Les échafaudages qui la masquaient depuis plus d’un an ont disparu. Sur la place Saint-Michel, à la lisière des 5e et 6e arrondissements, la fontaine monumentale a été dévoilée cet été au terme d’un vaste chantier de restauration. Engagée par la Ville de Paris en mai 2025, l’opération s’est étalée sur environ un an et demi. Les voiles de protection ont été retirés courant juillet, laissant apparaître un décor nettoyé et consolidé. La remise en eau de l’édifice, elle, est attendue à l’automne, une fois les derniers réglages achevés.
Dessinée par l’architecte Gabriel Davioud sous le Second Empire, la fontaine Saint-Michel s’inscrit dans les grands aménagements du Paris de Napoléon III. Adossée à un immeuble d’angle, à deux pas de la Seine et du pont Saint-Michel, elle met en scène l’archange terrassant le démon, encadré de deux dragons ailés d’où jaillit l’eau et de quatre figures allégoriques. Classé au titre des monuments historiques depuis 1926, l’ensemble n’avait plus connu qu’une intervention partielle, en 1998. Par son ampleur, l’édifice figure parmi les grandes fontaines murales de la capitale, ce qui rend son entretien d’autant plus délicat. Le temps, la pollution et l’humidité avaient depuis terni ses pierres et ses bronzes, et fragilisé les parties les plus exposées aux intempéries.
Le chantier a mobilisé un large éventail de savoir-faire. Les décors sculptés ont été nettoyés puis restaurés, au même titre que les statues et les figures qui rythment la composition. Les colonnes et les soubassements ont demandé un travail minutieux, à raison de près d’un mois par colonne. La charpente en bois et la toiture en zinc, qui coiffent la structure, ont été intégralement remplacées. Les installations électriques et hydrauliques, vieillissantes, ont pour leur part été entièrement rénovées, afin de fiabiliser un ouvrage soumis en permanence au ruissellement de l’eau.
Le choix des matériaux a guidé l’ensemble des interventions. Selon la Ville de Paris, seuls des produits naturels, non agressifs pour la pierre, ont été employés. Les éléments les plus fragiles ont été restaurés en Bourgogne, avant d’être reposés sur place. La pierre du Jura d’origine, jaune et rouge, s’étant révélée introuvable, elle a été remplacée par de la pierre de Corton, extraite en Côte-d’Or. La fontaine mêle ainsi pierre blonde, gris anthracite, marbre rouge et bronzes, dont les teintes retrouvent aujourd’hui la lecture voulue à l’origine.
La partie la plus technique concerne le circuit de l’eau. Un nouveau système hydraulique, présenté comme écologique, a été installé. Un traitement par filtre à ultraviolets remplace désormais le chlore pour préserver la qualité de l’eau. Une nouvelle pompe doit par ailleurs restituer l’effet de cascade voulu à l’origine par Davioud, que les décennies avaient fait disparaître. Selon la Ville de Paris, ce circuit doit également réduire l’entretien et limiter le recours aux produits chimiques. C’est ce dispositif qui sera mis en service lors de la remise en eau, programmée pour l’automne, et qui rendra à la fontaine son murmure familier.
La maîtrise d’ouvrage a été assurée par la Direction des constructions publiques et de l’architecture de la Ville de Paris, sous la responsabilité de Gilles Merlin, tandis que la Direction régionale des affaires culturelles a exercé le contrôle scientifique et technique. Autour d’eux, plusieurs corps de métier se sont succédé sur les échafaudages. Le sculpteur Claude Pagin, l’architecte restaurateur Pascal Chossegros, l’architecte fontainerie Gabin Deltor ou encore le marbrier Fabrice Bellegueule figurent parmi les artisans qui ont contribué au résultat aujourd’hui visible.Point de ralliement du Quartier latin, la fontaine Saint-Michel demeure l’un des repères les plus photographiés de la rive gauche. Lieu de rendez-vous, de manifestations et de flânerie, elle avait perdu une part de sa fonction pendant les mois de travaux. La voici de nouveau offerte aux passants et aux visiteurs, dans l’attente du retour de l’eau qui redonnera à la place toute son animation. La Ville de Paris présente ce chantier comme un exemple de restauration respectueuse, mêlant préservation du patrimoine et modernisation des équipements. Restaurée pour les décennies à venir, la fontaine doit désormais retrouver, avec l’eau, le mouvement qui fait tout son charme.
La fontaine Saint-Michel retrouve tout son éclat
Par Marc Blanc
Publié le 19 août 2026 à 08h44 – Temps de lecture : 4 minutes
