Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a rendu public ce vendredi 11 septembre 2026 son bilan annuel de la délinquance relevée dans les bus, les métros, les tramways et les trains. Ce service, rattaché au ministère de l’Intérieur ainsi qu’à la police et à la gendarmerie nationales, exploite chaque année les procédures rédigées par les forces de sécurité. Son constat pour 2025 bouscule une idée largement répandue, puisque les vols, les violences et les fraudes aux moyens de paiement enregistrés dans les transports en commun reculent de nouveau.
Sur l’ensemble du territoire, les policiers et les gendarmes ont recensé 104 880 victimes, soit 2 % de moins qu’en 2024. Ce total est le plus faible observé depuis 2016, point de départ de la série statistique. Il passe même sous le niveau de 2020, année pourtant marquée par les confinements successifs et par l’effondrement de la fréquentation. En dix ans, le recul atteint 22 %.
Cette délinquance possède une physionomie bien particulière. Le vol sans violence en constitue le cœur, avec 80 904 victimes, soit plus des trois quarts du total. Viennent ensuite les violences physiques commises hors du cadre familial, au nombre de 9 638, puis les vols violents, avec 5 065 victimes. Les escroqueries et les fraudes aux moyens de paiement en concernent 5 186, et les violences sexuelles 3 509. En moyenne, depuis 2016, les transports en commun rassemblent environ 5 % des victimes enregistrées en France, tous crimes et délits confondus.
Toutes les atteintes ne suivent pas la même pente. Les vols reculent de 3 % en un an et les escroqueries de 5 %. En revanche, les violences physiques hors cadre familial progressent de 3 %, tout comme les violences sexuelles. Cette dernière hausse s’inscrit dans un mouvement plus large, observé également ailleurs qu’en transport, que les statisticiens relient à la libération de la parole et à un meilleur accueil des victimes dans les commissariats et les brigades. Elle demeure d’ailleurs plus modérée que la progression annuelle moyenne relevée entre 2016 et 2024.
Les stupéfiants suivent une trajectoire inverse. Le nombre de personnes mises en cause pour usage augmente de 5 % et celui des mises en cause pour trafic de 12 %. Cette dynamique n’a rien de propre aux transports, car elle se retrouve dans les autres lieux. Elle prolonge surtout la forte poussée de 2024, largement liée aux contrôles renforcés pendant les Jeux olympiques et paralympiques. Au total, près de 34 610 personnes ont été mises en cause en 2025, et deux sur trois l’ont été pour des faits liés aux stupéfiants.
La géographie du phénomène est tout aussi marquée. L’Île-de-France rassemble 18 % de la population du pays mais 56 % des victimes recensées dans les transports en commun. Les vingt-deux métropoles françaises en concentrent 81 %, et la seule métropole du Grand Paris la moitié. Cette concentration s’explique d’abord par la densité des réseaux et par l’intensité des flux de voyageurs. Dans la région capitale, les vols se produisent surtout dans le métro, tandis qu’ailleurs le réseau de surface, bus et tramway, arrive en tête.
Rapportée au nombre de trajets, la situation francilienne s’améliore nettement. Les forces de sécurité y ont relevé 13 victimes par million de voyages en 2025, contre 14 un an plus tôt. Deux mouvements se conjuguent, puisque le nombre de victimes diminue de 6 % alors que la fréquentation augmente de 3 %. Selon l’Observatoire de la mobilité en Île-de-France, les réseaux ont enregistré 4,5 milliards de voyages en 2025, contre 4,4 milliards en 2024, sans retrouver toutefois le niveau de 2019. Le risque reste plus élevé sous terre, avec 14 victimes de vols simples par million de voyages dans le métro, contre 11 dans le ferroviaire et 7 en surface.
Le profil des personnes mises en cause présente enfin des spécificités fortes. Pour les vols sans violence, 76 % d’entre elles sont de nationalité étrangère, contre 27 % dans les autres lieux. Les mineurs sont également surreprésentés, puisqu’ils constituent près de la moitié des mis en cause pour vol violent, contre un tiers ailleurs. Les statisticiens rattachent cette double particularité à l’activité de filières de criminalité organisée qui exploitent notamment des mineurs isolés. Les victimes, elles aussi, sont plus souvent étrangères que dans le reste de la délinquance, ce qui reflète la part des touristes et des voyageurs de passage.
Ces chiffres ne mesurent toutefois que les faits portés à la connaissance des services, ce qui laisse de côté les atteintes jamais signalées. Pour combler cet angle mort, le ministère s’appuie sur l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité, qui interroge directement la population. Ses résultats convergent avec les procédures puisque, en 2023, 12 % des personnes déclarant un vol avec violence ou menace le situaient dans un transport en commun.

