Deux ans après sa mise en place, le programme « Je choisis la French Tech » franchit une nouvelle étape dans son développement, avec l’ambition de faciliter davantage l’accès des jeunes entreprises innovantes françaises aux marchés publics et privés. Lancée en 2023, cette initiative a déjà permis de mobiliser 730 start-up et scale-up, de rassembler une centaine de partenaires institutionnels et de labelliser 230 événements dédiés à l’innovation. Par ailleurs, douze grands groupes se sont engagés à consacrer un volume global d’un milliard d’euros de commandes au bénéfice de l’écosystème French Tech. Lors d’un événement organisé à Bercy sous le titre « Changeons d’échelle ! », réunissant environ 150 acteurs, Anne Le Hénanff et David Amiel ont annoncé la création d’un réseau d’ambassadeurs déployé dans chaque ministère, sous la coordination de la Mission French Tech.
Ce dispositif repose sur des agents volontaires, spécialement formés pour repérer les solutions innovantes susceptibles de répondre aux besoins de l’administration et pour lever les obstacles pratiques qui freinent leur adoption. Leur rôle consiste également à diffuser les bonnes pratiques en matière d’achats publics au sein des différentes directions. En structurant ce réseau à l’échelle interministérielle, le gouvernement entend accélérer l’intégration de technologies françaises dans des domaines stratégiques tels que l’intelligence artificielle, la cybersécurité ou encore les technologies liées à la transition écologique. Cette démarche s’inscrit dans une volonté plus large de renforcer la souveraineté numérique. Dans cette perspective, la commande publique est présentée comme un levier de transformation de l’action de l’État, en favorisant à la fois la modernisation des procédures et une plus grande réactivité administrative.
Le programme gagne également en ampleur grâce à l’arrivée de nouveaux partenaires industriels majeurs. Renault Group et La Poste rejoignent les entreprises déjà engagées, portant à quatorze le nombre total de grands groupes impliqués, aux côtés notamment d’ADP, Axa, BPCE, Capgemini, CMA CGM, EDF, FDJ, Orange, SNCF, Sopra Steria, BNP Paribas et Alten. L’engagement global de ces acteurs vise désormais un milliard d’euros d’ici 2027. Dans le détail, Renault a engagé une collaboration avec la start-up Wandercraft afin d’introduire des exosquelettes dans ses usines, avec un objectif d’amélioration de la productivité estimé à 30 %. De son côté, La Poste travaille avec Kuzzle pour optimiser la gestion logistique, notamment grâce à des solutions de géolocalisation en temps réel et de suivi de la chaîne du froid, ce qui concerne un volume quotidien de près de dix millions de colis.
L’initiative ne se limite pas au territoire national. Elle s’inscrit dans une stratégie d’expansion internationale, en s’appuyant sur les communautés French Tech présentes à l’étranger, les Conseillers du commerce extérieur et différents réseaux d’affaires français. Cette dynamique vise à ouvrir de nouveaux débouchés pour les entreprises innovantes, comme en témoignent les développements de certaines d’entre elles à l’international. Mistral se positionne sur le marché américain dans le domaine de l’intelligence artificielle, Mirakl se développe en Asie dans le commerce en ligne, tandis que Qonto renforce sa présence en Europe dans le secteur de la fintech. L’objectif affiché est de doubler les exportations des start-up françaises pour atteindre 20 milliards d’euros à l’horizon 2030, notamment grâce à l’intégration de clauses favorables dans certains appels d’offres publics à l’étranger.
Dans le même temps, Pierre Pelouzet a présenté le rapport 2025 de l’Observatoire des relations entre start-up et grands groupes, qui met en évidence des avancées notables tout en soulignant l’existence de marges de progression. Les achats publics auprès des jeunes entreprises innovantes ont connu une hausse significative, atteignant 2,3 milliards d’euros en 2023, soit une progression de 33,4 %. Du côté du secteur privé, la part des achats réalisés auprès de ces entreprises progresse également, bien qu’elle reste encore limitée à environ 2 % du total. Le rapport indique que 65 % des start-up collaborent déjà avec de grands groupes, mais que le potentiel reste important, notamment du côté des petites et moyennes entreprises ainsi que des entreprises de taille intermédiaire, encore insuffisamment intégrées dans ces dynamiques.
Plusieurs pratiques jugées efficaces ont été identifiées pour améliorer ces collaborations. Il apparaît notamment que la désignation de référents dédiés, la mise en place de contrats plus souples, l’accélération des phases de test ou encore la prise en compte des enjeux de responsabilité sociétale contribuent à fluidifier les relations entre acteurs. Le programme, piloté par la Mission French Tech rattachée à la Direction générale des entreprises, vise à doubler le volume des achats auprès des start-up d’ici 2027. Dans ce cadre, une cinquantaine d’ambassadeurs ministériels ont été déployés afin de former les acheteurs publics à de nouveaux outils et à des méthodes favorisant l’innovation. Les grands groupes sont également invités à rendre publics leurs besoins futurs, tandis que les événements labellisés permettent de mettre en relation environ 10 000 décideurs chaque année.
Des exemples concrets illustrent les effets de cette politique. L’intégration des exosquelettes développés par Wandercraft dans les installations industrielles de Renault permet de réduire la pénibilité pour environ 20 % des opérateurs du site de Flins tout en soutenant la production, notamment dans le domaine des batteries. De son côté, La Poste a réussi à diminuer ses coûts logistiques d’environ 5 % grâce à l’utilisation de solutions connectées pour la gestion de la chaîne du froid, au bénéfice de dizaines de millions de clients du commerce en ligne. D’autres groupes explorent également ces opportunités, comme EDF avec des outils d’intelligence artificielle pour la maintenance prédictive, la SNCF dans le domaine de la cybersécurité ou encore Orange avec l’intégration de solutions financières innovantes.
Le rapport met également en lumière le potentiel encore largement inexploité du tissu des PME et Eti, qui représentent près d’un million de structures susceptibles de recourir à des solutions innovantes, notamment dans les domaines des logiciels de gestion, de la relation client ou de la cybersécurité. Afin de mieux connecter ces acteurs, des initiatives sont prévues à l’horizon 2026, incluant l’organisation d’ateliers interrégionaux, le recours à des outils de mise en relation automatisée et la création de fonds de co-investissement.
Les méthodes identifiées comme les plus efficaces permettent déjà de réduire significativement certains délais, passant par exemple de neuf à trois mois dans certains cas. La publication claire des besoins favorise des candidatures plus pertinentes, tandis que des contrats plus flexibles permettent d’accompagner la croissance des jeunes entreprises. Les phases de test, souvent limitées à 90 jours, permettent de démontrer rapidement l’intérêt économique des solutions proposées. Par ailleurs, la mise en avant des engagements en matière de responsabilité sociétale contribue à accélérer un nombre important de partenariats.

