Jusqu’au 5 décembre, la salle d’exposition de Guyancourt met à l’honneur un courant longtemps resté dans l’ombre : l’art naïf. Intitulée « Art naïf, un art nature », la présentation réunit des œuvres prêtées par le Musée international d’art naïf de Vicq, le Midan, voisin yvelinois qui a fait de ce genre sa spécialité. Ouverte depuis le début du mois d’octobre, l’exposition se poursuit pendant les vacances de la Toussaint. L’occasion, pour les familles comme pour les amateurs, de s’offrir une parenthèse colorée et dépaysante, à l’abri du crachin d’automne.
L’art naïf désigne la création d’artistes le plus souvent autodidactes, qui peignent en amateurs, en marge de leur métier. Spontané, foisonnant, attentif au moindre détail, ce langage pictural a longtemps été méprisé par les cercles élitistes du vingtième siècle, qui y voyaient une maladresse plutôt qu’un parti pris. Il faut attendre 1909 et le regard du critique Wilhelm Uhde – le découvreur de Séraphine de Senlis – pour qu’une première exposition lui donne droit de cité. Le genre compte pourtant des figures majeures, à commencer par Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, dont les jungles imaginaires sont aujourd’hui des trésors de musées. Un véritable regain d’intérêt s’amorcera dans les années 1970, avant que ces peintres hors des sentiers battus ne trouvent enfin leurs galeries, leurs musées et leurs collectionneurs.
À Guyancourt, l’accrochage épouse le thème de la nature, fil conducteur d’un parcours pensé avec le Midan et le service des arts visuels de la ville. Les œuvres des artistes Ise Cellier et Tamaris Borrelly s’y répondent, offrant deux sensibilités autour du vivant, des paysages et de la faune. Le choix de la nature n’est pas un hasard : elle est, depuis toujours, le terrain de jeu favori des peintres naïfs, qui la croquent sans souci de réalisme mais avec une tendresse appuyée. Le musée de Vicq a prêté gracieusement les pièces exposées, prolongeant un compagnonnage entre deux acteurs culturels du département, soucieux de faire connaître ce patrimoine singulier. Pour la commune, c’est aussi l’occasion de rappeler qu’un musée entièrement dédié à l’art naïf se niche à quelques kilomètres, dans le petit village de Vicq.
L’exposition a été inaugurée le 8 octobre, lors d’un vernissage ouvert à tous, ponctué d’une prestation de l’école municipale de musique et de danse et d’un buffet convivial. Un jeu interactif, mené avec l’espace Théodore-Monod, permettait de remporter des entrées gratuites au Midan ainsi qu’une reproduction d’une œuvre de Françoise Adnet, dont le nom reste attaché à cette inauguration. De quoi donner envie de pousser, ensuite, jusqu’au musée de Vicq pour prolonger la découverte et confronter les toiles présentées à Guyancourt au reste d’une collection patiemment réunie au fil des années. La passerelle entre la salle municipale et le musée dessine ainsi un petit itinéraire de l’art naïf à l’échelle des Yvelines.
La période de la Toussaint, souvent pluvieuse, pousse les habitants à chercher des sorties à l’abri et à portée de main. En misant sur un courant accessible, immédiatement lisible et plein de fraîcheur, la municipalité espère toucher un large public, des connaisseurs aux enfants qui découvriront, peut-être, qu’on peut peindre sans avoir fréquenté les Beaux-Arts. L’art naïf, avec ses couleurs franches, ses perspectives libres et son goût du détail minutieux, a précisément ce pouvoir de parler d’emblée au regard, sans mode d’emploi ni long cartel explicatif. Les plus jeunes y trouvent des animaux, des villages et des forêts peuplés comme dans un album ; les adultes, une forme de poésie qui se moque des règles apprises.
Guyancourt : art naïf
Par Marie Aschehoug-Clauteaux
Publié le 20 octobre 2026 à 09h26 – Temps de lecture : 4 minutes
