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« J’ai les boules » sur les terrains de Marseille

Par Christof Lorenzo
Publié le 25 mars 2026 à 10h38 – Temps de lecture : 6 minutes

Entre le 3 et le 23 avril 2026, Marseille accueille un projet singulier qui bouscule l’espace ordinaire des terrains de pétanque en le transformant en scène de spectacle, de performance artistique et de diffusion musicale. Baptisé « J’ai les boules », ce dispositif s’inscrit dans le cadre du projet ALLER VERS, une initiative qui invite à rencontrer la ville par ses lieux communs, ses rituels urbains et ses espaces de convivialité. Le choix des terrains de pétanque n’est pas anodin : dans le Sud, cette pratique est depuis longtemps perçue comme un lieu de rassemblement, de rencontres, de discussions sonores et chaleureuses, où la tchatche va de pair avec la lancée des cochonnets.

Le spectacle est porté par le musicien‑slameur Iraka, associé à Mila Necchella, DJ et compositrice électronique, qui forment un duo à mi‑chemin entre poésie, chanson et expérimentations sonores. Ensemble, ils convertissent les cercles et les boulodromes en scènes vivantes, où la parole slammée fuse avec des flux électroniques, transformant ces espaces de jeu en terrains de création et de récit. « J’ai les boules » fonctionne comme un mezze artistique, un mélange généreux où se croisent textes intimes, déclarations autobiographiques, chansons et envolées musicales, le tout traversé par une réflexion à la fois drôle, tendre et critique sur la condition humaine en Méditerranée.

Les représentations se déroulent dans plusieurs lieux différents de la métropole, selon un calendrier précis et volontairement dispersé dans l’espace urbain. Le vendredi 3 avril, à partir de 19 heures, la première étape se tient au Cercle de Saint Barnabé, au 29 rue Série dans le 12e arrondissement. Le samedi 4 avril, le dispositif se déplace d’abord au terrain de la Boule des vents, rue Font de vents dans le 2e arrondissement, où une première séance est prévue à partir de midi, puis au boulodrome Targuist, à 35 travée Targuist dans le 7e arrondissement, pour une soirée à partir de 18 h 30.

Le mardi 14 avril, à partir de 18 heures, la scène se déplace sur le campus de l’école Centrale Méditerranée, au boulodrome installé dans le prolongement de l’université, au 38 rue Frédéric Joliot Curie dans le 13e arrondissement. Le mercredi 15 avril, à partir de 19 heures, le spectacle prend place au Talus, au 603‑623 rue Saint‑Pierre dans le 12e arrondissement, avec une formule d’adhésion à prix libre, renforçant le caractère de proposition accessible et ouverte à tous. Enfin, la clôture se déroule le jeudi 23 avril, à partir de 19 heures, au sein de Lieux publics, Cité des arts de la rue, au 225 avenue Ibrahim Ali, anciennement avenue des Aygalades, dans le 15e arrondissement, espace dédié aux formes contemporaines de la rue et au théâtre de terrain.

Chaque soirée offre une variation sur le même matériau : Iraka déclame des textes à la croisée du rap, du slam et de la poésie parlée, mêlant confession intime, éclats de vie, indignation et humour, tandis que Mila Necchella orchestre l’espace sonore avec des compositions et des sets électroniques où bass, club et rave se répondent avec une grande précision rythmique. Les paroles entendent capter ce qui fait vivre, pique, blessure ou réjouit, mettant en lumière les situations comiques, les querelles de jeu, les codes non dits de la pétanque comme ceux de la vie quotidienne. Le dispositif joue aussi sur les contrastes entre fair‑play et surenchère, entre rires et vexations, entre la beauté du geste sportif et les tensions que génère la compétition.

Iraka, performeur et slameur depuis de nombreuses années, a construit une œuvre à la fois musicale et scénique, mêlant rap, électro et écriture poétique. Depuis 2004, il a publié sept albums et Eps, à la fois comme artiste solo et dans des projets collectifs, puis a conçu en novembre 2024 la forme de scène « SurMoi », qui explore la mise en corps de la parole et de l’identité contemporaines. Mila Necchella, pour sa part, incarne une figure émergente de la scène électronique marseillaise, exploratrice de sons et de textures, capable de tisser des ponts entre les cultures club internationales, de la bass aux récits électroniques plus expérimentaux, tout en gardant une exigence dramaturgique et une attention aux corps présents dans l’espace.

Dans « J’ai les boules », les deux artistes déplacent la sensibilité poétique et musicale vers des lieux où la culture populaire se manifeste spontanément, sans distance ni mise en scène institutionnelle. Les vers claqués, les refrains chantés et les boucles électroniques dialoguent avec les bruits des parties en cours, les cris de plaisir, les soupirs de frustration et les formules de jeu souvent désuètes. Le projet entend faire exploser, au sens presque littéral, la paillette et la tristesse, pointer ce qui révèle la dimension humaine dans ces micro‑cosmos sociaux que sont les cercles de pétanque, et tirer toutes les conséquences artistiques d’une telle immersion.

Produit par le Théâtre Gymnase‑Bernardines, ce dispositif est inscrit dans une logique de diffusion au plus près du public, au cœur des quartiers et des cultures de proximité. Il s’inscrit également dans une programmation plus large à Marseille, où la ville cherche à diversifier les lieux de création et à rencontrer les publics là où ils se rassemblent déjà, sans attendre qu’ils franchissent le seuil d’un théâtre classique. Diffusé par l’Office de tourisme des loisirs et des congrès de Marseille, le projet s’ouvre à la fois aux habitants et aux visiteurs, tout en conservant une dimension populaire et gratuit, permettant à chacun d’entrer dans le dispositif, joueuse ou spectatrice, à son rythme, au gré des matchs et des éclats de voix.