À Toulon, le 13 février, une nouvelle étape a été franchie dans la stratégie environnementale du département. Sous l’autorité du préfet du Var, le premier comité de pilotage consacré aux espèces exotiques envahissantes a officiellement été installé. L’initiative, inédite à l’échelle départementale, s’est tenue en présence, en visioconférence, de la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, Monique Barbut. Autour de la table figuraient l’ensemble des services de l’État, à l’échelon départemental comme régional, concernés par cette problématique. L’objectif affiché est clair : renforcer la cohérence de l’action publique pour protéger à la fois les milieux naturels et les populations.
Le Var présente une configuration singulière. Son patrimoine naturel, à la fois terrestre et maritime, est réputé pour sa richesse biologique. Cette diversité constitue un atout majeur, mais elle crée également des conditions favorables à l’implantation et à la prolifération d’espèces venues d’ailleurs. Ces espèces exotiques envahissantes représentent désormais un défi croissant. Elles fragilisent les écosystèmes, exposent certaines activités économiques à des risques accrus et peuvent, dans certains cas, poser des problèmes de santé publique.
La réunion inaugurale du comité a permis d’établir un état des lieux actualisé de la situation dans le département. Les participants ont recensé les dispositifs déjà en place, examiné les moyens mobilisés et engagé une réflexion sur l’organisation d’une réponse plus structurée. Il s’agit d’éviter la dispersion des initiatives et de garantir une réaction rapide face aux menaces identifiées. La volonté exprimée est de passer d’actions parfois sectorielles à une coordination stratégique assumée.
Quatre espèces, dont la progression dans le Var est jugée particulièrement préoccupante, ont concentré les échanges. Le Frelon asiatique à pattes jaunes figure au premier rang des inquiétudes. Sa présence affecte directement la filière apicole, en menaçant les colonies d’abeilles. Le cadre juridique confère au préfet un rôle de chef de file dans la lutte contre cette espèce. Il lui revient donc de piloter la stratégie départementale, sous son autorité, afin d’assurer une meilleure protection des ruchers et d’harmoniser les interventions sur le terrain.
Autre sujet de vigilance : la Fourmi électrique. Le Var constitue, à ce jour, le seul département de l’Hexagone touché, avec deux foyers identifiés à Toulon et à La Croix-Valmer. La situation a conduit la ministre à demander la définition d’une zone restreinte, exempte de risques pour la santé humaine, où pourrait être envisagée une opération de saupoudrage. Cette perspective repose sur une analyse coûts-bénéfices intégrant l’avis rendu en septembre 2025 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. À l’issue de cette expertise, l’usage du produit Campaign©, dont l’efficacité contre la fourmi électrique est établie, pourrait être autorisé avant la période d’activité de l’insecte.
Le milieu marin n’est pas épargné. Le Crabe bleu fait également partie des espèces suivies avec attention. Sa prolifération constitue une menace pour les équilibres écologiques et certaines activités économiques liées au littoral. Enfin, la Cochenille tortue du pin inquiète les gestionnaires forestiers. Face à cet insecte, il a été décidé d’accélérer la recherche de traitements plus performants, avec la perspective d’expérimentations conduites dans le Var afin d’identifier des solutions plus probantes.
Au-delà de l’examen technique des situations, la réunion a marqué une volonté politique de structurer durablement le pilotage. La ministre a salué l’engagement des services de l’État et l’implication des acteurs déjà mobilisés. Elle a insisté sur la nécessité d’inscrire cette mobilisation dans un cadre partagé, capable de fédérer les initiatives et d’anticiper les nouvelles menaces. Le comité départemental a vocation à devenir l’instance stratégique unique pour l’ensemble des espèces exotiques envahissantes, qu’elles soient animales ou végétales.
Son périmètre sera prochainement élargi. Lors de la deuxième réunion, annoncée pour le début du printemps, les collectivités territoriales et les associations seront associées aux travaux. L’enjeu consiste à réunir toutes les compétences utiles et à renforcer l’efficacité collective. Des réunions régulières permettront d’assurer le suivi des actions engagées et d’ajuster les priorités en fonction de l’évolution des situations.
La coordination institutionnelle ne constitue toutefois qu’un volet de la stratégie. L’information du public occupe une place centrale dans le dispositif annoncé. Les habitants, les professionnels et les touristes estivaux seront ciblés par une campagne départementale de communication dès le printemps. Des consignes précises, des gestes de prévention et des contacts utiles seront diffusés afin de favoriser les signalements et d’encourager les comportements adaptés. Cette dimension pédagogique est considérée comme indispensable pour limiter la propagation des espèces concernées.
Les services de l’État entendent accompagner ce mouvement, y compris sur le plan financier. Des soutiens pourront être mobilisés dans le cadre du Fonds vert afin de soutenir les actions engagées. À travers cette première réunion, le département du Var amorce ainsi une organisation plus structurée face à un phénomène qui dépasse désormais le stade de l’alerte ponctuelle. La lutte contre les espèces exotiques envahissantes s’inscrit dans une perspective de long terme, articulant expertise scientifique, coordination administrative et mobilisation collective.
Crédit photo : Préfecture du Var

