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La place Denfert-Rochereau change de visage

Par Gilbert Caron
Publié le 18 août 2026 à 14h30 – Temps de lecture : 4 minutes

Depuis le début de l’été, les habitants du 14e arrondissement le savent : la place Denfert-Rochereau, l’un des grands carrefours du sud de la capitale, vit au rythme des palissades et des engins de chantier. La Ville de Paris y conduit un réaménagement d’ampleur, engagé en juin 2025 et qui doit s’achever au début de l’année 2027. L’ambition affichée par la municipalité est de transformer ce nœud routier, hérité de l’ancienne barrière d’Enfer, en un espace plus végétal, plus apaisé et davantage rendu aux piétons et aux cyclistes.
Le projet est entré dans une phase décisive. Depuis le 4 mai, les travaux se concentrent sur le cœur de la place, fermé à la circulation jusqu’à la fin de l’année. Les squares Jacques-Antoine et Abbé-Migne, qui bordent l’esplanade, ont eux aussi été mis en chantier et demeurent inaccessibles. Cette étape, la cinquième d’un calendrier découpé en séquences successives, mobilisera l’essentiel des moyens jusqu’à fin 2026, avant les dernières finitions prévues l’année suivante.
Au terme des travaux, le visage du lieu aura nettement changé. La municipalité annonce la plantation de 107 arbres et de 30 000 végétaux, pour 3 100 m2 d’espaces verts créés de toutes pièces. Pas moins de 368 essences différentes doivent être réunies sur le site, afin de composer une palette variée et résistante aux aléas du climat. Dans le même temps, 10 000 m2 de sols aujourd’hui bitumés seront désimperméabilisés, une opération destinée à laisser l’eau de pluie s’infiltrer dans le sol et à limiter la surchauffe des mois d’été.
La reconquête profite d’abord aux déplacements doux. Le réaménagement prévoit 4 390 m2 d’espaces rendus aux piétons, 800 mètres linéaires de pistes cyclables et 107 mètres de couloirs réservés aux bus. La circulation automobile, elle, sera resserrée autour de la place, libérant le centre au profit des promeneurs. La statue du Lion de Belfort, œuvre d’Auguste Bartholdi qui trône au milieu du carrefour, ainsi que les deux pavillons d’octroi signés Ledoux, doit retrouver un environnement dégagé.
Le nom de la place rend hommage au colonel Denfert-Rochereau, défenseur de Belfort lors de la guerre de 1870, que le célèbre lion de pierre commémore. L’un des pavillons d’octroi, à l’entrée de la place, abrite d’ailleurs l’accès aux Catacombes de Paris, l’un des sites les plus visités de la capitale. Le réaménagement doit permettre de mieux mettre en valeur cet ensemble patrimonial, aujourd’hui cerné par les voies de circulation.
Au-delà de l’esthétique, la Ville met en avant un enjeu climatique. En multipliant les plantations et en supprimant l’asphalte, elle entend faire de Denfert-Rochereau un « îlot de fraîcheur » capable d’offrir de l’ombre et un peu de répit lors des épisodes de forte chaleur, de plus en plus fréquents dans la capitale. Le site est également pensé comme un maillon d’une continuité verte reliant le jardin du Luxembourg, au nord, à la Cité internationale universitaire, au sud.
Le chantier n’est pas sans conséquence pour les riverains et les usagers. Point de passage entre plusieurs quartiers, desservie par les lignes 4 et 6 du métro et par le RER B, la place voit ses cheminements modifiés au fil des phases, avec des reports de circulation et des traversées provisoires. La municipalité assure veiller au maintien des accès aux commerces, aux immeubles et aux stations, et adapte la signalisation à mesure que le chantier progresse.
Emblématique de la politique municipale de reconquête de l’espace public sur l’automobile, le chantier de Denfert-Rochereau s’inscrit dans une série d’aménagements comparables menés ces dernières années aux grands carrefours parisiens. Malgré l’ampleur des travaux, le pôle de transports, très fréquenté, continue de fonctionner, les accès au métro et au RER étant maintenus tout au long de l’opération.
Pour les habitants du 14e, la patience réclamée se mesure à l’aune du résultat promis. La place Denfert-Rochereau, longtemps dominée par la voiture, doit devenir une entrée de quartier plantée et respirable, à la charnière de Montparnasse et à deux pas de l’entrée des Catacombes. Rendez-vous est pris pour le début de l’année 2027, une fois les dernières séquences achevées et la nouvelle végétation installée. D’ici là, l’été aura été, pour la place, celui des pelleteuses.