Quelques jours avant l’ouverture générale de la saison de chasse, prévue ce dimanche 13 septembre 2026, le préfet du Var a pris une décision forte pour les territoires meurtris par les flammes cet été. Un arrêté préfectoral signé le 3 septembre interdit toute action de chasse pendant une durée d’un an dans les surfaces boisées ravagées par les incendies du Gros Bessillon et des Arcs-Taradeau. La mesure s’appliquera dès le premier jour de la saison 2026-2027 et concerne neuf communes du département.
Les zones visées par l’interdiction couvrent les secteurs incendiés des Arcs-sur-Argens, de Barjols, de Châteauvert, de Correns, de Cotignac, de Montfort-sur-Argens, de Pontevès, de Taradeau et du Val. Cette géographie recoupe fidèlement celle des deux sinistres qui ont marqué l’été varois, l’un autour du massif du Gros Bessillon, dans la Provence Verte, l’autre entre Les Arcs et Taradeau, aux portes de la Dracénie. Les chasseurs peuvent consulter le périmètre précis des secteurs concernés dans l’arrêté préfectoral et ses cartographies annexées, publiés par la préfecture.
La décision n’a pas été prise unilatéralement. Elle fait suite à la consultation de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, une instance qui réunit autour du préfet des représentants des chasseurs, des agriculteurs, des forestiers, des associations de protection de la nature et des administrations concernées. Ce passage devant la commission garantit que la mesure a été pesée au regard des intérêts parfois divergents des différents usagers de la forêt varoise.
L’objectif poursuivi est avant tout écologique. En interdisant la chasse pendant une année complète, la préfecture entend favoriser le repeuplement des zones incendiées par le petit gibier. Perdrix, lièvres, lapins de garenne et autres espèces ont payé un lourd tribut aux flammes, qui détruisent les nichées, les terriers et les couverts végétaux dont ces animaux dépendent pour se nourrir et se protéger des prédateurs. Après un incendie, les populations survivantes se trouvent fragilisées et concentrées sur des espaces réduits. Leur accorder une année de tranquillité leur donne le temps de se reproduire et de recoloniser progressivement les espaces brûlés, à mesure que la végétation repousse.
Une exception notable est toutefois prévue. La chasse au sanglier en battue reste autorisée dans les secteurs concernés, eu égard aux nombreux dégâts que cet animal cause dans les cultures, et plus particulièrement dans les exploitations agricoles situées en lisière des massifs incendiés. Le sanglier, dont les populations prospèrent dans tout le département, se reporte volontiers sur les vignes, les vergers et les parcelles maraîchères lorsque la forêt ne lui offre plus de quoi se nourrir. Or c’est précisément la situation créée par les incendies, qui privent l’espèce de ses ressources habituelles et la poussent vers les terres cultivées voisines. Maintenir la pression de chasse en battue sur cette espèce permet de contenir des dégâts agricoles qui, sans cela, viendraient s’ajouter aux pertes déjà subies par les exploitants touchés par le feu.
Cette mesure de restriction s’inscrit dans un ensemble plus large d’interdictions et d’accompagnements mis en place par les services de l’État après les incendies de l’été. La régénération d’un massif brûlé est un processus long et fragile, durant lequel les sols mis à nu restent vulnérables à l’érosion et où chaque perturbation supplémentaire peut compromettre la reprise de la végétation. Limiter la fréquentation et les activités dans ces espaces participe de la même logique de protection.
Pour les habitants des neuf communes concernées et pour les quelque milliers de chasseurs varois qui pratiquent dans ces massifs, la saison qui s’ouvre ce dimanche aura donc un visage particulier. Elle rappelle que la forêt méditerranéenne, si présente dans le quotidien et les loisirs des Varois, demeure un milieu vivant qui a besoin de temps pour se remettre des blessures de l’été. D’ici l’automne 2027, les collines du Gros Bessillon et les boisements entre Les Arcs et Taradeau retrouveront peut-être assez de vie pour accueillir de nouveau l’ensemble des usages qui font l’identité de ces territoires.

