Au salon Euromaritime, Philippe Tabarot, ministre des Transports, Catherine Chabaud, ministre déléguée à la Mer et à la Pêche, et Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, ont réuni les acteurs clés des industries marines – Gican, Evolen, SER – pour dresser un bilan et définir les priorités du Comité stratégique de filière. Deux ans après la signature du contrat de filière, l’objectif est clair : renforcer la souveraineté industrielle maritime, accélérer la transition écologique, stimuler l’innovation, attirer de nouvelles compétences et former une main-d’œuvre spécialisée. L’État réaffirme son soutien à une filière française compétitive, décarbonée et innovante, dans le contexte de la préparation de la stratégie industrielle maritime européenne.
Le comité rassemble administrations, industriels, chercheurs, régions et syndicats autour d’un diagnostic commun. La France, cinquième puissance maritime mondiale avec 500 000 emplois directs et un chiffre d’affaires de 50 milliards d’euros, doit faire face à la concurrence asiatique, où la Chine représente 40 % de la construction navale mondiale et la Corée 30 %. Les leviers identifiés pour consolider la filière incluent la relocalisation de la construction navale, le développement de propulsions alternatives à l’hydrogène et à l’ammoniac, la numérisation et l’autonomie des navires, ainsi que la formation de 20 000 marins qualifiés d’ici 2030. Les ministres ont salué le dialogue structuré qui permet de coordonner la réponse nationale aux enjeux européens et mondiaux.
L’appel à projets Corimer – Navire bas carbone – a déjà désigné trois lauréats pour leur capacité à industrialiser des prototypes zéro émission, bénéficiant d’un financement de 150 millions d’euros sur le plan France 2030. Les projets sélectionnés concernent des vraquiers à pile à combustible, des ferries à hydrogène et des supply vessels électriques. Le partenariat entre Gican, Evolen et SER regroupe 200 chantiers navals, 50 équipementiers et 100 PME spécialisées, mobilisant 15 000 ingénieurs pour la mise en production de ces solutions à l’horizon 2028.
Parallèlement, un nouvel appel à projets sera lancé en 2026 pour soutenir la décarbonation des transports et services maritimes, financé par les recettes du système ETS maritime à hauteur de 70 millions d’euros. Cette allocation, décidée lors du Comité interministériel de la mer de mai 2025, permet de redistribuer les taxes carbone prélevées sur le fret et les liners vers des innovations françaises, incluant la propulsion GNL, les voiles Flettner, les batteries haute densité et le captage de CO₂ embarqué. Philippe Tabarot a souligné le principe pollueur-utilisateur, garantissant que ces recettes soient réinvesties dans la filière, tandis que Catherine Chabaud a insisté sur le dynamisme et l’innovation de la construction navale française, sixième européenne et leader mondial dans le segment des voiliers modernes. Sébastien Martin a rappelé l’importance de la préférence européenne et de la protection contre le dumping chinois, via des clauses CBE et le soutien aux Eti navales par Bpifrance.
Le bilan 2025 montre l’efficacité des deux années passées : 1 milliard d’euros publics investis, catalysant 5 milliards d’euros privés, la commande de 20 navires zéro carbone, la préservation de 10 000 emplois et la création de 50 brevets dans la propulsion hybride. La transition écologique progresse rapidement : 30 % des ferries français utiliseront le GNL d’ici 2028, les supply vessels offshore passent à l’électrique et les vraquiers testent l’hydrogène vert produit par Engie.
La souveraineté industrielle se consolide par la relocalisation : Naval Group sécurise la production de 50 % des frégates FDI à Lorient, Piriou développe ses patrouilleurs en Polynésie et Constructions du Morbihan renforce sa production de yachts militaires. La recherche et l’innovation mobilisent 200 millions d’euros via Ifremer et ENSTA, avec des projets sur navires autonomes, drones sous-marins pilotés par IA et matériaux composites recyclables. Les régions orchestrent des clusters spécialisés : Bretagne pour la construction navale, PACA pour la propulsion marine et Normandie pour l’offshore wind.
L’attractivité des métiers maritimes s’appuie sur la formation de 15 000 personnes par an dans les lycées et STS maritimes, ainsi que dans des programmes d’apprentissage. Les salaires compétitifs et le plan « Mer 2030 » attirent environ 5 000 jeunes chaque année. Les syndicats, intégrés au CSF, facilitent la reconversion des pêcheurs vers l’offshore éolien.
Les projets Corimer montrent déjà des résultats concrets : ferry électrique de 150 places pour Corsica Linea, vraquier de 50 000 tpl à hydrogène pour Louis Dreyfus, supply vessel batterie 20 MWh pour TotalEnergies. Ces démonstrateurs, livrables en 2028, préfigurent une flotte européenne plus verte et contribuent à l’objectif de réduction de 20 % des émissions de CO₂ maritime d’ici 2035. Le nouvel appel à projets 2026, doté de 500 millions d’euros, favorisera l’hydrogène, les voiles Flettner, le captage de CO₂ et les infrastructures de recharge électrique portuaire.
La stratégie repose sur quatre piliers : la souveraineté industrielle avec 60 % de contenu local et des sanctions anti-dumping, la transition écologique avec une flotte auxiliaire zéro carbone à 100 % d’ici 2035, l’innovation avec 500 millions d’euros en R&D pour les navires autonomes et le pilotage par IA, et le développement des compétences avec 20 000 marins formés et 10 000 reconversions vers l’éolien flottant.
Euromaritime 2026 a mis en lumière cette ambition avec 200 exposants, 30 000 visiteurs et 50 contrats signés, dont trois corvettes pour Naval Group, cinq patrouilleurs pour Piriou et dix drones pour CMN. Les lauréats Corimer ont présenté leurs maquettes, tandis que les ministres ont annoncé un financement complémentaire de 300 millions d’euros pour la filière.
Cette dynamique positionne la France comme leader européen en matière de maritime durable, aux côtés de l’Italie et de l’Allemagne, et trace une feuille de route ambitieuse : un chiffre d’affaires de 50 milliards d’euros d’ici 2030, 100 000 emplois et la constitution de la première flotte verte de l’Union européenne. L’industrie maritime française reprend ainsi pleinement le large.

