportunité gagne du terrain et concerne désormais 42 % des femmes interrogées, traduisant une confiance croissante dans leur capacité à identifier et exploiter des marchés porteurs. Le désir d’indépendance connaît une progression marquée, passant de 27 % à 37 %, tandis que la recherche de revenus complémentaires augmente pour atteindre 22 %. Ces tendances témoignent d’un changement de posture : l’acte d’entreprendre ne relève plus uniquement d’une nécessité, mais s’inscrit de plus en plus dans une démarche choisie et stratégique. Les motivations liées aux valeurs, stables à 46 %, confirment par ailleurs l’importance accordée à des projets à impact sociétal.
Malgré ces avancées, des écarts subsistent en matière d’accès aux dispositifs d’accompagnement et de financement. Seules 32 % des femmes déclarent avoir bénéficié d’un soutien structuré, contre 39 % des hommes. De même, l’accès à un financement externe concerne 32 % des femmes, contre 40 % pour les hommes. Ces différences tiennent en grande partie à un recours moins fréquent aux dispositifs existants, plutôt qu’à une discrimination directe. Elles traduisent des comportements différenciés face aux démarches de financement ou d’accompagnement, appelant à renforcer les actions de sensibilisation et d’information.
Dans le secteur technologique, la progression reste mesurée mais réelle. Les femmes représentent désormais 20 % des dirigeants ou cofondatrices au sein du programme Next40/120, un chiffre en légère hausse. Cette évolution reflète une présence croissante dans des domaines à forte valeur ajoutée, même si la parité reste encore éloignée. Pour Roland Lescure, le développement de l’entrepreneuriat féminin constitue un levier essentiel pour dynamiser l’économie et favoriser une plus grande diversité dans les profils de dirigeants.
Les pouvoirs publics ont engagé plusieurs actions pour accompagner cette dynamique. La Direction générale des Entreprises pilote ainsi une série de mesures visant à renforcer l’égalité dans l’accès à l’entrepreneuriat, parmi lesquelles des dispositifs de mentorat, des incitations fiscales pour favoriser l’adhésion à des réseaux professionnels ou encore un accompagnement renforcé en matière de financement. Depuis 2012, un partenariat structurant entre l’État et Bpifrance contribue à lutter contre les stéréotypes et à faciliter l’accès des femmes aux ressources nécessaires à la création d’entreprise.
À l’échelle territoriale, les Plans d’action régionaux pour l’entrepreneuriat féminin permettent de décliner ces orientations en fonction des spécificités locales. Ces initiatives associent les acteurs publics et privés afin de proposer des solutions adaptées aux besoins des créatrices. Par ailleurs, des réseaux comme le collectif Cap Créa jouent un rôle clé en accompagnant un nombre croissant de femmes dans leurs projets, contribuant ainsi à la création de nouvelles entreprises et à la dynamisation du tissu économique.
Les résultats observés traduisent une transformation progressive de l’entrepreneuriat féminin en France. L’augmentation du nombre de femmes engagées dans cette voie, la diversification de leurs motivations et la solidité de leurs entreprises témoignent d’une évolution structurelle. Toutefois, la persistance de certains écarts souligne la nécessité de poursuivre les efforts engagés, notamment en matière d’accès au financement et à l’accompagnement.
À l’horizon 2027, les objectifs fixés par les pouvoirs publics visent à renforcer encore cette dynamique, avec une augmentation du niveau d’exposition des femmes à l’entrepreneuriat et un recours plus large aux dispositifs de soutien. Dans un contexte économique en mutation, les femmes entrepreneuses apparaissent comme des actrices clés du renouvellement du modèle productif, contribuant à une économie plus inclusive, innovante et résiliente.

