Musées, monuments historiques, domaines nationaux, villes d’art et d’histoire… Le ministère de la Culture a dressé le bilan de la fréquentation des patrimoines en France pour l’année 2025. Ces chiffres proviennent de Patrimostat, la publication annuelle de son service statistique, le Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation. Le constat général est rassurant. Après les années heurtées de la crise sanitaire puis des Jeux olympiques, les sites patrimoniaux voient leur fréquentation se stabiliser, et parfois repartir nettement à la hausse.
Chaque année, cette publication offre en effet une photographie complète du secteur. Elle recense l’offre patrimoniale présente sur le territoire, des monuments historiques aux Musées de France, en passant par les Jardins remarquables, les sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco et le patrimoine culturel immatériel. Elle livre aussi les premières estimations de fréquentation de l’année écoulée et consolide les données de l’année précédente, à l’échelle nationale comme régionale. Pour les gestionnaires de sites, les collectivités et les professionnels du tourisme, ces indicateurs servent de boussole. Ils permettent notamment d’ajuster l’accueil, les horaires ou la programmation.
Le Centre des monuments nationaux signe l’une des meilleures performances de l’année. Pour la première fois de son histoire, il dépasse les 12 millions de visiteurs, soit une progression de 10 % par rapport à 2024. Cet établissement public gère une centaine de monuments appartenant à l’État, de l’Arc de triomphe au Mont-Saint-Michel. De leur côté, les monuments rattachés aux neuf domaines nationaux accueillent plus de 3,5 millions de personnes, en hausse de 15 %. Un site symbolise à lui seul cet engouement. Les tours de Notre-Dame de Paris, rouvertes en septembre 2025 après le chantier de restauration consécutif à l’incendie de 2019, ont attiré 110 000 visiteurs en quatre mois seulement.
Les musées nationaux et les lieux d’exposition affichent, quant à eux, une remarquable stabilité. Ils totalisent 32,8 millions d’entrées, un niveau très proche de celui de 2024, avec une légère hausse de 1 %. Ce résultat mérite d’être souligné, car plusieurs établissements ont fermé leurs portes au cours de l’année. C’est notamment le cas du Centre Georges-Pompidou à Paris, engagé dans un long programme de rénovation. Cependant, d’autres réouvertures ont compensé ces absences. Ainsi, les Galeries nationales du Grand Palais, de nouveau accessibles après leurs travaux, ont accueilli près de 822 000 visiteurs.
L’été 2025 marque par ailleurs un net rebond. En juillet et en août, les sites patrimoniaux ont enregistré 9,5 millions d’entrées, soit 22 % de plus qu’à l’été 2024. La comparaison s’explique aisément. Pendant les Jeux olympiques de Paris, une partie des touristes habituels avaient reporté leur voyage, tandis que les spectateurs des épreuves privilégiaient les compétitions aux visites culturelles. Dès lors, la saison 2025 renoue avec un rythme plus classique.
Ces niveaux de fréquentation reposent en grande partie sur les touristes venus de l’étranger. Les visiteurs internationaux représentent 40 % du public des monuments et la moitié de celui des musées. Ils restent d’ailleurs majoritaires dans les établissements les plus fréquentés, même si leur part recule légèrement dans certains grands sites. Le public américain occupe une place de choix. Il compose 18 % des visiteurs du château de Versailles, un point de plus qu’en 2024. Au musée d’Orsay, il forme également la première nationalité étrangère, avec 14 % des entrées. Les Italiens, enfin, pèsent 8 % de la fréquentation d’Orsay et 15 % de celle du musée de l’Orangerie.
Au-delà des chiffres, la publication rassemble plusieurs études consacrées aux publics et à leur expérience de visite. Fondées sur des enquêtes menées directement auprès des visiteurs, parfois complétées par des entretiens, elles dessinent un profil encore très marqué. Les catégories sociales favorisées, les personnes les plus diplômées et les habitants de Paris restent surreprésentés dans les musées et les expositions. Les moins de 25 ans y sont également bien présents, sans doute portés par la gratuité dont ils bénéficient dans de nombreux établissements nationaux. Toutefois, quelques lignes bougent. Par rapport à 2024, la part des personnes au foyer progresse de 8 points et celle des visiteurs sans diplôme de 4 points.
Les enquêteurs ont aussi interrogé les visiteurs sur leur regard face aux enjeux écologiques. Quatre attentes se dégagent nettement. Les publics souhaitent d’abord être incités à utiliser les mobilités douces, et en particulier les transports en commun, pour rejoindre les sites. Ils plaident ensuite pour la végétalisation des abords des lieux patrimoniaux. Ils attendent enfin une meilleure performance énergétique des bâtiments et le réemploi du matériel des expositions temporaires.
Ces résultats, détaillés dans l’édition complète de Patrimostat, rappellent le poids des sites patrimoniaux dans la vie culturelle et touristique du pays. Ils montrent aussi le chemin qui reste à parcourir. Pour que châteaux, musées et monuments appartiennent vraiment à tous, l’élargissement des publics demeure le principal défi des années à venir, bien plus que le seul volume de visiteurs.

