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La vie climatique à la marseillaise

Par Christof Lorenzo
Publié le 1 avril 2026 à 10h45 – Temps de lecture : 5 minutes

En 2026, au cœur de Marseille, les Musées de Marseille et l’Adiaf, Association pour la diffusion internationale de l’art français, s’associent pour présenter au [mac] musée d’art contemporain la 8e édition de la Triennale « De leur temps ». Depuis 2004, ce rendez‑vous régulier met en lumière des œuvres récemment acquises par des collectionneurs engagés dans la promotion de la création contemporaine, offrant une véritable photographie du goût artistique actuel. L’événement dévoile ainsi les sensibilités, les questionnements et les audaces qui traversent la scène artistique internationale, tout en donnant à voir les trajectoires de soutien des amateurs et mécènes.

« La vie climatique. Histoires sensibles des collections privées » constitue le cœur de cette 8e édition, en rassemblant plus de 130 œuvres issues de plus de 70 collections privées françaises et internationales. Ces pièces couvrent l’ensemble des champs de la création contemporaine : peinture, vidéo, sculpture, performance et installation, formant un panorama éclectique de la production actuelle. L’exposition rend hommage à la contribution des institutions publiques, des mécènes et des collectionneurs, dont l’engagement a permis l’enrichissement notable des fonds des Musées de Marseille, tout en inscrivant la Triennale dans une logique de continuité et de transmission du patrimoine artistique.

En intégrant les acteurs privés de la région, « De leur temps » prolonge une dynamique de mise en réseau entre acteurs publics, collectionneurs individuels et structures privées, afin de favoriser une diffusion plus large et plus accessible du capital culturel contemporain. Cette édition particulière est accompagnée par Monica Bianca, directrice artistique de l’Adiaf, et Michel Poitevin, fondateur de la Triennale, qui orientent la programmation autour de voix issues du bassin méditerranéen comme de territoires souvent sous‑représentés dans les récits dominants de l’histoire de l’art. Cette focalisation ouvre la voie à de nouveaux récits, plus pluriels, qui interrogent les héritages coloniaux, les circulations sud‑sud et les formes de résistance culturelle.

Conçue par Stéphanie Airaud, conservatrice et directrice du [mac], en dialogue avec Sandra Delacourt, historienne de l’art contemporain, la Triennale interroge la notion de « climat idéal » des musées, c’est‑à‑dire cet environnement apparemment stable, controlé et neutre, au regard des bouleversements écologiques, politiques et sociaux qui traversent le monde contemporain. À travers cette mise en tension, l’exposition questionne la manière dont les institutions culturelles peuvent se réinventer face à l’urgence climatique, aux migrations, aux inégalités et à la réévaluation des rapports de pouvoir.

En réunissant plusieurs générations d’artistes internationaux, l’ensemble des œuvres présentées explore la collection comme un écosystème vivant, traversé par des flux de sens, de matériaux et de relations. Les pièces mettent en lumière des circulations invisibles entre les êtres humains, les objets et les milieux, bouleversant la frontière traditionnelle entre ce qui est considéré comme nature, culture ou patrimoine. L’exposition invite à repenser les articulations entre conservation et transformation, mémoire et émancipation, en montrant comment les œuvres portent à la fois des traces du passé et des potentialités futures.

« La vie climatique » dessine, depuis la position géographique et symbolique de la Méditerranée, une réflexion sur l’écologie du lien, entendue comme une manière de tisser des relations plus attentives, horizontales et solidaires entre les vivants et leurs environnements. En choisissant ce cadre, la Triennale propose une manière de « habiter ensemble » le monde à l’ère du réchauffement climatique, des migrations massives et des incertitudes politiques, en invitant le public à se réinventer comme sujet participatif d’un réseau complexe d’interdépendances.

L’exposition se tient du 4 avril au 20 septembre 2026, au [mac] musée d’art contemporain, situé 69, avenue de Haïfa, à Marseille. Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 9 heures à 18 heures, avec fermeture hebdomadaire le lundi, à l’exception des lundis de Pâques et de Pentecôte. Les récits, les installations et les dispositifs proposés invitent à une immersion contemplative autant qu’analytique, où chacun peut cheminer selon ses propres temporalités intérieures, tout en mesurant l’ampleur des enjeux qui traversent à la fois l’art et le monde commun.

Le visuel officiel associé à la Triennale, issu de l’œuvre de Stéphane Couturier autour de la Villa Eileen Gray, série « E‑1027+123 » (2021–2022), illustre cette articulation entre architecture, histoire et narration sensible, en reprenant sous forme photographique les dialogues entre les traces d’Eileen Gray et les fresques de Le Corbusier, avec l’accord de l’artiste, de la galerie Christophe Gaillard, du Centre des Monuments nationaux et de la Fondation Le Corbusier. Ce choix d’image donne à voir, dès le parvis de l’exposition, une manière de synthèse entre modernisme architectural, mémoire des lieux et sensibilité contemporaine, préparant le public à une expérience émotionnelle de « La vie climatique ».